Dialogue politique . Le challenge commence

Dialogue politique . Le challenge commence

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Les Membres du bureau du dialogue politique

Les forces vives de la Nation regroupées dans des organisations de la société civile : organisations non gouvernementales, associations, collectifs, syndicats de travailleurs sont réunies dès ce jour au stade de l’Amitié d’Angondjè pour livrer leur diagnostic et proposer des thérapies quant aux maux qui minent la société gabonaise. Il s’agit d’un rendez-vous inclusif et sans tabou, chacun étant autorisé à dire ce qu’il pense des situations politique, économique, sociale et culturelle du Gabon près de 57 ans après l’accession du pays à la souveraineté internationale, et 27 ans après le retour à la démocratie multipartite.

Revenons sur les fondamentaux de tout dialogue politique. Ce dernier met en présence des groupes d’intérêts différents qui s’engagent à se pencher sur des questions dont les enjeux sont naturels, mais pas nécessairement communs. Cela suppose donc que ces groupes d’intérêts ont des points de vue différents sur les mêmes problèmes et qu’elles disposent, vraisemblablement, sur ces problèmes, des solutions différentes qu’il faille confronter et trouver des compromis.

Dans la situation précise du Gabon, depuis fort longtemps, partis et personnalités politiques relèvent qu’il y a un déficit de démocratie dans le pays, en dépit de la restauration de la démocratie multipartite en 1990. En 2009, suite au décès de feu Omar Bongo Ondimba, ce déficit de démocratie s’est traduit et a conduit à une ‘’monarchisation’’ de la vie politique du pays, le fils ayant succédé au père, dans une espèce de dévolution dynastique qui ne disait pas son nom. Du coup, l’unité et la cohésion nationales sont mises à mal, à cause d’une focalisation du débat politique sur les ethnies. Ce qui fragilise le tissu social national et réveille de vieux démons. On l’a vécu récemment avec l’officialisation des résultats électoraux attribués à la province du Haut Ogooué.

Se pose donc l’épineux problème des réformes institutionnelles. Et comme de la Constitution dépendent les institutions, il est de ce fait impérieux de s’attaquer, dans un premier temps, à cette Constitution, pour que le reste suive. Un mandat présidentiel de 7 ans, renouvelable indéfiniment, des élections uninominales à un seul tour de scrutin sont, entre autres, des verrous qui bloquent la voie de l’alternance, qui personnalisent la fonction de Chef de l’Etat par exemple, et qui concourent à une ‘’monarchisation’’ de l’institution qu’est la Présidence de la République.

Pose également problème, et creuse le déficit de démocratie que l’on observe au Gabon : l’organisation des élections. Il s’agit là d’une problématique qui, à plus de trois reprises (1993, 2009, 2016) a failli faire basculer le pays dans des situations bien dommageables et même irréparables. A ces trois occasions, l’on a frôlé la guerre civile. Et tant que le mal ne sera pas soigné à lé racine, le pire reste toujours à envisager.

 Soigner ce mal à la racine reviendrait à : remettre à plat le fichier électoral ; redécouper les circonscriptions électorales sur la base de critères objectifs ; revoir les configurations, et recentrer les rôles, les compétences et les missions du Ministère de l’intérieur, de la CENAP et de la Cour Constitutionnelle.

L’objectif visé étant, et bien entendu, la transparence électorale, afin de faire l’économie de récurrentes contestations des résultats de différents scrutins, lesquelles constations débouchent souvent sur des situations incontrôlables et dommageables. Il n’y a qu’à ce prix que l’on réconciliera le citoyen gabonais avec la et/ ou le politique, en faisant en sorte que ce dernier accomplisse son devoir civique, et qu’il se reconnaisse en le ou les choix fait (s).

Ainsi donc, s’il est bien conduit, au-delà des appréhensions et des procès d’intention, le dialogue politique qui s’ouvre ce jour peut être, pour le Gabon, l’occasion de panser ses plaies et d’envisager l’avenir avec sérénité et optimisme. Une puissante plate-forme de plaidoyer en faveur de tous ceux qui aspirent à un Gabon nouveau, ainsi qu’une source de réformes institutionnelles et électorales qui placeront le pays sur l’orbite de démocraties modernes.

Certes le rapport de forces entre parties prenantes paraît inégal, mais il faut espérer que les uns et les autres sauront cerner les problèmes là où il est dans le meilleur intérêt de tous d’apporter des améliorations et des réformes qu’imposent. L’opposition apporte à la table des négociations des propositions perspicaces et idoines sur des thématiques pertinentes arrêtées par consensus : réformes des institutions, réformes électorales, modernisation de la vie politique ; consolidation de la paix et la cohésion nationale ; les tenants du pouvoir en tiennent compte en privilégiant l’intérêt général, au détriment des ambitions personnelles et des égoïsmes.

Les Gabonais favorables au dialogue ne vont pas refaire la roue. Il y a eu des dialogues de ce genre dans bien d’autres pays d’Afrique et du monde. Cependant, il n’y a pas de modèle unique, le tout dépendant des circonstances et des spécificités de chaque pays. Il n’y a, pas non plus, un model idéal pour un dialogue politique. La meilleure formule, le plus souvent, est celle où le dialogue est inclusif et sans tabou, surtout lorsqu’il s’agit d’aborder des questions profondément politiques.

Tel est le cas avec celui qui s’ouvre aujourd’hui au Gabon. Etonnant alors que ceux qui souhaitaient que l’on aborde certaines questions, telles celles relatives à l’élection présidentielle du 27 août 2016 dernier, refusent d’y prendre part. Puisque le dialogue est inclusif et sans tabou, l’occasion ne leur est-elle pas donner de venir poser, sur la table des discussions, la problématique des résultats de ladite élection et l’éventualité d’y parvenir, ainsi que les problèmes liés aux évènements dramatiques survenus après la proclamation de ces résultats : les arrestations arbitraires, les morts et les disparus ? Les termes ‘’inclusif ‘‘et ‘’sans tabou’’ auront là, tout leur sens.

Il paraît qu’ils ne veulent pas aborder toutes ces questions avec des ‘’imposteurs’’, des ‘’usurpateurs’’ et qu’ils tiennent tout simplement à aller aux élections législatives avec les mêmes imposteurs et usurpateurs.

Difficile de comprendre une telle logique.

FB 

 

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