Accueil Politique Tous les chemins ne mènent pas à Rome, Que diable

Tous les chemins ne mènent pas à Rome, Que diable

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Les participants au dialogue d'Angondjé. (c)gabonreview.

Le titre d’un canard : « Capitulation et changement de cap » montre à merveille que l’auteur de l’article sait de quoi il parle. Cet hebdomadaire, très proche de René Ndemezo’Obiang et de son parti, Démocratie Nouvelle, travaille, depuis octobre 2016, à justifier leur séparation d’avec Jean PING après le putsch militaro électoral du 31 août 2016. Une séparation qu’ils n’ont jamais qualifiée de capitulation mais plutôt comme une sorte de clarification entre « les utopistes » d’un côté et les réalistes de l’autre, comme un « changement de cap ».

Réalisme dont nous avons une illustration dans les propos de RNO au moment de sa rupture avec Jean PING : « il faut prendre acte de la décision du 23 septembre dernier de la cours constitutionnelle et tirer courageusement la conclusion que cette décision met un terme à l’élection présidentielle du 27 août 2016 qui a reconduit Ali Bongo Ondimba à la tête du Gabon (…) Le Dialogue politique National, mettant autour d’une même table, les représentants du pouvoir établi, ceux de l’opposition, ainsi que ceux de la société civile, nous apparait dès lors comme la seule solution véritable pour sortir notre pays le Gabon, de la grave crise poste-électorale actuelle »
Alors que les dialogueurs d’Angondjé estiment ne souffrir que du tort d’avoir eu raison plus tôt, il est surprenant que le Canard, leur principal organe théorique considèrent comme capitulards certains restés aux côtés de PING qui ont décidé de suivre – il n’est jamais trop tard n’est-ce pas ! – la voie tracée par eux, les dialogueurs de la première heure, c’est-à-dire changé de cap, autrement dit rejoindre le système Bongo et faire avec. Si cette voie est celle de la capitulation, elle l’est donc pour tout le monde. Il faut bien choisir la caractérisation qui sied pour ce genre de retournement de vestes. L’hebdo suggère une explication pour tenter de faire comprendre que « ces partis ou autres acteurs politiques qui prétendaient vouloir (…) accompagner [Jean PING ndlr] « jusqu’au bout » dans le combat que ce dernier mène pour la conquête du fauteuil présidentiel ont, sans le dire, abdiqué. La preuve que tout ce beau monde ne le soutenait rien que du bout des lèvres et par opportunisme politique, une bagatelle de 600 millions de francs CFA étant passée par là en contrepartie »
Capitulation ? Mais alors, comment imaginer un seul instant que cet argument ne vaudrait pas pour ces anciens opposants proches de PING qui, précédés par Ndaot dans le rabibochage avec BOA, se sont tous mués en « dialogueurs d’Angondjé » N’ont-ils pas, hormis Ndaot, prétendu accompagner PING jusqu’au bout ? N’avaient-ils pas finalement, eux aussi, « abdiqué » ou « changé de cap » comme ceux dont ils se gaussent aujourd’hui ?
Bien que devenu le chantre officiel des dialogueurs réalistes d’Angondjé ainsi que leur référence la plus sérieuse, en matière de presse, ce hebdomadaire est tout de même bien en peine de nous expliquer la distance qui les sépare eux, les réalistes d ’Angondjé, de ceux dont ils soupçonnent le départ prochain de la Coalition pour la Nouvelle République en vue des prochaines législatives organisées dans les mêmes conditions par la junte au pouvoir?
Peut-être parce qu’il n’y en a pas véritablement.

Les « réalistes » dont ce journal est le propagandiste attitré n’ont d’ailleurs à cet égard qu’un argument à la bouche et dans l’encrier de leurs plumes : un rapport de force qui, selon eux, est entièrement favorable au pouvoir en place. Mais, par définition, un pouvoir en place bénéficie toujours de l’avantage d’un rapport de forces favorable. Et, cette lapalissade est apparemment le fondement de l’idée – à laquelle il faut se faire selon ce Canard – qu’il ne reste que la seule solution de l’abdication. Curieusement, c’est ce même le journal qui n’a cessé de faire, depuis des années, l’apologie des luttes anti-impérialistes dans le monde, qui semble ignorer aujourd’hui les expériences capitalisées dans l’histoire de l’humanité par ces autres peuples qui ont su s’organiser, souvent dans des conditions difficiles, pour déclencher leurs luttes, s’y maintenir, parfois des dizaines d’années durant, en en acceptant les affres et les sacrifices, pour enfin aboutir à la lutte finale qui, au bout du compte, a conduit à leurs libérations respectives. Ne dit-on pas qu’un avenir radieux n’est que l’aboutissement de voies tortueuses ?

En quittant PING et en montant dans le train de la reddition en marche, ce journal et ses alliés n’ont fait que rejoindre Séraphin Ndaot qui les y attendait déjà en bonne place. Quelle différence politique peut-il désormais s’établir entre eux sur la question de la collaboration ou non avec BOA ? Aucune.

Quelle différence politique peut-il désormais s’établir entre eux et ceux qui, aux dires de cet hebdomadaire, patienteraient déjà à la station des législatives pour monter dans ce même train de la capitulation et de la réhabilitation de BOA ? Manifestement aucune.

Ou alors faut-il comprendre que ce n’est tout simplement que du repli tactique pour « les buts pratiques du mouvement » ? Souvenons-nous ici des propos de René Ndemezo’Obiang, un certain 28 février 2015 : « En acceptant de travailler avec Omar BONGO ONDIMBA, fondateur et leader du PDG, je n’ai jamais eu l’ambition, ou plutôt la naïveté de croire que je pourrais «transformer» la nature de cette formation politique. Je me suis simplement rappelé de ce que conseillait un grand penseur et stratège qui disait en substance ceci «Si vraiment, pour des nécessités historiques, vous êtes obligés de faire des compromis, passez des accords pour atteindre les buts pratiques du mouvement, mais n’allez pas jusqu’à faire commerce des principes, ne faites pas de concessions idéologiques». Dans sa dernière parution, ce journal ne contredit pas cette ligne lorsqu’il écrit : « D’aucuns soutiennent que le mouvement démocratique gabonais doit traverser inévitablement plusieurs étapes pour parvenir un jour à l’alternance. Tirant les leçons de Paul Mba Abessole puis d’André Mba Obame, leur intime conviction est qu’à chacune de ces étapes et après une évaluation objective du rapport de forces, ce mouvement démocratique doit savoir se replier et accumuler des forces lorsqu’il a été brutalement stoppé comme en 1993, 2009, et 2016 par ceux qui font obstacle à l’alternance (…) »

St Thomas que nous sommes, nous serions mieux édifiés si nous pouvions mettre le doigt sur « les buts pratiques » dudit « mouvement ». Quels sont-ils ? Par ailleurs, « savoir se replier et accumuler des forces » signifie-t-il se replier chez l’ennemi et y accumuler des forces ? Qu’a fait Mba Abessole si ce n’est « se replier » et prétendre « accumuler des forces » auprès d’Omar Bongo. Nous savons tous ce qu’il en a résulté.

En politique, tous les chemins ne mènent pas toujours à Rome. Même Mba Abessole, le bûcheron catholique, l’a appris ou accepté à ses dépens. A plus forte raison, ceux qui, comme les dialogueurs d’Angondjé veulent tirer des leçons de l’expérience historique du leader du RNB/RPG. Wikipédia nous rappelle que « Tous les chemins mènent à Rome » est une expression proverbiale grecque qui possède plusieurs sens. Un nous intéresse ici, celui de la multiplicité des moyens pour parvenir à une même fin.

Encore faut-il que la fin soit commune. En tous cas, elle l’est pour certains : BOA et sa junte élargie aux dialogueurs d’Angondjé et, peut-être, comme le soupçonne cet hebdomadaire à de nouveaux déserteurs. Tous partisans d’un statu quo bongoïste.

Cicéron MWAMBA et Stéphane MWAMEKA

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