Dans le piège du repli identitaire : l’aristocratie émergente prise la main...

Dans le piège du repli identitaire : l’aristocratie émergente prise la main dans le sac . Dans le Haut-Ogooué

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Jusqu’à ce jour, l’étiquette ‘’Repli identitaire’’ était collée à la communauté Fang du Gabon. C’était sa marque de fabrique. Le système Bongo-PDG, pour assurer sa pérennité, en avait fait son fonds de commerce, en le vendant aux autres communautés ethniques du pays, au point que les Fang étaient devenus un sérieux obstacle à l’alternance et au changement. Chaque fois que l’un d’eux se portait candidat à une élection présidentielle tout en en sortant vainqueur des urnes, il lui était impossible de parvenir à s’emparer du pouvoir. Paul Mba Abessole en 1973 et feu André Mba Obame en 2009 ont vécu cette amère expérience.

Mettant les intérêts et le sort du Gabon au dessus de toute autre considération ethnique et de toute ambition personnelle de devenir chef de l’Etat, les leaders d’opposition fang, dans leur majorité, ont décidé de soutenir leur compatriote Jean Ping, un Nkomi d’étimboué, plus précisément d’Omboué. Les scores enregistrés dans les principaux bastions fang, tels le Woleu Ntem, l’Estuaire, une grande partie du Moyen Ogooué, témoignent de l’adhésion des populations à ce choix.

Jean Ping est par conséquent apparu comme le candidat qui transcendait et qui fédérait les principales ethnies du pays. Dans l’Estuaire, le Moyen Ogooué, la Ngounié, la Nyanga, l’Ogooué Maritime, le Woleu Ntem, et dans une moindre mesure, l’Ogooué Ivindo et l’Ogooué Lolo, ces scores prouvent qu’il n’y a eu aucun repli identitaire ethnique, les populations ayant majoritairement voté en sa faveur, même si certains des leurs étaient en lice.

Quid alors du Haut-Ogooué ? C’est à ce niveau que le bât blesse. Ce serait injurieux de faire un procès de repli identitaire aux Gabonais de Franceville, Bongoville, Ngouoni, Akièni, Okondja, Léconi, Moanda, Mounana, Bakoumba. Elles ont dû voter comme tous leurs concitoyens des autres provinces du Gabon, en faisant le choix qui leur semblait le meilleur. Mais, c’est l’aristocratie émergente de cette province du Gabon qui tente de faire la démonstration que cette dernière est la terre de prédilection, la chasse gardée des Bongo. Elle en a décidé autrement. Raison pour laquelle les résultats des huit autres provinces ont vite été rendus publics par leurs gouverneurs respectifs, sans qu’il n’en soit de même pour le Haut Ogooué. Et voilà qui permet de comprendre comment a toujours fonctionné le processus électoral gabonais sous les Bongo. Une fois les résultats des autres provinces connus, des réajustements ont souvent été opérés afin de combler et de dépasser les écarts creusés par les autres challengers auxquels les Bongo, ‘’père’’ et ‘’fils’’, se sont opposés.

Dans le cas de cette année 2016, même si les autorités gabonaises ont imposé de ne pas publier ces résultats avant leur proclamation par la CENAP, les résultats étaient déjà bel et bien connus, parce que rendus publics, répétons-le, par l’ensemble des gouverneurs des huit autres provinces du pays qui en compte neuf. On savait également que la moyenne du taux de participation dans ces huit autres provinces avoisine les 50% du collège électoral ce qui, théoriquement, devrait être le cas du Haut Ogooué, où se sont inscrits 71.714 électeurs répartis dans 297 bureaux de vote.

Même si, pour des raisons diverses, le taux de participation s’avère élevé dans cette province, il ne peut dépasser les 70 %, ce qui donnerait, à peu près, un total de 50.000 électeurs qui ne se seraient pas tous prononcées pour un seul candidat, fut-il Ali Bongo Ondimba, ajoutés à cela les abstentions et les bulletins nuls.

En d’autres termes, il était quasiment impossible, au vu des taux de participations enregistrés dans d’autres provinces, que seule la province du Haut-Ogooué soit seule, largement au dessus de la moyenne nationale, et que tous les votants aient jeté leur dévolu sur un seul et unique candidat.

Ce ne sont donc pas les populations du Haut-Ogooué qui se replient autour d’un candidat censé être un des leurs, mais plutôt une certaine élite de cette province qui a peur de perdre les privilèges et qui les instrumentalise à cette fin. Et voilà pourquoi à la CENAP, 3 jours après le scrutin, l’on n’était pas toujours parvenu à démêler l’écheveau, tellement la situation du Haut-Ogooué était devenue un véritable casse-tête, avec des procès verbaux fabriqués de toutes pièces et dont les chiffres n’avaient rien à voir avec ceux issus des urnes. Des procès verbaux avec lesquels l’on a tenté de combler l’écart creusé par le candidat Jean Ping par rapport à Ali Bongo Ondimba, ce sur toute l’étendue du territoire national, au point de faire du Haut-Ogooué, la seule province où le taux de participation dépasse les 95%. L’alchimie ne peut être avalée.

Il ne s’agit donc pas d’un repli identitaire ethnique, puisque la province du Haut-Ogooué n’est pas mono-ethnique. On y trouve des Téké, des Nziébi, des Ombamba, des Ndumu, des Makaniga, des kota, mais aussi des fonctionnaires qui y sont affectés, venant de toutes les autres provinces du Gabon.

K.B

 

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