Congres provinciaux: Le PDG historique dicte sa loi

Congres provinciaux: Le PDG historique dicte sa loi

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Les pédégistes lors d'une précédente rencontre/(c)internet.

Pour certains militants du Parti Démocratique Gabonais, très confiants dans la clairvoyance du « Distingué camarade Ali Bongo Ondimba», les congrès provinciaux de l’ancien parti d’Omar Bongo Ondimba qui se tiennent dans les 9 provinces provoquent, à n’en point douter, un véritable remue-ménage qui  devrait être analysé principalement comme une volonté de BOA de démocratiser la forteresse politique du système Bongo. Les fouineurs de la Lettre du Continent,  eux, ont plutôt tendance à penser qu’Ali Bongo « mise sur les législatives pour tourner définitivement la page de son contentieux post-présidentiel ». BOA parierait, selon le titre français, « sur la participation de plusieurs leaders de l’opposition, à l’exception de Jean PING qui ne manquera pas, selon les rédacteurs de cet organe, d’appeler au boycott ». Mais, ce n’est pas tout. Les législatives seraient également l’occasion  pour BOA de « marginaliser certains cadres de sa formation, le PDG. Plusieurs d’entre eux souhaiteraient des législatives en 2019. Le temps de mieux s’implanter et de faire campagne dans les circonscriptions convoitées. » (In La lettre du Continent n°763 du 25 octobre 2017).

L’apparente sérénité qui a entouré le congrès du Woleu Ntem n’a été retrouvée ni dans la Ngounié –élections des membres du bureau politique et du conseil national annulées et Conseil provincial suspendu –, ni dans la Nyanga dont les élections sont également à reprendre, ni dans le Moyen Ogooué, où elles sont tout autant invalidées et reportée sine die, ni dans l’Ogooué-Ivindo où c’est le cafouillage complet, et cela en présence du Secrétaire Général Eric Dodo Bouguendza, dont l’allocution d’ouverture des travaux à Makokou a été ouvertement critiqué en des termes que nous rapporte le quotidien pro-gouvernemental « l’Union » de mardi dernier : « les participants [au congrès provincial de l’Ogooué Ivindo] ont relevé que le discours du secrétaire général du PDG, Eric Dodo Bouguendza, à l’ouverture des travaux comportait des prescriptions énoncées séance tenante sur le collège électoral, pour le moins en décalage avec le point de la note d’orientation concernant la composition des délégations au conseil provincial ». Une confusion totale en a résulté. Des indiscrétions laissent entendre qu’il y aurait eu collision entre d’une part le PDG historique local et d’autre part Issoze Ngondet et Alain-Claude Billie By Nze pour qui il n’était plus question de subir le vote par la base mais plutôt de remonter l’affaire au « distingué Camarade président».

Le titre de l’article du journaliste de « l’Union », ’’Ogooué-Ivindo : Un blocage et des questions’’ fait saliver mais l’article ne fait finalement qu’effleurer la problématique qui se pose actuellement au PDG dans quatre des neuf provinces qui se sont engagés dans le processus de désignation des membres de leur bureau politique et de leur Conseil national.

Le mode de désignation pose apparemment problème. Le consensus ayant été éliminé au profit de l’élection à la base comme nous le confirme ici « Le Moustique en colère » du 27 octobre 2017 : « Selon l’une des notes d’orientation de Dodo Bouguendza, c’est désormais à la base de départager et de décider et non au seul distingué camarade ». Au Moyen-Ogooué où le consensus a été préféré, les élections ont été annulées. Pourtant, rappellent certains militants pédégistes du coin, le consensus est statutaire. Mais, rétorquent d’autres , c’est ce même consensus qui aurait toujours « induit en erreur  [BOA] lors de ce casting qui a toujours permis à certains barons de solder leurs comptes à des adversaires gênants ».

Elevons-nous un peu de la mêlée et tentons de percevoir les motivations profondes de BOA ! Certains, rescapés de la purge lors du congrès de 2010, se disent conscients du fait que le Distingué camarade revient sur les lieux du « crime » pour terminer le travail. En effet, malgré la brutale mise à l’écart d’un certain nombre d’ « amis » de son « père », la purge inachevée  de 2010, n’a donc pas pu s’effectuer comme « les neufs » qui ne voulaient plus faire avec « les vieux » l’auraient voulu. De fait, un grand nombre de cadres du PDG historique, militants bien avant que BOA ne soit « distingué », et ayant même guerroyé contre le rénovateur Ali, forment encore l’ossature de ce parti et en sont les hiérarques avec qui il faut nécessairement compter. Ce sont eux qui viennent de contrôler les élections dans le Woleu Ntem. Ce sont eux qui font la loi dans le Moyen-Ogooué, la Ngounié, la Nyanga, et très certainement ailleurs. En mode consensuel ou en mode élection directe par la base, personne ne saurait les faire plier car le terrain leur appartient.

Le déclenchement de l’opération nationale de renouvellement des adhésions au PDG participait d’une volonté de donner une sorte de coup de fouet aux organes dirigeant du parti par l’adhésion ou…,raillent certains, l’invasion spontanée de milliers de militants à qui l’on donnerait ainsi le droit de voter comme n’importe quel ancien militant. Bien évidemment, dans le secret espoir de provoquer, par la même occasion, une sorte d’aggiornamento organisationnel tout aussi spontané qui, malheureusement pour BOA, n’a pas pu s’opérer.

A l’orée du dialogue d’Angondjé, Berre avait déjà prévenu qu’il faudrait toujours compter avec le PDG historique au parlement, notamment à la chambre des députés. Aujourd’hui, malgré l’éviction déguisée de Faustin Boukoubi, on peut, sans grand risque de se tromper, analyser que le MOGABO, et BOA lui-même sont en train de se heurter à ce PDG historique qui ne veut pas coucher sa tête sur le billot pour se la faire trancher.

En tous cas, il est difficile de croire que cette ouverture radicale à la base pour voter au sein du parti soit la marque d’une volonté démocratique de BOA. Le 31 août 2016 restera indélébile dans les consciences des Gabonais.  L’interdiction de manifester, son projet de ‘’monarchisation’’ de la constitution sont autant de faits et d’intention qui prouvent  que BOA n’est nullement démocrate. Il  « mise, comme le rappelle La Lettre du Continent, sur les législatives pour tourner définitivement la page de son contentieux post-présidentiel». Pour cela, il a besoin d’un PDG sous contrôle et d’une partie des opposants qui sont autour de Jean PING dans la Coalition de la Nouvelle République. Mais, comme on le constate, les choses ne s’annoncent pas aussi sereines que cela. L’atterrissage risque d’être précédé de sérieuses turbulences, notamment en janvier 2018, l’étape des primaires.

 Cicéron MWAMBA

 

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