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Législatives: Aux Urnes, Citoyens !!!

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Dans un excellent papier intitulé « Le coup de gueule du Béotien » paru, en page 8, du journal ‘’La Loupe’’, du mardi 29 mai 2018, monsieur Jean-Victor Ndoumba Mbadinga, avec une précision de chirurgien, a haché menu le fallacieux argumentaire des opposants qui militent, trompant ainsi le peuple, pour la non-participation de candidats de l’Opposition aux prochaines législatives. Aucun des éléments de preuve avancés pour soutenir ce point de vue, n’a résisté à la pertinence de son analyse.

Sa démonstration est percutante et irrésistible. Elle se suffit à elle-même, pour mettre en lumière l’inconsistance et la faiblesse de la ‘’réflexion’’ des anti-législatives. Notamment, son manque de pragmatisme. Au point qu’elle semble avoir été menée hors-sol, loin des données du terrain, que constituent les nombreux précédents en matière de boycottage. Ce qui est une erreur qui, au passage, confirme cette vérité qui veut que méconnaître sa propre histoire, c’est courir le risque de la revivre. En pire ! C’est dire que, si les adversaires de la participation aux législatives s’étaient posé les bonnes questions, tel que l’a fait notre Béotien, ils se seraient rendu compte qu’ils fonçaient, tête baissée, dans une impasse. Voire un précipice.

Sa démonstration est sans appel. A cet égard, en mettant à nu la vacuité de cette option, il en sous souligne, en filigrane, l’incohérence. En effet, l’on ne peut  vouloir, dans le même temps, une chose et son contraire. Or, telle est leur insidieuse prétention, née d’une logique plutôt biscornue. Ainsi, l’on ne peut pas annoncer s’abstenir de participer aux législatives, au motif qu’elles seraient organisées par un président que l’on ne reconnait pas, et, dans le même temps, se soumettre aux décisions qu’il prend. C’est là le triste et pitoyable qu’ils offrent au monde spectacle Il y a dans cette attitude un hiatus qui ne saurait convaincre. Ils ont , visiblement, du mal à mettre leurs paroles en accord avec leurs actes. S’ils en avaient la faculté, ils auraient, inévitablement, compris qu’il y a, manifestement, dans leur comportement, une contradiction monumentale. En effet, l’on ne peut tourner le dos aux législatives, alors même que l’on accepte, par ailleurs, et sans mots dire (maudire), toutes les interdictions imposées par Ali Bongo, ce président usurpateur. Il en est ainsi des meetings, des marches, de la sortie de territoire infligée à Jean Ping, le Président élu.  Et pourtant, ne point se soumettre à ces sanctions, de véritables oukases, aurait été un acte de résistance susceptible de galvaniser et tenir en éveil les troupes. Or, à quoi a-t-on plutôt assisté ? A une espèce de résignation, expression d’un désarmement moral.

Au reste, il ne pouvait en être autrement. En effet, lorsque l’on considère les différentes séquences des actions posées par depuis par ceux et celles qui, aujourd’hui, se battent becs et ongles pour décourager toute forme de participation aux législatives, il y a une constance : vendre des lubies aux partisans du changement : des promesses non tenues. Combien de fois n’ont-ils pas annoncé l’installation de Jean Ping au palais du Bord de mer ? Combien de fois, n’ont-ils pas assuré le peuple du départ imminent de d’Ali Bongo de la Magistrature suprême ? Après presque deux ans, la situation générée par la docile et stipendiée cour constitutionnelle, n’a changé. Avec arrogance et mépris, le président désigné, Ali Bongo, continue d’occuper illégalement et illégitimement le fauteuil présidentiel. Un statu quo déjà vécu, après le coup d’Etat électoral de 2009. A l’époque, la même stratégie avait été employée pour rassurer le peuple de l’opposition. Pour sûr, des voix autorisées affirmaient, sans jamais dire par quelle voie, Mba Obame allait, sans coup férir, être rétabli dans ses droits de vainqueur. Neuf ans après, tout le monde sait qu’il n’en fut rien. Même boycottage des élections législatives de 2011 ne parvint pas à éviter à inverser cette donne. Avec Jean Ping, c’est le même scénario contre-productif qui  est, à nouveau, servi. Pendant ce temps, le bon peuple est prié d’attendre. Mais d’attendre quoi ?

A vrai dire, la gestion de l’après élection présidentielle de 2016,  a montré que la candidature unique de l’opposition n’avait pas été construite sur des bases solides et « idéologiques ». L’unité affichée ne pouvait survivre au-delà du temps du scrutin présidentiel. Autrement dit, même si Ali Bongo n’avait pas volé la victoire à Jean Ping, les embrouilles qui auraient fait capoter la coalition. Soit pendant la formation du gouvernement, soit à l’occasion de la désignation des candidats à la députation. C’est assez dire que Jean Ping, une fois toutes les actions en contestation de la désignation d’Ali Bongo, introduites auprès des différentes instances compétentes, notamment à l’extérieur du Gabon, aurait dû consister à réarmer moralement et spirituellement l’opposition. Il ne l’a pas fait. Ainsi, à aucun moment, il n’a entrepris de refaire le tour du pays, afin de remercier ses compatriotes ayant voté pour lui. Et ceci, en dépit des menaces du pouvoir. Curieusement, il s’est laissé enfermer dans le rôle de vaincu que le pouvoir usurpateur lui a taillé sur mesure. Alors que, au terme de l’élection, porté par la vague populaire, c’est lui qui était le maître du jeu. En fait, le maître du temps politique. C’est à ses décisions que réagissait, pour se donner un peu de consistance, Ali Bongo. A cause de regrettables improvisations, il n’en est plus de même aujourd’hui. Désormais, il est à la remorque.

Cette situation ne saurait le favoriser, et, encore moins, le sortir du climat délétère et de défaitisme ambiant dans lequel il se trouve. En refusant d’aller aux législatives, il se compliquerait davantage la vie, au point de mettre en péril le combat qu’il mène. C’est, en fait, ce que Ali Bongo attend. Que Jean Ping (par lui personnellement) n’aille pas aux prochaines élections législatives est du pain béni, pour Ali Bongo. Il a ainsi le moyen idéal pour exclure le président élu du jeu politique. En effet, en se prononçant pas, positivement ou négativement, sur la position à adopter par l’opposition, il perd son leadership dans ce camp. Toute chose qui sera exploitée par le pouvoir en place, qui ne manquera pas de prendre les textes nécessaires, en vue d’instituer au Gabon un chef officiel de l’opposition, conformément aux résultats des urnes. Donc, ouste Jean Ping ! La politique repose aussi sur des calculs de cette nature.

Au-delà de ce mauvais coup toujours possible, les partisans du boycottage devraient savoir que lorsqu’un parti de gouvernement n’est pas au pouvoir, il se doit d’user de sa fonction tribunitienne, pour se faire entendre et avancer ses propositions. Mieux, en recourant à cette fonction, il a toute liberté de continuer à contester le pouvoir. Et, s’il sait jouer des subtilités contenues dans la constitution, il a la possibilité de malmener le pouvoir en place. Or, le Parlement étant le lieu indiqué pour ce faire, la non-participation aux législatives viendra siffler la fin de partie pour Jean Ping.

Certes, s’ils en ont le courage et les capacités, les adversaires de la participation aux législatives pourront éventuellement explorer un autre chemin. Car ils doivent savoir que quand on combat un système politique, deux voies sont offertes : la voie légale et la voie illégale. Dans cette optique, en décidant de ne plus jamais prendre part aux consultations électorales, dont la tenue émane d’Ali Bongo, les contempteurs des prochaines législatives s’inscrivent, sans le dire, situent en marge de ce qui tient lieu, actuellement, de légalité au Gabon. Qu’ils assument pleinement ce choix, et se donnent les moyens qui vont avec ce type de positionnement. Ainsi, le peuple saura clairement à quoi s’en  tenir. Ailleurs, quand il en est ainsi, c’est le maquis que l’on prend. L’on ne peut, indéfiniment, promettre monts et merveilles, sans pour autant présenter les différentes déclinaisons qui permettront de parvenir à cet âge d’or, tant chanté. A être constamment abreuvé de discours, le peuple perd patience quant à l’avenir et ses dirigeants. Et, au final, il finit par déchanter. En boudant les urnes.

Que l’on ne s’y trompe pas. Le combat (guerre) politique est une activité au long court, qui ne saurait s’accommoder des impatiences des uns et des autres. Des acteurs politiques. Aussi, c’est à raison que monsieur  Jean-Victor Ndoumba Mbadinga a cru devoir rappeler aux opposants à la participation aux législatives ce constat fait par Sun Zhu, et dont tous les politiques devraient faire leur viatique, à savoir que : « la guerre est une somme de batailles qui peuvent chacune s’étendre dans la durée. Perdre une bataille, même de façon irrégulière, ce n’est ni perdre la guerre, ni abandonner d’autres batailles ou capituler. D’autant que « dans une guerre, on ne doit négliger aucune bataille, et dans une bataille, on ne doit négliger aucune arme ». L’on ne saurait être plus clair !

Dans les vieilles démocraties, il arrive parfois que des actes n’ayant rien d’illégal viennent corrompre le juste jeu démocratique. Cela ne conduit pas, cependant, les partis politiques qui sont lésés par ces actes à s’exclure des compétitions électorales. Ainsi observe-t-on, en France, la participation du Front National (désormais Rassemblement National) aux différentes élections législatives, bien que le scrutin uninominal majoritaire à deux tours utilisé, ne lui convienne pas, sa  préférence allant plutôt au scrutin proportionnel. Ce constat vaut également pour l’Amérique. En effet, les partis politiques américains (Démocrates ou Républicain), victimes du gerrymandering, ce découpage électoral dont le but est nettement de favoriser tel ou tel parti, ne se sont, à ce jour, abstenus de prendre part aux élections (general ou de mid-term). Une pratique qui témoigne de ce que, dans l’un et l’autre pays, les responsables politiques ont bien compris que le combat qu’ils mènent est un processus continu, qui exige, pour être gagné, que l’on soit présent sur tous les fronts. Aucune opportunité n’est donc pas à négliger.

Il est curieux qu’au Gabon, une certaine opposition, dite radicale, milite pour une vision contraire. Pour elle, le seul  mot d’ordre qui vaille, et est respectueux des intérêts des électeurs se réclamant de son obédience, c’est : « Non aux législatives ! Mais savent-ils qu’en agissant de la sorte, et pour être cohérents avec eux-mêmes, ils devraient quitter le monde politique. Car, en démocratie, les échéances électorales sont le moment au cours duquel le peuple, qui est le souverain, s’exprime. Nul ne doit lui interdire de le faire. Bien au contraire. En effet, l’un des rôles primordiaux des partis politiques, même s’ils se réclament antisystème, est de conquérir le pouvoir, indépendamment des facteurs bloquants inhérents au système auquel ils s’opposent. Une situation défavorable qu’ils arrivent souvent à surmonter non pas en invitant les électeurs à déserter les bureaux de vote, mais plutôt en les y conviant en grand nombre. Les succès enregistrés en Italie par le Mouvement cinq étoiles et la Ligue du Nord; tout comme en Espagne par Podemos suffisent à confirmer le peu d’opérationnalité du boycottage. Certes, de telles victoires ne se décrètent pas. Elles sont la résultante d’un travail de conscientisation et de responsabilisation des électeurs.

Manifestement, cette manière de faire n’était pas inconnue de Jean Ping qui avait, dans la perspective de l’élection présidentielle du 27 août 2016, entrepris une grande et longue tournée à travers le Gabon profond à la rencontre de ses compatriotes. A cela s’était ajoutée la mise en place de toute une ingénierie à même de sécuriser les votes. La suite on la connait : le candidat unique de l’Opposition, Jean Ping, a largement triomphé d’Ali Bongo. Aussi, le fait pour la cour constitutionnelle d’avoir plutôt imposé le perdant à la tête de l’Etat, témoigne, qu’on le veuille ou non, de l’impossibilité qu’il y avait pour elle de déclarer Ali Bongo vainqueur, comme prévu, à partir du seul tripatouillage orchestré dans le Haut-Ogooué. Autrement dit, malgré les pourcentages à la soviétique affichés dans cette province, le compte n’y était pas. D’où le bidouillage et la non-reprise, en violation de l’article 127 du code électoral, du scrutin dans les 21 bureaux de vote du 2ème arrondissement dont les résultats avaient été annulés. A ce jour, la cour constitutionnelle ne peut expliquer pourquoi elle avait dérogé à une obligation légale. Le contentieux électoral n’est donc pas toujours clos. Dans tous les cas, c’est dire combien il sera difficile pour le système-Bongo, comme le souligne fort justement monsieur Jean-Victor Ndoumba Mbadinga, de gérer « cent quarante-trois (143) foyers de tensions possibles, donc 143 détonateurs, dont l’issue et les conséquences ne peuvent être connues d’avance ». Il faut, dans une telle perspective, ne point se résigner, mais plus sûrement prendre d’assaut les urnes.

En revanche, ne pas aller aux législatives, serait garantir au système-Bongo, incarné actuellement par Ali Bongo, la longévité et la tranquillité qu’il souhaite. Or, il en serait autrement, si l’opposition unie se décidait à briquer les suffrages des électeurs. Dans cette optique, deux possibilités s’ouvraient à elle. Soit la majorité lui sera acquise, ce qui lui permettra de défaire la constitution « monarchique » taillée sur mesure pour Ali Bongo. Ce qui fera tomber toutes les immunités qu’il a fait voter à son profit par le Parlement, afin de ne jamais rendre compte de ses actes, notamment tous les crimes commis, tant au siège de Jean Ping qu’à travers le Gabon. Soit elle sera minoritaire, hypothèse que ne valident pas les données chiffrées de la présidentielle du 27 août 2016. Toujours est-il que, même dans cette hypothèse, sa présence au sein de l’Assemblée nationale ne sera pas conséquences. Car, dans les systèmes despotiques, le pouvoir s’arrache, même lentement mais sûrement. Sauf à opter pour la révolution. Avec le risque de voir un troisième larron venir surgir… Et emporter la mise.

Que le peuple soit vigilant ! La bataille pour la libération du Gabon est, d’abord, sienne. Qu’il s’apprête à aller aux urnes. Là est sont seule moyen d’expression. Si tel n’était pas le cas, Jean Ping et les autres ne l’aurait pas appelé à aller voter le 27 août 2016.  Que le peuple se méfie des entourloupes.

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