Démission : Estelle Ondo et l’Union Nationale, le divorce est définitivement consommé

Démission : Estelle Ondo et l’Union Nationale, le divorce est définitivement consommé

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Elle était entrée dans un bras de fer avec cette formation politique de l’opposition, suite à son exclusion de celle-ci. Passée dans les instances judicaires, elle avait pourtant eu gain de cause, en conservant son poste de vice présidente, d’après le rendu de ce procès. Alors qu’elle attendait une lettre d’excuses des instances de cette formation politique, elle a plutôt reçu une convocation. Ce qu’elle a certainement vu d’un mauvais œil. A défaut de répondre à la convocation,  elle a plutôt envoyé sa lettre de démission à Zacharie Myboto, le président de l’Union Nationale. Ici, les questions qui ont lieu d’être posées sont les suivantes: où va aller Estelle Ondo ? Va-t-elle demander sa carte d’adhésion à Faustin Boukoubi, le secrétaire général du PDG ? Où alors elle va créer, avec d’autres démissionnaires,  sa formation politique ? A défaut d’aller  cogner aux portes de Démocratie Nouvelle. 

Ci-dessous, la lettre de démission de celle qui se considérait encore, il y a quelques heures seulement, vice présidente de l’Union Nationale. Lecture.  

 Monsieur le Président,

Je viens par la présente, vous annoncer ma démission de notre Parti l’Union Nationale.

Si celle-ci était tant souhaitée par un groupuscule de militants dont vous faites assurément partie, il reste cependant que vous n’en soupçonnez pas les raisons.

I/ HISTORIOUE

J’ai adhéré à l’Union Nationale dès sa création, à l’issue des élections présidentielles controversées du 30 août 2009.

A ce moment-là, sous l’impulsion de Monsieur MBA OBAME André, porteur d’un message d’espérance pour le peuple Gabonais, l’Union Nationale était créée pour lui, pour moi et pour beaucoup d’autres pour devenir la première formation politique nationale qui nous permettrait de poursuivre notre idéal de développement, de démocratie, de progrès pour notre pays et sa première formation politique.

Pour la consolidation de ce parti, j’ai été de tous les combats et notamment celui de la bataille en vue de sa réhabilitation après sa dissolution indiscutablement abusive.

J’étais convaincue que notre Parti, qui avait suscité tellement d’espoir, une fois réhabilitée, serait également une fabuleuse opportunité pour montrer au peuple Gabonais une nouvelle façon d’administrer la vie interne des partis politiques.

J’ai rêvé d’un Parti véritablement ouvert aux débats, d’un Parti respectueux de ses statuts et règlement intérieur.

J’ai rêvé d’un Parti dont les instances dirigeantes seraient continuellement vivifiées pour donner envie à tous et qu’il arrache progressivement du terrain à

toutes les autres formations politiques qui assisteraient impuissantes à nos raz de marée.

Huit (8) ans après, où en sommes-nous ?

II/ LE CONSTAT

A). Un Parti autocratique

Après le décès de Monsieur André MBA OBAME, l’Union Nationale a glissé vers une dérive préoccupante.

Apparemment libéré par ce décès, vous avez orienté, avec une aisance surprenante, notre Parti sur une voie autocratique matérialisée par le culte de la pensée unique que vous souhaitiez incarner et imposer.

Les débats d’idées, qui faisaient notre force, ont cédé brutalement la place à l’injonction, à l’instruction, au diktat du Président.

C’est notamment, dans ce contexte que vous avez unilatéralement constitué le Conseil de discipline et du mérite devant lequel j’ai été traduite en violation grossière de l’article 30 de notre règlement intérieur relatif à la composition du Conseil de discipline.

Aujourd’hui, au sein de l’Union Nationale, lorsque l’on dit « Le Parti n’a pas donné son accord », c’est plutôt une façon détournée de dire que le Président du Parti n’est pas d’accord.

Or, l’Union Nationale, le Parti auquel j’ai adhéré, ne se résume pas à Monsieur MYBOTO.

Mon adhésion à ce Parti avait justement aussi pour but de combattre le culte de la personnalité, cette pratique avilissante et aujourd’hui anachronique.

B) Un Parti Familial

Notre bébé à tous, l’Union Nationale, est devenu votre bien familial.

Aujourd’hui, vous le gérez avec votre fille, votre beau fils, votre beau-frère, vos

neveux et tous ceux qui, malgré eux, se soumettent à cette gestion patrimoniale du Parti.

C’est ce qui explique que tous les actes majeurs, qu’il convient de prendre et l’essentiel de la communication de notre Parti, sont réalisés par le secrétaire exécutif adjoint au mépris du secrétaire exécutif principal pourtant disponible.

De même, l’une de vos filles, trésorière adjointe du Parti, fait à intervalles réguliers, des conférences de presse pour s’exprimer sur les questions qui concernent notre Parti mais qui n’ont pas été débattues au sein du Bureau National et pour lesquelles elle n’a reçu le mandat officiel de personne.

Malgré ces violations flagrantes et intempestives de nos statuts et règlement intérieur, à aucun moment, ces derniers n’ont été rappelés à l’ordre.

Bien au contraire, après chacun de leurs écarts, ils reçoivent vos félicitations et tout votre soutien.

La raison ?

C’est très simple, ils sont membres de votre famille.

Mais l’Union Nationale, mon Parti, celui de MBA OBAME André ne peut dépérir de la sorte sans réaction de ma part.

J’ai consulté au sein de notre Parti, aussi bien la base que les hiérarques et cadres, le constat est le même pour tous « Monsieur MYBOTO s’est accaparé du Parti ».

Cette confiscation du Parti par vos soins ne peut être sérieusement contestée.

En effet, il m’est reproché par le Parti, notamment d’avoir soutenu la participation de l’Union Nationale au dialogue inclusif proposé par la Chef de l’Etat au motif que le Parti n’aurait pas donné son accord.

De fait, ce prétendu accord du parti est confondu avec l’accord donné par Vous-mêmes alors que vous n’ignoriez pas que pour des questions aussi essentielles qui nous divisaient, seul un Congrès aurait pu nous départager.

Au lieu d’emprunter cette voie au demeurant statutaire, vous avez plutôt armé le secrétaire exécutif adjoint, votre beau fils, pour lancer dans la Presse Nationale et Internationale une campagne de dénigrement contre ma personne au détriment du débat de fond sollicité par la majorité des militants.

Tout ceci suffit à démontrer cette inacceptable patrimonialisation du Parti.

C). Un Parti vicieux et malicieux

Il n’aura échappé à personne, même si on n’en parle pas, les manœuvres vicieuses et malicieuses que vous avez orchestrées pour déstabiliser notre candidat à la Présidentielle, Monsieur Casimir OYEMBA, afin de forcer notre Parti à adhérer à une coalition au contenu imprécis, sans avoir ouvert préalablement la question à un débat libre, intellectuel et démocratique devant nos instances.

Le climat de suspicion qui anime actuellement notre formation politique est parti de là.

De même, il n’aura échappé à personne que vous avez, avec votre famille, utilisé régulièrement notre Parti pour faire pression à notre prétendu homme à abattre pour espérer conclure des petits arrangements avantageux pour vous au détriment du Parti.

Il n’aura encore échappé à personne que vous avez incité les uns et les autres à intensifier la campagne fondée sur l’identité civile du chef de l’Etat, en affirmant que vous aviez la preuve irréfutable de son inéligibilité, alors que, advenue le contentieux sur cette question devant la Cour Constitutionnelle, vous êtes restés silencieux pendant que nos alliés de la coalition se faisaient laminer devant cette Haute Juridiction.

Ce que les autres n’avaient pas compris était simplement que ce sujet n’était pour vous qu’un moyen de spéculation.

La vérité, heureusement, n’a pas de tombe.

Aujourd’hui, toutes vos manœuvres sont connues de tous.

D) Un Parti tribaliste et discriminatoirement répressif

L’Union Nationale est devenue une formation politique au sein de laquelle le critère ethnique guide ses orientations.

En effet, tout le monde sait que l’une des raisons profondes pour lesquelles vous ne vouliez pas de la candidature de Monsieur OYE MBA repose essentiellement sur ce critère ethnique car c’est bien connu que vous êtes un apôtre de cette loi régionaliste non écrite qui enseigne « tout sauf les fangs ».

A titre d’illustration, aujourd’hui, je suis traduite en Conseil de discipline au motif pris de ce que je suis entrée au Gouvernement de la République le 03 octobre 2016, sans l’accord du Parti. Sans votre accord devrais-je dire.

Qui avez-vous désigné pour occuper la fonction de Président du Conseil de discipline ?

Votre fidèle soldat. Votre fidèle neveu. Fidèle par l’ethnie, fidèle dans les tâches funestes à lui confiées et qui a décidé de remettre en cause toutes ses connaissances juridiques pour vous servir à tout prix même contre le Droit.

S’agissant particulièrement de ces Conseils de discipline, quels sont les critères que vous avez mis en avant pour désigner ceux qui devaient être traduits devant ce Conseil ?

Qui peut comprendre que moi Estelle ONDO je sois traduite devant le Conseil de discipline pendant que certains militants, clairement identifiés, qui ont été surpris en flagrant délit de collusion avec nos adversaires politiques, pendant les dernières élections présidentielles, mallettes en mains, n’ont fait jusqu’à ce jour, l’objet d’aucune procédure ?

Même pas une demande d’explication.

Comment justifier cette différence de traitement ?

Qu’est ce qui est d’après vous, plus grave entre marquer délibérément un but contre son camp et prendre acte de sa défaite et de se dire « il faut qu’on avance » ?

La réponse qui s’impose logiquement à cette question est connue.

Pourtant, sous votre présidence, ceux qui ont marqué délibérément dans leur camp ne sont pas inquiétés et ceux qui ont pris acte, à l’instar de la Communauté Internationale, de l’arrêt rendu par la Cour Constitutionnelle déclarant Monsieur Ali BONGO ONDIMBA définitivement élu sont traduits en Conseil de Discipline ?

E) Un Parti de règlement de compte

Face au simulacre Conseil de discipline devant lequel j’ai été irrégulièrement traduite, j’ai saisi avec succès le Tribunal de Première Instance de Libreville.

Sa décision est Claire «ONDO EStelle demeure Vice-Présidente de l’Union Nationale .

Pendant que je m’attendais légitimement à recevoir une lettre d’excuse de la Direction du Parti, je reçois plutôt une nouvelle convocation à me rendre devant le Bureau National le jeudi 27 juillet 2017 à 15h3Omn.

Je constate que vous n’avez pas digéré votre défaite et vous tenez absolument à prendre votre revanche dans ce qui est devenu malheureusement une querelle de personne.

Un sage se serait arrêté et aurait appelé à la paix des braves.

Mais pour vous, il faut donc absolument m’exclure de ce Parti.

Mais de quel Parti politique voulez-vous exactement m’exclure ?

S’il s’agit du Parti aux pratiques intrigantes que j’ai dénoncées plus haut, je n’en ai jamais fait partie.

Cette obstination à me détruire est donc vaine.

III / CONCLUSION

Que nous reste-t-il comme points communs s’il en existait?

Plus rien de mon point de vue.

Et pour cause, depuis le décès de notre leader, MBA OBAME André, vous n’avez pas su mener la barque vers la voie convenue en 2009.

Les orientations que vous avez initiées n’ont eu pour conséquence marquante que la défection de certains de nos hiérarques notamment, Jean EYEGHE NDONG, Vincent ESSONE MENGUE, Jean Pierre ROUGOU, Mike JOCKTANIE.

Si vous êtes attentifs à la vie de notre Parti, vous savez aussi bien que moi que la liste de ces départs n’est pas close.

Pour être restée très proche de ma base politique et de nos militants, je peux vous assurer que pour cette majorité silencieuse, la déception est totale.

Certains n’hésitent même plus à déclarer « l’Union Nationale n’existe plus ».

En tout état de cause et en toute objectivité, personne ne peut sans se fourvoyer, déclarer que l’Union Nationale se porte bien.

Au total de tout ce qui précède, il est évident que nos divergences fondamentales sont devenues irréversibles.

Il ne s’agit plus de simples divergences de degrés, mais véritablement de contradictions de nature.

L’heure est donc venue pour moi d’en tirer toutes les conséquences.

Ainsi, j’ai pris la décision de démissionner du Parti politique dont vous assurez la présidence, cette Union Nationale tendance UGDD.

Le combat politique est long. Il demande de la patience mais sur son chemin, il a plusieurs épreuves.

Chacune d’entre elles doit nous enrichir et nous faire progresser.

Croyez-moi, j’ai beaucoup appris de la politique gabonaise au sein de cette formation politique mais à vos côtés, j’ai surtout retenu ce qu’il ne faut pas être et c’est déjà bien.

Avec mes remerciements,

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de ma profonde considération. Signée Estelle ONDO

 

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