Accueil Politique Cercle des Notables de la République : conférence nationale en vue ?

Cercle des Notables de la République : conférence nationale en vue ?

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La crise gabonaise contient en elle plusieurs issues possibles. Mais, qui en fait le ou les choix ? Pour le « Cercle des Notables de la République » – composé de Jules-Aristide Bourdès Ogouliguende, Paul Malekou, Louis-Gaston Mayila, Paul Mba Abessole, David Mbadinga et Richard Moulomba- le problème se situerait justement là. Et, à la lecture de leur discours ce ne sont pas les Gabonais, plus préoccupés à se battre entre eux. Et, pour le démontrer, ils s’appuient sur quelques références historiques.

Ils rappellent, par exemple, cet épisode où « …le Président Léon Mba, accompagné de M. Sanmarro, dernier administrateur colonial, voulut proposer, pour le Gabon, un statut de département d’outre-mer… ». Pour toute réponse : « Non, non, l’indépendance pour tout le monde ! ». « Nous étions à nous quereller, comme des enfants, explique Paul Mba Abessole, alors qu’ailleurs on décidait de notre sort. Devons-nous encore adopter, présentement, notre comportement en 1960 ? »

Second exemple, la Conférence Nationale de 1990. « Malheureusement, ici, comme en 1960, on n’a pas réussi à parvenir à des consensus forts pour marquer l’avenir de notre pays. Quelques mesures, en réalité marginales, furent prises pour un futur incertain. En fin de compte, ce tournant fut raté lui aussi »

Pour ce collectif de Notables, il est évident qu’« au lieu de nous concerter (…) afin d’arriver à un consensus, nous sommes restés au niveau de la bataille des « Ego » et non à celui de la grandeur de notre pays » Raison pour laquelle « à cause de cette arrogance (…) nous avons raté tous les tournants historiques où nous aurions pu mettre en place des institutions nous permettant de faire émerger chez nous un vrai système démocratique à la fois humaniste e participatif »

Nous pataugerions, pour ainsi dire, « dans une sorte de cycle infernal d’éternel recommencement » dont un diagnostic sévère est posé par ces Notables qui, aux plans social, économique, et politique, n’y vont pas avec le dos de la cuiller. Ils dénoncent, pêle-mêle « la défaillance des systèmes éducatif et sanitaire en passant par les violences policières et militaires, l’armée des demandeurs d’emploi qui ne fait que grossir, les détournements massifs des deniers publics, malgré l’opération dite « Mamba » qui s’exerce en «  trompe l’œil », le blanchiment des capitaux et la corruption massive, le désenchantement des populations par rapport à la politique, ainsi que le fort taux d’abstention aux consultations électorale, l’interdiction absolue des rassemblements, des marches pacifiques et de toute contestation légale, le règne de la terreur, la modification unilatérale de la Constitution. Sans oublier de souligner que le pouvoir piétine lui-même le protocole d’accord du dialogue d’Angondjé, l’impréparation notoire au plan de la préparation des élections législatives » mais la liste est si longue que nous préférons nous arrêter là. Cet extrait, à lui tout seul, montre suffisamment bien que ces Notables ont décidé de ne pas faire la part belle au régime de BOA. Par exemple, il faut bien noter leur différence avec les « opposants dialogueurs d’Angondjé » qui n’ont jamais plus dénoncé « l’interdiction absolue des rassemblements, des marches pacifiques et de toute contestation légale », bien au contraire l’ont même encouragée par la bouche de Thierry d’Argendieu qui, en leur nom, exigeait de Lambert Matha l’annulation d’un meeting de Jean PING et de la Coalition à Ntchoreret.

Ce qui, pour autant, ne fait pas de ces Notables des opposants au système Bongo. Ils ne sont pas non plus pro-PING. Ils ne prônent pas le « c’est toi ou c’est moi » – l’expression est d’eux – mais plutôt le « toi avec moi ». Une sorte de sursaut centriste de membres issusaujourd’hui «de deux groupes campés chacun sur sa position. Nous y voyons un très grand danger pour notre pays. Nous ne pouvons pas accepter cela. Le Gabon est au-dessus de nous tous (…) Nous invitons donc tout le monde à la Réconciliation (…) Il nous faut abolir le souvenir des injures, des meurtres mêmes, si nous restons enfermés dans toutes nos brouilles, c’est nous-mêmes qui allons en mourir »

Autant d’éléments qui amènent ces Notables à recommander le report des législatives afin que « ces élections n’entraînent pas de nouvelles contestations comme toutes celles que nous avons connues depuis 1990. Nous ne pouvons plus nous permettre de rater ce tournant, ce qui risquerait de nous entraîner dans une guerre civile ».

Quant au fond, cette Réconciliation nationale que préconisent ces Notables « avant d’entreprendre quoi que ce soit » est un préalable qui ressemble comme deux gouttes d’eau à une nouvelle Conférence Nationale.

La communauté internationale, qui a ouvertement mis le pouvoir en difficulté face à Jean PING, notamment à travers la résolution européenne sur le Gabon, dit-elle autre chose quand elle parle de « ses réserves quant au degré d’ouverture du dialogue national lancé par le gouvernement gabonais et, par conséquent, à sa crédibilité et à sa pertinence » quand elle « relève que Jean Ping et sa « Coalition pour la nouvelle République » ont refusé de prendre part à ce dialogue » ou encore quand elle insiste pour « déterminer la manière de mettre en place un dialogue politique permettant de sortir de la crise, tout en garantissant les droits démocratiques du peuple gabonais ». De manière encore plus précise, elle « exhorte le gouvernement gabonais à apporter une réponse concrète aux inquiétudes de la communauté internationale, en organisant rapidement un forum consultatif pour un dialogue réellement ouvert à tous, transparent et impartial [et] demande également à l’opposition d’évaluer la crédibilité de ce processus ». Enfin, elle « invite tous les acteurs politiques à faire preuve de responsabilité et de retenue, et notamment à s’abstenir de toute incitation à la violence »

 

Comme on le constate, sur l’ensemble de ces questions – hormis l’exigence d’une commission d’enquête internationale sur la fraude électorale et les violences qui s’en sont suivies -, la tonalité est sensiblement la même entre les Notables de la République et la communauté internationale. Y compris sur celle les législatives pour lesquelles l’UE « invite instamment le gouvernement du Gabon à procéder à une réforme approfondie et rapide du cadre électoral, en tenant compte des recommandations formulées par la MOE de l’Union européenne, afin de l’améliorer et de le rendre totalement transparent et crédible; souligne que les autorités gabonaises doivent garantir une coopération pleine et loyale avec tous les acteurs nationaux et internationaux pertinents, afin de veiller à ce que les prochaines élections législatives, qui auraient déjà dû avoir lieu, soient totalement transparentes et crédibles et se déroulent dans un climat de liberté, de démocratie, d’ouverture et de paix ». Autrement dit par les Notables : « le délai d’avril 2018, pour organiser les élections législatives, n’est pas réaliste. Dans ce délai, il nous paraît, en effet, impossible d’organiser des élections dignes et transparentes (…) Nous suggérons donc, pour la stabilité et pour l’intérêt supérieur de notre Nation, de reporter ces élections à une date ultérieure que nous devrions choisir d’un commun accord ».

Question légitime : Faut-il voir la patte de la communauté internationale derrière cet appel à la réconciliation nationale au Gabon ? Wait and see.

Stéphane Mwameka 

 

 

 

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