Emission «Le débat» : Jean Ping déjoue la stratégie du pouvoir

Emission «Le débat» : Jean Ping déjoue la stratégie du pouvoir

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Attendu le 23 août dernier, sur le plateau de Gabon Télévision, pour participer à l’émission ‘’le débat’’, dans le cadre de l’élection  présidentielle  du 27 août prochain, Jean Ping, ne s’y est pas rendu. Et pour cause !

La coordination de campagne du candidat unique de l’opposition n’a pas manqué de justifier cette absence par un communiqué lu en direct par le principal présentateur  de l’émission, Théophile Dzime Ekang. Extraits : «M. Jean Ping invite Monsieur Ali Bongo à un débat télévisé devant la Nation, organisé sous l’égide du conseil national de la communication, avec la participation de journalistes choisis par les candidats, et représentant la diversité de la presse et des médias.»

On l’aura compris, un vrai débat ne se fait pas entre un candidat et quelques journalistes des médias de service public, mais entre les principaux challengers et les journalistes de toutes tendances,  comme cela s’exerce sous les cieux démocratiques. Une claque infligée par le candidat unique à Ali Bongo qui a une phobie du débat contradictoire. A preuve, la même soirée du 23 août, sur les antennes de Vox Africa où il a été invité, le successeur de son père qui a eu pour une rare fois des journalistes dignes de ce nom pour  lui poser des questions, a montré son caractère dictatorial en empêchant systématiquement les journalistes à aller jusqu’au bout de leurs questions. On a vu un homme hors de lui, qui, dans une tenue peu commode, suait à grosses gouttes.

Quid du débat télévisé demandé par Jean Ping au président-candidat? La réponse, comme il fallait s’y attendre, est non : « la demande d’un débat contradictoire n’est pas prévue par les lois de la République », a indiqué le porte-parole du candidat Ali Bongo, Alain Claude Billie-Bi-Nze. Avant de poursuivre : « Nous dénonçons le mépris que M. Ping affiche à l’égard des institutions de la République, des journalistes et du peuple gabonais. M. Ping a craint de devoir répondre aux questions embarrassantes concernant les nouvelles révélations l’impliquant lui et les membres de sa famille.» Ici, le plan est dévoilé !

Pour le pouvoir, l’émission «Le Débat » à laquelle devait prendre part Jean Ping n’était donc pas l’occasion pour le candidat unique de l’opposition d’expliquer son programme, mais de «répondre aux questions embarrassantes concernant les nouvelles révélations » impliquant Jean Ping et les membres de sa famille. C’est pourquoi, indique une source, certains journalistes qui animent cette émission auraient reçu l’ordre du camp du pouvoir de pourrir le passage de Jean Ping à cette émission, pour le ridiculiser et penser  faire baisser son aura sans cesse grandissante auprès des populations qui l’accueillent massivement dans les villages, villes et autres coins du pays, depuis la précampagne et le début de la campagne électorale. Un plan déjoué par Jean Ping et son équipe qui ont demandé un débat entre Ali Bongo et lui. Un débat que les spécialistes du monologue, habitués à monopoliser les médias publics, ont catégoriquement refusé. Ali Bongo et son porte-parole Billie-Bi-Nze, ont une peur bleue de vrais débats.

Il faut dire que l’attitude de Jean Ping et son équipe se justifie surtout par rapport à l’inaccessibilité des opposants au régime d’Ali Bongo (on n’a pas dit opposition du pouvoir, car il y a bien nuance) aux médias de service public. En effet, depuis qu’Ali Bongo est au pouvoir, il est impossible à la véritable opposition de s’exprimer. C’est pourquoi d’ailleurs, quelques mercenaires n’hésitent pas à se lancer dans des  enquêtes orientées, où les principales parties impliquées n’ont pas droit à la parole. Alors que les règles du métier de journaliste sont claires, quant à la nécessaire équité dans le traitement d’une information.

On attend donc pas une élection pour ouvrir l’antenne des médias publics aux opposants à un régime. Ou on est en démocratie où l’expression plurielle est de mise, ou c’est la dictature où seul le pouvoir occupe la scène médiatique.

Nelson Tchimbakala

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