Dialogue politique/CNC : une simple autorité administrative !

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Les titres locaux/DR

La liberté de la presse est-elle la grande perdante des assises d’Angondjé ? Le CNC est-il vraiment l’institution absolument à rétrograder au rang de simple autorité administrative ? 25 années après son institutionnalisation comme institution constitutionnelle, le CNC va se muer en autorité administrative indépendante. Ce  »rabais » redonne au gouvernement, donc au ministère de la Communication, le pouvoir de tout régenter dans le secteur, à l’exception de quelques pans !

A ce jour, seules deux autorités administratives existent au Gabon, à savoir la Commission nationale de Protection des données personnelles (CNPDP) et la Commission nationale de Lutte contre l’Enrichissement illicite (CNLCEI). Des structures qui ne font pas autorité dans l’architecture institutionnelle du pays. Avec ce statut de seconde zone, ces super-administrations ont beaucoup de mal à imposer ou à faire prendre en compte leurs vues, et leurs responsables sont rarement visibles dans les photos officielles. En fait, elles n’ont d’autorité que de nom.

Le Conseil national de la Communication (CNC) va les rejoindre dans cette espèce de deuxième division des structures d’État. En effet, si la recommandation faite à l’Exécutif par les participants au Dialogue d’Angondjé de  »descendre » le Conseil national de la Communication au statut d’autorité administrative indépendante (sic), cela signifierait que le Gouvernement a décidé de reprendre l’essentiel des pans accordés à cet organisme au sortir de la Conférence nationale. Il apparaît donc aujourd’hui que le ministère de la Communication a réussi son œuvre de démolition de cette institution qui, en dépit de toutes les critiques, arrivait tout de même à  »contenir » certains excès gouvernementaux. Car, pour le ministère de la Communication, plusieurs journaux devaient plus exister aujourd’hui si le CNC n’avait pas marqué quelque résistance…

Briser les reins du CNC à tout prix

Le CNC était donc depuis ce moment-là dans le collimateur du pouvoir. Il fallait donc lui briser les reins à tout prix. Mais à défaut d’être dissous  -cela aurait été décrié à travers le monde-,  le CNC sera dorénavant une simple autorité administrative. Et cela arrive au bon moment : le mandat des Conseillers-Membres est arrivé à expiration le 6 mai dernier, et Jean-François Ndongou, l’actuel président de l’institution, se sait sur le départ. La Haute Autorité de la Communication sera dorénavant dirigée par un homme de la  »maison ». Alors, à quoi bon se battre ? « Il va laisser faire, comme il a laissé faire auparavant tous les détricotements antérieurs ». Contrairement à ce que l’opinion avait cru, ni le Sénat, ni le Conseil national de la Démocratie, n’ont été dissous. Mais dans ce paysage institutionnel national marqué par des institutions moribondes et inefficaces, c’est le CNC que l’on a choisi de  »briser » en la dévaluant aussi spectaculairement.

Cependant, il est à reconnaître que si les dirigeants actuels du CNC étaient beaucoup plus à la tâche, ils auraient vu venir le coup du Gouvernement. Car, comme le dit un confrère,  »cette rétrogradation s’est construite pendant plusieurs mois avec doigté, patience et, sans doute, astuce, ruse et intelligence. Le Gouvernement a pris soin de détricoter, raboter, défaire plusieurs des missions et attributions qui étaient celles du Conseil national de la Communication pour se les attribuer. La dernière en date est la décision prise par le Gouvernement d’attribuer un agrément technique à tout créateur de média au Gabon. Et le CNC n’a pas bronché ».

CNC : regrets éternels !

Dans le même temps, le CNC n’a pas été à la hauteur des enjeux. Il n’a fait que  »gérer le quotidien » en attendant la fin du mandat. C’est d’ailleurs l’une des mandatures les moins positives. Trop calfeutrés, trop taiseux, trop muets, parce que attendant un second mandat pour la plupart d’entre eux, ils ne se sont pas bougé le popotin pour revendiquer leurs droits.  »Mutisme incompréhensible et indifférence coupable », comme dit Gabonreview ? Non, tout était calculé au contraire : à l’exception de deux ou trois d’entre eux, la majorité attend d’être appelée à un second mandat de cinq ans de Conseiller-Membre. Ainsi, lors du premier mandat, onne fait rien pour ne pas gêner l’autorité de nomination. Deuxième mandat, on prépare la suite de notre carrière hors CNC.  »25 années après sa mise en place, le Conseil national de la Communication termine  »dans les cartons ». Ne s’étant pas fait entendre comme institution constitutionnelle face à l’Exécutif lorsqu’il le fallait, ce n’est pas en tant qu’autorité administrative qu’il le fera ».

Autorités administratives indépendantes : sous d’autres cieux, elles ont une grande marge de manœuvre 

Dans des pays comme la France et dans d’autres,  »un tel organisme est rangé parmi les autorités administratives indépendantes, mais il comporte sous ces cieux des attributions autrement plus spécieuses ! » En France, par exemple, c’est la Haute Autorité de l’Audiovisuel qui nomme les PDG des Radios et Télévisions de service public (après un entretien). La mise en demeure y est également exécutoire ».

Il est à reconnaître un fait : le recul du CNC dans l’architecture institutionnelle du pays est une grande victoire pour le Gouvernement et ses faucons qui ont montré, à travers de nombreuses décisions prises depuis deux ans, qu’une presse qui s’exprime librement ne doit pas continuer à le faire. Ce recul du Conseil national de la Communication est aussi une défaite pour les partisans de la liberté de la presse et d’expression.  »Bien que souvent décrié, le CNC restait tout de même un paravent contre certains abus gouvernementaux », comme l’écrit le confrère cité plus haut.

Dorénavant, c’est le ministère chargé de la Communication qui va pratiquement tout régenter. Il va formellement disposer d’une grande marge de manœuvre, et il ne se privera pas, comme il le fait déjà, à certains égards,de donner des coups de boutoir aux rédactions qui font leur travail avec objectivité. Ça, c’est une évidence !

 

B.M

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