Dr Minault Zima Ebeyard : «comment admettre qu’un conclave présenté comme une...

Dr Minault Zima Ebeyard : «comment admettre qu’un conclave présenté comme une issue de sortie à une crise politique puisse se tenir en absence des deux principaux protagonistes de cette crise ? »

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Dr Minault Zima Ebeyard, Secrétaire Exécutif de l'UN

C’est sa toute première interview en qualité de Secrétaire Exécutif de l’Union Nationale. Homme très effacé et visiblement timide, mais dont le domaine politique n’est pourtant pas étranger. Dans cet entretien exclusif, le Dr Minault Zima Ebeyard, donne son avis sur le dialogue initié par Ali Bongo. C’est avec un sourire qu’il aborde les départs et les raisons évoquées de ses anciens amis, qui prennent part à ce dialogue. Il s’étonne, même si, la coalition de l’opposition dont-il est membre ne s’est pas encore prononcée, du silence radio, quant à l’organisation des élections législatives dans les délais constitutionnels. Lecture.

 

pyramidmédiagabon : A quelques jours de la fin du dialogue politique initié par Ali Bongo, quelle est votre analyse de ce conclave ?

Dr Minault Zima Ebeyard : Je vous remercie pour la tribune que vous m’offrez, de deviser avec vous et partager au gabonais ma vision de notre actualité politique. N’étant pas partie prenante de ce dialogue, il m’est très difficile de me répandre sur son contenu. Je crains toutefois que ce soit encore une occasion manquée. Notre pays a assez perdu de temps, comment admettre qu’un conclave présenté comme une issue de sortie à une crise politique puisse se tenir en absence des deux principaux protagonistes de cette crise ? Comment aller au fond des choses, poser le bon diagnostic et trouver les bonnes solutions quand les participants ont une vague idée des subtilités de la mécanique politique et institutionnelle ? Je note que les vrais acteurs de la crise actuelle ne sont pas présents à ce rendez-vous. Si l’on considère que la crise actuelle est née d’une élection contestée et de la répression qui s’en est suivie, alors les responsables de la Cenap,  de la Cour constitutionnelle, du Ministère de l’Intérieur et des forces de défense et de sécurité doivent être interpellés et concernés au premier chef. Or, j’apprends qu’il n’en est rien, que certains se sont contentés de livrer des communications, comme si ce qui s’est passé le 31 août dernier relevait d’une simple péripétie.  Tout ceci me conduit à interroger notre rapport à la République et à la Démocratie. Pour moi, la démocratie c’est un état d’esprit. On la veut ou on ne la veut pas. C’est mieux de la vouloir car ce n’est jamais bien quand on vous y contraint.

On note que ce dialogue a été, d’une certaine manière, la porte de sortie pour certains cadres de l’Union Nationale. Comment se porte l’Union nationale aujourd’hui ?

Je me refuse toujours à porter un jugement de valeur quand il vient à des personnes avec qui nous avons partagé un moment de lutte de faire un choix différent. Ce n’est pas facile d’être opposant dans nos pays. Ce n’est pas facile de continuer un combat si la perspective de son dénouement semble s’éloigner tous les sept ans. Il faut donc reconnaître un certain mérite à tous ceux qui ont donné, même pour une seule journée, de leur temps, pour faire ce combat. Ce qui me gêne beaucoup, c’est l’explication de texte un peu bancale qui, trop souvent, sert à justifier leur départ. La même rengaine à chaque fois. On peut quitter un groupe sans chercher à jeter l’opprobre sur les amis d’hier. C’est cela aussi être grand.

Pour ce qui est de la santé de l’UN, si le Secrétaire exécutif que je suis depuis un an vous disait que l’UN se porte très bien, ce serait faire dans la langue de bois.

Toutefois, la force de l’UN réside, non pas dans le fait de ne pas connaître des soubresauts, mais plutôt dans sa capacité à toujours pouvoir se relever, des difficiles événements qui ont marqués son existence depuis sa création. Cette résilience, me donne foi en son avenir.

Dans sa lettre de démission, Mike Jocktane indique que le Président Myboto n’est pas démocrate et qu’il ne croit pas à ses capacités à continuer le combat. Mieux, il dit que le président de l’UN est influencé par certains membres de sa famille. Votre réaction?

 Sourire…

C’est toujours le même angle d’attaque, la même rengaine. La vie dans un parti politique ce n’est pas une séance de « calinothérapie ». C’est parfois rude, voire violent. C’est des rapports de force permanents. Si votre idée ne passe pas, c’est peut-être que vous manquez de stratégie pour la faire passer. Si chaque fois que vous êtes mis en minorité, au lieu de faire l’exercice de remise en question, au lieu de revoir votre stratégie, vous trouvez les coupables hors de vous, vous ne resterez jamais dans un groupe. S’il y a une dictature à l’UN, c’est la dictature du groupe, celle qui veut que quand ton idée est minoritaire, même si tu la trouves belle et séduisante, elle ne sera pas retenue dans la stratégie globale. C’est aussi ça la démocratie.

L’autre constat est que lorsqu’un cadre de l’Union Nationale claque la porte, ce sont les mêmes arguments qui sont avancés. Ce fut le cas d’Estelle Ondo, Ghislain Ledoux, Marcel Biko’o, de Jean Pierre Rougou… N’y-a-t-il finalement pas lieu de se poser des questions quant à la manière dont le parti est dirigé?

Ils se trompent de combats. La politique c’est la gestion des rapports de force, c’est la gestion des clivages, d’abord au sein de son propre parti. Partout où ils iront, ils auront à affronter les mêmes défis internes des organisations humaines. De plus, vous ne trouvez pas bizarre que c’est au moment d’entrer au gouvernement ou d’aller au dialogue que l’on se souvient que Myboto est un dictateur. Tout ça n’est pas sérieux et ne grandit personne.

La justice vient de rejeter l’exclusion de madame Estelle Ondo. Pensez-vous qu’elle pourrait être encore la  bienvenue au sein de l’Union Nationale ?

Il ne revient pas à la justice de rejeter l’exclusion d’un militant d’un parti. A quoi servirait alors nos statuts et notre règlement intérieur ? Il faut bien lire la décision de justice. Quand on a décidé d’avancer, on ne regarde plus derrière. C’est à cela qu’on reconnaît les grands. Sauf si on avait pas bien réfléchi avant de poser son acte. C’est juste un conseil.

Ne craignez-vous pas d’autres départs à l’Union Nationale, si les recommandations sorties de la journée thématique du parti, tenues le week-end écoulé, ne sont pas appliquées à la lettre ? 

 Je n’ai pas encore lu ces recommandations. En tant que SE, je dois en être le principal destinataire. Toutefois, je dis que toute organisation doit avoir des règles arrêtées de façon consensuelle et les appliquer. C’est le respect de la règle qui créé l’ordre. L’absence de règles ou le non-respect des règles arrêtées avec le consentement de tous est la source même du désordre.

Certes, nous ne sommes pas l’Armée Rouge pour avoir tout le temps la même opinion sur tout. Mais dans toute organisation humaine, il faut un minimum de discipline.

Je vais en profiter pour dire à mes amis qui nous ont quittés qu’ils peuvent déserter l’UN, mais qu’ils ne désertent pas son idéal, celui du « Gabon pour Tous ».

Le dialogue initié par Ali Bongo prend fin d’ici peu, il est vrai que vous avez respecté les principes de votre parti, en refusant d’y prendre part. Finalement, les résolutions de ses assisses ne pourraient-elles pas être  favorables à tout le monde? Où n’y-t-il pas un risque pour vous de les  subir?

Vous savez, je crois vraiment qu’un chef ça doit surprendre et ça doit anticiper. Si on subit les décisions de ce dialogue, c’est qu’elles ne seront pas bonnes pour tous. A mon avis, Ali BONGO ONDIMBA n’avait pas besoin d’organiser une grand-messe pour prendre les décisions qui s’imposent pour le pays. Je suis cependant mal placé pour lui dire ce qu’il a à faire. Mon parti, l’UN, se bat pour la démocratie et l’Etat de droit, pour que « Union-Travail-Justice », les valeurs qui fondent notre République et notre vivre ensemble aient enfin un sens.

Le débat sur les législatives est d’actualité au sein de la coalition, autour de Jean Ping, dont vous êtes membre. Finalement, l’opposition ira-t-elle ou pas à ces prochaines législatives ?

 Vous en connaissez la date ?

En tout cas, cette question fait l’objet d’un débat interne qui n’a pas encore trouvé son épilogue. Une fois la date fixée, on vous dira.   Je note tout de même qu’à un peu plus de deux mois de la date retenue par la Cour constitutionnelle, les activités pré-électorales n’ont pas encore débuté. Tout se passe comme si nous allons droit vers un nouveau report. Nous ne pouvons nous permettre, en l’état du pays, de nous contenter d’une Assemblée nationale monocolore et dont le mandat est échu. Je rappelle que c’est par le suffrage universel et donc par le vote des citoyens que les députés sont élus et non par une quelconque décision de justice, fut elle de la Cour Constitutionnelle.

Votre mot de fin.

 Juste vous renouveler mes remerciements pour l’opportunité que m’offre cette interview pour faire connaître le point du vue de mon parti sur l’actualité politique de notre pays.

Je voudrais enfin dire qu’il est impérieux que les uns et les autres comprennent qu’il est plus que temps  de passer  à autre chose, à une autre conception de notre vivre ensemble qui ne saurait se résumer à la raison du plus fort. Notre pays en sortirait gagnant.

 

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