Accueil Politique DN dans le Woleu-Ntem: Dans la plus pure tradition Bongoïste

DN dans le Woleu-Ntem: Dans la plus pure tradition Bongoïste

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Le directoire de DN, lors de la tournée dans la province du Woleu Ntem/(c)gabonreview.

Le Woleu-Ntem sanctionne régulièrement les Bongo à chaque élection présidentielle. C’est une des lois intangibles au Gabon qui n’a jamais été démentie depuis 1990. La province septentrionale a encore démontré l’effectivité de cette loi, tout récemment, en 2016, par un vote massif du peuple woleu-ntemois contre Ali Bongo au profit de Jean PING.

Conscient de cette incontournable donnée, en se rendant au Woleu Ntem, le Président du Conseil Economique et Social et les deux ministres du gouvernement d’Ali Bongo Ondimba, ont donc du se mettre en quatre pour constituer une délégation qui puisse rivaliser avec celle qui a conduit Jean PING en pré –campagne et en campagne dans cette province. Il faut rajouter qu’ils ont objectivement bénéficié de l’appui logistique de l’Etat-Bongo via ses représentants administratifs déconcentrés que sont le gouverneur et autres préfets et sous-préfets pour tout faire pour se rapprocher des foules qui, pourtant, il y a moins de deux ans, ont rejeté l’Etat-Bongo. C’est pourquoi, loin d’être l’occasion de grandes retrouvailles dans la ferveur et  la foi militante ou de l’espoir d’un retournement spectaculaire de l’adhésion populaire, cette tournée n’est là que pour ramener les Woleuntemois au réalisme bongoïste. Comme pour dire que, entre deux présidentielles systématiquement « remportées » par les Bongo, il faut revenir à ce réalisme qui veut que l’on ne tourne pas le dos au pouvoir. Un adage bien usité des élites politiques bongoïstes du Woleu-Ntem qui, de tout temps, n’ont essentiellement prôné que le statu quo de l’Etat-Bongo. En effet, ce statu quo n’est pas un enjeu qui ne concernerait que Démocratie Nouvelle. La stabilisation du Woleu-Ntem est un enjeu central pour le pouvoir-Bongo6PDG. Et DN est le principal sous-traiteur qui a pour mission d’apaiser cette contradiction atavique qui oppose depuis des années la province du nord Gabon à la dictature tribaliste et monarchiste des Bongo. Ali peut-il se servir d’un meilleur vecteur que ce parti, à connotation régional(ist)e, dirigé par un Woleuntemois de renom, René Ndemezo’Obiang ? Est-ce un fait du hasard que les promus de DN viennent tous du Woleu-Ntem ? Tels des trophées du dialogue d’Angondjé, Ndemezo’Obiang, Eyogho Edzang, et Ndoutoume Ngome, se collent au rôle de preuves vivantes et palpables de tous les saint Thomas du Woleu-Ntem qui ont plutôt tendance à penser que, du système Bongo, entre deux présidentielles perdues et gagnées d’avance au profit et au détriment de qui on sait, on ne peut rien obtenir d’autre que çà justement.

Pour en savoir plus sur cette tournée, beaucoup se sont rabattus sur le quotidien proche du pouvoir, « l’Union » du mardi 26 décembre dernier. Non pas tant pour recueillir les faits, gestes et discours de René Ndemezo’Obiang (RNO) et de ses accompagnateurs, mais surtout pour décoder et entrevoir les objectifs attendus de cette tournée par le Palais du bord de mer et ses alliés, anciens et nouveaux. Pour « l’Union », la tournée du Président de CES dans le Woleu Ntem a surtout visé à présenter, expliquer, et exalter – les verbes sont de « l’Union » – les actes du dialogue dont RNO a été l’un des acteurs majeurs. Le journal relève trois axes qui ont sous-tendu la communication de ces missi dominici de l’Etat-Bongo dans le Woleu-Ntem. D’abord la présence physique, pour  leur exhibition en chair et en os, de Patrick Eyogho Edzang (PEE), de Jonathan Ntoutoume Ngome (JNN), et, bien évidemment de RNO lui-même. Dont, comme le souligne  et le rappelle « l’Union », les postes obtenus sont le fruit « des discussions entre le pouvoir en place et les acteurs de tous bords et de la société civile ». Le deuxième axe que le quotidien pro-Ali n’a pas manqué de relever en reprenant cette élogieuse et obséquieuse reconnaissance par la délégation de DN de « la clairvoyance et la magnanimité du président de la République ». Ali, magnanime ? Nous sommes saisis par le doute. Et c’est peu dire. Troisième axe, le criblage –nous citons « l’Union » –  de « l’opposition incarnée par Jean PING [qui] ne permet pas à notre pays d’avancer car notre pays est un havre de paix » et des « oiseaux de mauvaise augure qui continuent d’entretenir le flou dans la mentalité des Gabonais en général».

En résumé, pour DN, l’alliance avec les Bongo doit être maintenue parce qu’elle a permis l’aboutissement de « grandes résolutions positives issues du dialogue d’Angondjé » mais aussi déclenché « la magnanimité » d’Ali, et, enfin, donné accès aux postes de président du CES, de ministre plein et de ministre délégué.

C’est du déjà entendu. Pas seulement depuis 2009. Depuis bien avant. En fait, d’Omar à Ali Bongo Ondimba, le Gabon fait du surplace politique, économique, social et culturel. Les commis de l’Etat-Bongo que sont devenus RNO, PEE, et JNG, pour ne parler que d’eux, seraient bien en peine de nous expliquer la différence en matière de récolte politique qui existerait entre le dialogue post-putschiste d’Angondjé et les dialogues post-putschistes précédents. De la Conférence Nationale à nos jours. Surtout, lorsque l’ordonnancement de tous ces dialogues est, pour ainsi dire, le même :

  1. Soumission préalable au système Bongo au nom de la paix et de cette fameuse préservation du « havre de paix ». On ne tourne pas le dos au pouvoir ;
  2. Choix de nouveaux habits du système Bongo pour paraître plus démocratique comme, pour ne prendre qu’un seul exemple, le retour à l’élection à deux tours qui nous est présenté comme faisant partie des « grandes résolutions positives issues du dialogue d’Angondjé». Mais, il ne faudrait pas se leurrer au point de croire que les Gabonais auraient oublié que l’élection présidentielle de 1993 était à deux tours et qu’elle n’offrit pourtant aucune garantie de sincérité des résultats ;
  3. Quelques avantages juteux au passage comme les postes concédés à ces trois hauts clercs de l’Etat-Bongo qui viennent de conduire la délégation de DN dans le Woleu-Ntem, des postes dans la commission d’évaluation et de suivi des actes du dialogue d’Angondjé, et, en perspective, quelques strapontins à la prochaine assemblée nationale ;
  4. Bâtir une communication pour la nouvelle circonstance afin de relooker, de reconditionner le même breuvage dont les bongoïstes vantent les propriétés contre les maux dont souffre le pays. Ils espèrent voir le peuple s’en abreuver ;
  5. Désigner un nouvel ennemi principal à abattre : ceux qui mettent la paix en danger. Après Rendjambè, Mba Abessole, Mamboundou, Mba Obame, c’est autour de Jean PING qui « ne permet pas à notre pays d’avancer car notre pays est un havre de paix »

DN a obéi à ce schéma bongoïste bien connu des Gabonais.  Le peuple ne peut se laisser tromper tout le temps. Les Gabonais savent où mène cette voie.

 

Cicéron Mwama et Stéphane Mwameka   

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