Diplomatie :Flavien Enongoue,  »un plénipotentiaire un peu trop bruyant »

Diplomatie :Flavien Enongoue,  »un plénipotentiaire un peu trop bruyant »

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Il n’a pas encore présenté ses lettres de créance à l’Elysée. Cela seul devrait suffire à l’amener à  »couper le son », à se taire, à observer et à labourer le terrain en profondeur. Cela seul devrait suffire à l’amener laisser le chargé d’affaires  »mener la barque ». Mais il est ainsi, le Philosophe qui aime la politique : il aime parler, parler, se rendre visible même avant l’heure. Cette forme d’addiction narcissique n’est-elle pas une forme de faillite intellectuelle chez ce plénipotentiaire qui a fait l’école buissonnière ?

Nommé en février 2017 au poste d’ambassadeur haut représentant du Gabon en France, Flavien Enongoué devait suivre un  »stage d’imprégnation » d’un mois dans les différents services du ministère des Affaires étrangères. Il ne s’y est présenté que pendant une semaine. Trop peu pour lui ? Pourtant, s’il n’avait pas fait l’école buissonnière, il aurait assimilé qu’en diplomatie, c’est la remise des lettres de créance au chef d’État du pays accréditeur qui marque la prise de fonctions officielle de fonction de l’ambassadeur.

Ecole buissonnière et débuts catastrophiques

Nommé en février 2017, arrivé à Paris en juin avant même que ne lui soit notifiée la date de la cérémonie de présentation des lettres de créance, Flavien Enongoué n’a pas pris le temps d’apprendre la diplomatie, de connaître ses us et coutumes et de maîtriser les mécanismes du langage diplomatique. Est-ce une erreur de casting ? Est-ce une tromperie sur la  »marchandise » ? Est-ce un vendeur à la sauvette qui n’a pas tout compris de la pratique diplomatique ? Pour de nombreux diplomates, le démarrage du nouvel ambassadeur du Gabon à Paris sont catastrophiques. Flavien Enongoué a choisi de débuter et d’exercer son magistère avant même d’avoir passé cet  »exercice obligé » de présentation des lettres de créances à la présidence de la République française. Fait curieux : il se fait inviter sur les plateaux de télévision où il ne se montre pas souvent à son aise à cause notamment de son argumentation défectueuse. Il twitte, il signe des communiqués destinés à la communauté gabonaise. Parfois, voire souvent, ces communiqués heurtent… Depuis 80 jours, il défraie la chronique, il exprime ses états d’âme, il fait la mouche du coche, il s’érige même en chef de la majorité face aux opposants,  »cette minorité de compatriotes qui se signale négativement en France ». Il ne peut se défendre d’une certaine partialité dans ses prises de position. Il se veut être le  »Bilie-by-Nzé » de France. Dans les  »palabres » opposant certains compatriotes dans l’hexagone, il soutient tel, menace tel autre. Ses communiqués, dans lesquels se côtoient misère de la langue et violence, ont tendance à  »mettre le feu » au lieu de tenter de l’éteindre. Plutôt pyromane que pompier. Ce n’est pas ce que l’on demande à un ambassadeur.

Pour un ambassadeur-directeur,  »il manque à Flavien Enongoué le tact et l’habileté du bon diplomate »

Conséquence : la chancellerie du Gabon a encore été envahie le lundi 28 août par des membres de la  »diaspora », du fait de ses provocations. Son dernier communiqué mettait en effet en cause une partie des membres de la communauté gabonaise de France. La tension est haute à l’avenue Raphaël parce qu’un plénipotentiaire a décidé de s’en prendre à une partie de ses compatriotes ! C’est la traduction d’un divorce d’avec la communauté gabonaise. Sa démarche actuelle est la démonstration pratique de ce que peut être une diplomatie bruyante, mais peu efficace.  »Il y a là un risque de chaos généralisé dans son action dans la France éternelle. Le tact et l’habileté sont la marque d’un bon diplomate. Le sait-il seulement ? C’est ce qui lui manque », tranche un ambassadeur directeur au ministère des Affaires étrangères. Ce qui frappe, selon lui, dans ces 80 premiers jours, c’est que Flavien Enongoué semble avoir opéré un saut dans l’inconnu…

Pourtant, Flavien Enongoué, qui a soutenu sa thèse de doctorat en Philosophie politique au milieu des années 2000, fait partie, sur le papier tout au moins, de la  »crème » des ambassadeurs du Gabon. L’opinion s’était tellement plaint, à Libreville, de ce que certains ambassadeurs n’étaient pas  »à la hauteur » à cause de leur formation initiale, qu’elle avait bien accueilli la désignation de cet universitaire à Lutèce, ville des lumières. Mais, à l’exercice, beaucoup disent leur déception. D’autres estiment que l’ambassadeur se cherche une posture. Du coup, ils se demandent s’il a  »l’étoffe »…

Dans les  »petits papiers » du Quai d’Orsay, on parle de lui comme d »’un plénipotentiaire un peu trop bruyant ». Ce qui est loin d’être un compliment. Il reste à souhaiter à Flavien Enongoué de revoir sa posture, de faire preuve de doigté et de savoir-faire…pour le rayonnement de la diplomatie gabonaise, et pour que les Gabonais de France n’aillent plus crier sous les fenêtres de l’ambassade au moins les jours de semaine.  »Qu’il s’occupe des relations politiques et économiques entre la France et le Gabon, et cesse toute provocation avec les compatriotes de l’hexagone ! », conclut l’ambassadeur-directeur.

N.T

 

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