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Discours à la nation : ABO devise sur le Gabon

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Ali Bongo Ondimba, le chef de l'Etat/©DR

Que d’incertitudes pour cette année 2020 ! En tous cas, rien de vraiment bon ne s’annonce qui serait de nature à rassurer les Gabonais.

A l’international, échauffements politiques et militaires entre nationalismes et impérialismes se multiplient. Sur le continent sud-américain, asiatique, moyen-oriental, et africain. Derniers en date, en Iran qui vient de voir un de principaux chefs militaires, Qassem Soleimani, abattu par les Etats-Unis et en Irak dont le parlement vient de voter le départ des troupes militaires américaines. Un vote qui a rencontré l’avis contraire de la Maison Blanche. Cette dernière a plutôt décidé de leur renforcement sur le sol irakien dans une perspective guerrière anti-iranienne. Un signe de l’escalade : l’Iran a lancé une dizaine de missiles balistiques contre au moins deux bases militaires irakiennes abritant des forces de la coalition menée par Washington. Le pouvoir iranien a aussi en ligne de mire Israël et les alliés des États-Unis. Pas seulement dans la région. Serions-nous dans l’antichambre d’une troisième guerre mondiale ? L’accord de Vienne sur le nucléaire iranien a été signé pour contrôler le programme nucléaire iranien. Par les 5 membres permanents du Conseil de sécurité, l’Union européenne et l’Iran. En 2018, les Etats-Unis, pourtant membre permanent du conseil de sécurité de l’Onu, s’en est retiré.

Le Niger, le Mali, le Nigéria, le Tchad, le Cameroun sont déjà en guerre. La nouvelle situation en Côte d’Ivoire où Gbagbo et Blé Goudé sont, de fait, interdits de politique et où, le nordiste Soro, subitement, devient le martyre national de Ouattara, débouchera sur quoi ? Le maintien de la paix ou la reprise de la guerre civile ?

Chez nous, la dernière allocution d’Ali Bongo Ondimba n’a fait aucune allusion à cette montée des tensions internationales. Le Gabon serait-il immunisé contre une poussée des tensions –internes et frontalières – qui nous basculeraient dans l’inconnu. Le chaos centrafricain montre malheureusement que tout est possible. L’assassinat d’Aymar Mbina au large des côtes gabonaises est la preuve que le danger peut même venir de la mer. Et nous avons plus de 800 kms de côte. S’il est démontré qu’il s’est agi là d’un acte de piratage, l’incapacité du Gabon à défendre ses côtes sera mise à nu. Le pire pourrait donc être à venir. En tous cas, ABO n’a pas jugé utile d’en parler aux Gabonais.

Rien non plus sur les retraites des fonctionnaires alors que Dynamique unitaire avait déjà lancé sa rencontre d’Awendjé avec quasiment toutes les couches sociales, des travailleurs aux élèves, en passant par les retraités et les sans-emploi.

Pas un mot sur Brice Laccruche Alihanga, qui, avec d’autres, se retrouvent désormais à fond de cale dans les geôles de Sans Famille. Simple affaire de détournements orchestrés par la flibuste ajévienne qui, pour avoir pris l’Etat à l’abordage, a organisé sa « piraterie » ? Ou alors, tentative de prise de pouvoir ? Bouche bée.

De qui Nourredine est-il l’homme de confiance ? De sa mère ou de son père ? Le brutal renforcement de ses pouvoirs au bord de mer aurait dû pousser ABO à expliquer aux Gabonais le pourquoi du comment.

La liste est longue comme une route cabossée de toutes ces questions qui auraient dû être abordées par un chef d’Etat au cours de son allocution de fin d’année. C’est-à-dire de toutes ces choses qu’ABO a dit qu’il réaliserait et qu’il n’a pas réalisées à cause, laisse-t-il entendre, d’un gouvernement qu’il a pourtant minutieusement nommé et qui lui fait, réaménagement constitutionnel oblige, totalement allégeance.

Au finish, si l’on s’en tient au seul discours d’ABO, les perspectives de 2020 pour le Gabon sont peu connues. ABO a préféré deviser sur les termes de la… devise du Gabon. Union, Travail, Justice. Les perspectives concrètes de l’année en cours, elles, demeurent floues.

De quel type d’union les Gabonais jouiront-ils, cette année ? Celle conclue à Angondje ? Celle de Jean Ping ? Celle proposée par Guy Nzouba Ndama ? Ou encore par les Notables de la République ?

De quel travail s’agit-il quand on sait que le principal employeur reste l’Etat rentier et que ce dernier a décidé de ne plus embaucher ?

De quelle justice parle ABO quand on sait que les métastases de la pauvreté gagnent de plus en plus de compatriotes et que cela risque d’être pire en cas de dévaluation ou, même plus insidieux, d’une dépréciation constatée sur le terrain économique ?

Dans l’état où se trouve le Gabon actuellement, que pourrait-il advenir de notre pays au cas où une bourrasque guerrière s’abattait sur le monde et, notamment, sur notre continent ?

Stéphane MWAMEKA 

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