Burundisation et ivoirisation du Gabon

Burundisation et ivoirisation du Gabon

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La décision très contestable de la Cour Constitutionnelle d’avoir rejeté le recours introduit par Jean Ping et d’avoir validé sans ambages la réélection d’Ali Bongo sur la base de l’annulation de près de 21 bureaux de vote dans le deuxième arrondissement de Libreville et de quelques bureaux à l’intérieur du pays, ne fait qu’enfoncer le Gabon dans une crise morale et politique aux conséquences incalculables.

Tout cela à cause d’un manque évident de courage et d’audace des membres qui constituent cette institution qui va devenir aux yeux du peuple gabonais, vide de sens légal et légitime.

Le Gabon s’achemine malheureusement vers une double situation de crise que l’on pourrait appeler sans fioritures, le syndrome du Burundi et le virus ivoirien. Tout d’abord, comme on peut le constater au Burundi, les enlèvements et assassinats sur des personnalités ont lieu actuellement au Gabon ; Paul Ngoulakia, Zibi Bertrand , Féfé Onanga et d’autres ont été enlevés sans ménagement par les forces de sécurité dans des conditions cavalières .Des tentatives d’assassinats sont maintenant banalisés ; les cas de Séraphin Moundounga et d’Alexandre Barro Chambrier sont là pour démontrer la violence inouïe de ce régime .Par ailleurs , comme au Burundi, les tenants du pouvoir dénonce avec mauvaise foi une « ingérence extérieure de certains pays occidentaux dans les affaires du Gabon . »

Quand il s’agissait de faire la manche auprès des bailleurs de fonds occidentaux, là, Ali Bongo et sa clique d’aventuriers ne parlaient pas d’ingérence…

Il y a une burundisation du pays car comme Nkurunziza au Burundi, Ali Bongo parle de dialogue politique alors que pendant ce temps, nombre de personnes sont incarcérés pour des motifs politiques, aucune enquête n’a été menée  pour faire la lumière sur les morts des événements du 31 août 2016. Or, on sait que ces morts sont le fait de l’action répressive des forces de sécurité, voire de mercenaires à la solde du régime. C’est une crise à la burundaise car ce n’est pas seulement la capitale du pays qui risque de connaître l’embrasement mais une bonne partie des provinces, si d’ici là, la communauté internationale ne prend pas à bras le corps le cas du Gabon.

On peut aussi dire que la situation du Gabon nous rappelle quelque peu le cas ivoirien ; aucun des pays d’Afrique Centrale n’a encore reconnu la prétendue réélection d’Ali Bongo. Idriss Deby, ne l’oublions pas a tout simplement «  pris acte de la décision de la Cour Constitutionnelle », sous son rôle de président en exercice de l’UA.

Comme Laurent Gbagbo, Ali Bongo est entouré de faucons et de hiboux, pour qui , la préservation du pouvoir passe avant tout, quitte à  massacrer leur propre peuple . Il semble que comme en Côte d’Ivoire et comme l’a d’ailleurs laissé entendre Jean Ping dans sa déclaration du samedi 24 septembre 2016, le cas du Gabon doit interpeller la Communauté internationale .Ce n’est qu’a ce prix que la paix peut revenir dans le pays.

La France, dans un communiqué du Quay d’Orsay regrette que la procédure et la décision de la Cour Constitutionnelle ne lève pas tous les doutes sur la sincérité du processus électoral.

Cela montre donc qu’officiellement l’Elysée ne reconnaît pas encore la réélection d’Ali Bongo. Comme Laurent Gbagbo, il y a quelques années, Ali Bongo a un problème de légitimité et en partie un problème de légalité puisque vraisemblablement, l’UE-la France avec- n’est pas prête à reconnaître sa réélection.

SERGE BIBANG

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