Accueil Politique Les dialogueurs blagueurs d’Angondje: Retenez-nous ! Sinon nous faisons un malheur

Les dialogueurs blagueurs d’Angondje: Retenez-nous ! Sinon nous faisons un malheur

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Minang Fils et Mboumba Nziengui/(c)internet.

Les petits accrocs de la vie politique gabonaise sont légion. Toute la question est de savoir dans quelle mesure ils sont significatifs…pour le peuple gabonais. Lundi 8 janvier dernier, le quotidien pro-gouvernemental « l’Union » nous apprend que ça grogne dans le Comité de suivi-évaluation des Actes du Dialogue politique.

Et que les choses pourraient même se dégrader au point que les « opposants » d’Angondjé pourraient claquer la porte.
Approchés, ces derniers ne sont pas très bavards sur les véritables raisons qui les pousseraient à sauter du bateau de plaisance qu’est l’Etat-Bongo. Et puis, quid des René Ndemezo’Obiang (RNO), Président du Conseil Economique et Social, de Maganga Moussavou, vice-président de la République, Ndaot, président du CND, Patrick Eyogo Edzang, Ministre de l’Energie et Jonathan Ntoutoume Ngome, Ministre délégué ? vont-ils, souhaitent-ils, ont-ils décidé de passer par-dessus bord et abandonner ce qu’ils avaient obtenu au prix de concessions qui se confondent désormais dans l’esprit des Gabonais aux rituelles compromissions dans lesquelles une partie des élites gabonaises se complaît et se vautre périodiquement ? Il leur faudrait de bonnes raisons. Alors, qu’est-ce qui incite ces « opposants » de BOA à ruer dans les brancards ? Peu explicite, « l’Union » de lundi nous met tout de même l’eau à la bouche en nous annonçant que « Mathieu Mboumba Nziengui, Thierry d’Argendieu Kombila, et Daladier Hubert Minang Fils (…) ont dénoncé ce qu’ils assimilent à une remise en cause des acquis d’Angondjé qui ont abouti à l’accalmie constatée en ce moment dans le pays après les soubresauts issus de la présidentielle de 2016 ». Mieux, il est même question d’ « attirer l’attention de l’opinion nationale et internationale pour dégager leur responsabilité sur ce qui peut advenir dans les prochains jours », et Minang Fils d’en rajouter : « nous ne pouvons pas cautionner cela, car ce qui se passe va à l’encontre de l’esprit consensuel d’Angondjé ». Dans foulée, couve une menace : celle clairement avouée par le même Minang Fils, un proche de RNO, de « pousser « l’opposition à suspendre sa participation au gouvernement et dans les autres institutions (…) et ramener la tension dans le pays »
Mais alors, quels sont donc ces acquis, fruits de « l’esprit consensuel d’Angondjé », qui auraient été bafoués? « l’Union » nous en touche deux mots. Il nous relate par exemple que Mathieu Mboumba dénonce la nouvelle rédaction de l’article 28 qui dit désormais que « le gouvernement conduit la politique de la Nation sous l’autorité du président de la République ». Quelque peu tardif, le réveil, quand on sait le tintamarre national de la campagne anti-révision de la Constitution menée par Owono Nguema et Moukagni Iwangou. Un tapage qui aurait pu alerter les responsables du fameux Comité du suivi-évaluation. C’est vrai qu’il n’y a pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Mais, enfin, mieux vaut tard que jamais. Alors, qu’en dit Mboumba Nziengui ? Il estime, selon « l’Union », qu’ « en cas de cohabitation, seul le gouvernement devrait normalement conduire la politique de la Nation et non le Chef de l’Etat ». Par ailleurs, il y a cette réduction du mandat des sénateurs qui, pour les dialogueurs d’Angondjé aurait du être ramené à 5 ans mais a été maintenu à 6. Voilà les raisons qui, pour ces messieurs du Comité du suivi-évaluation, font courir au pays « le risque de replonger dans la crise ». A l’issue de ce coup de sang, « l’Union » nous apprend qu’une « déclaration des membres de l’opposition ayant participé au dialogue d’Angondjé a été annoncée » pour être lue « dans les tout prochains jours au siège du Conseil National de la Démocratie ». Nous sommes lundi 8.
Mardi 9, pantalonnade ou rétropédalage ? On s’y perd un peu. « l’Union », toujours bien informé, titre, en page 2 : « L’opposition baisse la pression ». Qu’est-ce à dire ? En fait, ils auraient été entendus par le Distingué BOA qui n’a vraiment pas besoin d’accrocs dans le tableau de sa théâtralité consensuelle gabonaise et est tout disposé à trouver des terrains d’entente sur les questions qui fâchent, les sempiternelles mesures d’accompagnement bien connues. Comme par exemple, comme le souligne « l’Union », décidément bien au fait de ce qui démange, quant au fond, les membres du Comité du suivi-évaluation : « le non-versement des indemnités de fonction des membres siégeant audit, la non-mise à leur disposition d’un siège et du budget de fonctionnement ». Et « l’Union », assassine, de rajouter que « joints hier – lundi – au téléphone, ces acteurs de l’opposition ont toutefois réitéré que, si leurs récriminations ne sont prises en compte, ils mettront leurs menaces à exécution »
Mercredi 10. Voyons voir si leurs récriminations seront « prises en compte ». « l’Union » du jour ne parle plus dudit comité. Affaire apparemment classée. D’autant que, à l’heure de la convocation du congrès du Parlement, le quotidien pro-gouvernemental nous offre une demi-page des nouvelles dispositions de la Constitution qui seront adoptées en fin de journée. Deux nous intéressent ici. Les articles 28 et 35 nouveaux. Ceux qui, pour les « opposants d’Angondjé », constituaient un casus belli aux cas où leur rédaction définitive irait « à l’encontre de l’esprit consensuel d’Angondjé ». Vérifions alors !
Article 28 nouveau, in « l’Union » du 10 janvier 2018 : « Le Gouvernement conduit la politique de la Nation sous l‘autorité du président de la République ». Article 35 nouveau, toujours in « l’Union » du 10 : « (…) Les membres du Sénat (…) sont élus au suffrage universel indirect pour une durée de six (6) ans renouvelable (…) ».
Pas très consensuelle la rédaction. Alors, que vont faire nos « opposants d’Angondjé ». Quitter le Gouvernement ? Le CES ? Le CND ? La Vice-présidence ? Ou alors se repaître tout simplement des indemnités, et autres avantages, de fonction, du budget de fonctionnement, et du siège revendiqué ?
On devine la réponse. Le mangement.
Stéphane MWAMEKA

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