Dialogue d’Angondjé : Le débat sur la biométrie occulté

Dialogue d’Angondjé : Le débat sur la biométrie occulté

163
0
PARTAGER
Ali Bongo Ondimba tenant les cnclusions des travaux d'Angondjé/ DR.

Contrairement aux aspirations nettement exprimées de la majorité du peuple gabonais, les convives du dialogue d’Angondjé, n’y sont pas allés pour restituer la vérité issue des urnes le 27 août 2016, encore moins s’accorder sur les conditions de reddition sans heurts des putschistes.

Ils ont prétendu y être allés pour créer les conditions d’organisation, à l’avenir, d’élections plus transparentes, plus libres, plus démocratiques et apaisées. En se projetant dans l’avenir, les dialogueurs vont ipso facto légitimer le hold-up électoral du 27 août 2016, d’autant que rien, dans toutes les réformes institutionnelles sur lesquelles ils pourraient s’accorder, ne garantit l’avènement de l’alternance au pouvoir au Gabon, tant espérée par le peuple.

En effet, la revue des propositions et contre-propositions relatives aux réformes envisagées ne révèle aucun mécanisme inventé pour empêcher Ali Bongo de travestir à sa guise, encore et encore, les résultats électoraux qui lui seraient défavorables. Il aurait donc toute latitude pour asservir le Gabon à perpétuité, après avoir accordé quelques lots de consolation à ses anciens/nouveaux alliés de l’opposition. Voilà qui est à l’antipode des attentes des Gabonais.

Dans le meilleur des cas, les dialogueurs pourraient obtenir le retour aux scrutins majoritaires et uninominaux à deux tours pour ce qui concerne la présidentielle et les législatives, la limitation du mandat présidentiel à 5 ou 7 ans renouvelable une seule fois, la réorganisation de la Cenap et de la Cour constitutionnelle, la suppression du double scrutin (les militaires votant avant les civils) institué dans le cadre de l’élection présidentielle. Mais rien de tout cela ne constitue un verrou blindé contre l’arsenal de fraude usité par le système Bongo depuis plus d’un demi-siècle.

Le meilleur rempart à cela, mais pas le seul, est certainement la normalisation de la biométrie électorale, réclamée à cors et à cris par les partisans du changement depuis 2003. Ce mode de gestion électronique du processus électoral, qui fluidifie et rend transparents le vote des citoyens et les proclamations des résultats électoraux dans les pays « civilisés », n’a pas pu faire ses preuves au Gabon.

Tout simplement parce que le pouvoir PDG a introduit un système biométrique estropié, c’est-à-dire incomplet, donc vicié et inopérant. Malgré 22 milliards de F CFA affectés à ce programme. Cette biométrie-là est amputée de l’interconnexion des ordinateurs de tous les centres de vote entre eux et avec ceux installés à la Cenap, au ministère de l’Intérieur, dans les états-majors des candidats, dans les bureaux de centralisation des résultats provinciaux, à la Cour constitutionnelle, etc., mais aussi de l’obligation pour l’administration de faire partager à tous les candidats ou leurs états-majors les codes sources du système.

Mais fort curieusement, les dialogueurs se sont gardés de jeter tout leur poids dans la bataille de la biométrie, dans le dessein de faire une haie d’honneur au petit monarque en contrepartie d’espèces sonnantes et trébuchantes, et de fonctions politiques juteuses.

Junior Ojoukwe

Facebook Comments

AUCUN COMMENTAIRE