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Les dialogueurs d’Angondje: Chasseurs de postes

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Les participants au dialogue d'Angondjé. (c)gabonreview.

Les opposants d’Angondjé se gaussent de Jean PING du fait que ce dernier ne dispose finalement ni d’armée, ni d’armes, ni de stratégies pour affronter « l’armada d’en face ». Feignent-ils d’oublier que PING ne s’est jamais annoncé comme un seigneur de guerre ? Feignent-ils d’oublier qu’il n’était qu’un simple candidat à la présidence de la République ? Veulent-ils signifier qu’il lui fallut, avant le 27 août 2016, constituer des groupes armés pour affronter BOA et ses sicaires ? Que proposèrent-ils, eux, du directoire de Démocratie Nouvelle, qui conduisirent la campagne électorale de PING ? Conseillèrent-ils à ce moment-là que le candidat PING préparât une riposte armée à l’Etat-Bongo ?

Certes non, car il n’a pas fallu bien longtemps pour qu’une bonne partie de la direction de ce parti dépose armes et bagages, aux pieds de BOA, quelques semaines seulement après le massacre du 31 août 2016,. Etait-ce là leur plan B ? Une reddition pure et simple ? En tous cas, ils ne se privent pas de vanter à travers les journaux qu’ils influencent comme leur plan B : « Lorsque deux fils, imagent-ils, d’un même village vont à la chasse et qu’ils se retrouvent à la croisée de deux chemins, puis décident de se séparer, chacun empruntant le chemin qui lui semble le plus à même de lui faire remplir la gibecière, revenus au point de départ, l’un et l’autre doivent décharger leurs gibecières respectives, histoire de faire le bilan de la chasse ».
Une savoureuse allégorie bucolique de chasseurs-cueilleurs. Mais Jean PING s’est-il positionné comme un chasseur-cueilleur ou plutôt comme quelqu’un qui a annoncé dans son projet pour le Gabon sa volonté de sortir le Gabon de la rente pétrolière et de le transformer en un pays producteur qui exporte ses propres produits ?
Cette métaphore sur la chasse et la cueillette tranche avec cet extrait du projet de société de Jean PING sur l’après-pétrole : « le pétrole étant une ressource épuisable et non renouvelable, il convient de « semer », dès à présent, les ressources qui en résultent pour préparer l’après-pétrole. A cet effet, le Gabon a besoin de mettre en œuvre une politique volontariste de diversification de son économie et d’accroissement de sa production hors pétrole, qui prenne en compte ses avantages comparatifs et son potentiel naturel : agriculture, pêche, élevage, industries de services. J’entends mettre en place une politique de développement de filières d’activités d’avenir à travers des incitations fiscales et un accompagnement institutionnel. Cette politique concernera prioritairement les industries de transformation, l’agriculture, le tourisme,, les services, l’élevage et l’agro-industrie ainsi que la pêche et l’aquaculture »
Les deux fils ne visaient certainement pas les mêmes objectifs.
Celui qui recueille les faveurs de cette presse est plutôt un adepte de la chasse, la pêche et la cueillette, premiers modes de modes de subsistance de l’espèce humaine qui, alors, prélevait ses ressources directement dans la nature. Notamment sa nourriture qu’elle ne produisait pas. Même le chien, animal familier des chasseurs-cueilleurs, est domestiqué comme auxiliaire de chasse et non pour la production de viande. De manière générale, l’ensemble de l’Humanité était formée de chasseurs-cueilleurs jusqu’à ce que l’homme passe alors d’une logique de prélèvement de ressources dans la nature à une logique de production de ressources par l’agriculture et l’élevage. Un processus qui s’est accompagné d’une profonde mutation des sociétés humaines. Manifestement, l’Etat au Gabon étant une sorte de zone de chasse, les dialogueurs représenteraient donc ces fils portés par un esprit de chasseur-cueilleur qui doivent absolument ramener quelque chose au village dans leur gibecière. Une « gibecière » que la presse du dialogue d’Angondjé considère bien garnie. Elle en égrène le chapelet des acquis : « la révision de la Constitution et surtout les réformes électorales à même de créer les conditions de l’alternance et du changement dans le pays. Des réformes électorales qui doivent impérativement avoir lieu avant la tenue de tout scrutin, législatif, local et présidentiel. C’est là l’un des principaux acquis du dialogue politique d’Angondjé ». Frugale pitance, maigre moisson, quand on sait que la révision constitutionnelle adoptée par un parlement où les dialogueurs n’existent d’ailleurs pas n’a surtout visé qu’à renforcer les pouvoirs du roi de cette forêt-Etat, BOA, à le protéger de toute « expropriation » en cas de cohabitation et à préserver son impunité devant la loi. Ça, c’est pour la gibecière de BOA. Mais, dans les gibecières de nos dialogueurs d’Angondjé, qu’y trouve-t-on au retour de la « chasse » ? Surtout des postes, un peu plus d’argent qu’avant et une autorisation de « chasser » dans l’Etat accordé par le roi de la forêt-Etat. Un comportement prénéolithique grâce auquel le bongoïsme a asservi un grand nombre d’élites gabonaises.
L’autre fils, quant à lui, veut transformer cette forêt-Etat dans laquelle la maintiennent les Bongo en un pays producteur et exportateur, un peu comme au Cameroun voisin, et même mieux qu’au Cameroun. Passer de la chasse, la pêche, et la cueillette à l’élevage, la pisciculture, et l’agriculture. Pour cela, il faut que le Gabon, encore véritable forêt-Etat, ne soit plus la propriété d’une famille mais des Gabonais à travers un Etat dans lequel ils se reconnaissent. Mais pour y parvenir, il y a un préalable : exproprier celui et ceux qui se prétendent rois et vassaux du roi dans ce pays. Les dialogueurs d’Angondjé, eux, sur cette question, ont tout bonnement abdiqué. D’ailleurs, eux-mêmes reconnaissent « avoir emprunté un chemin long, celui des réformes préalables [lesquelles ?], avant que ne surviennent cette alternance et ce changement ». Survenir, le verbe est bien choisi pour exprimer le fait que « cette alternance et ce changement », on peut se risquer à l’écrire, pourraient ne jamais voir le jour ou, comme une apparition, se manifester au moment où l’on s’y attend le moins. Effectivement, dans ces conditions, pourquoi s’y préparer ? Pourquoi s’organiser avec le peuple gabonais pour en accélérer l’instauration ?
Nos dialogueurs d’Angondjé préfèrent s’organiser avec BOA pour attendre patiemment « cette alternance et ce changement ». Entretemps, on chasse.
Stéphane MWAMEKA

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