Au secours, le Gabon se meurt…

Au secours, le Gabon se meurt…

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Et les jours sont passés. Il s’est finalement fait clair que rien de bon ne pouvait sortir de la Cour constitutionnelle, cette haute juridiction appelée à trancher le contentieux électoral né de l’annonce fallacieuse et provisoire de la victoire du candidat Ali Bongo. C’est vrai, le verdict des urnes ne lui était pas favorable. Massivement, les électeurs, dans leur grande majorité, ont choisi Jean Ping, le candidat unique de l’Opposition. Mais, il a fallu que les suffrages de la province du Haut –Ogooué soient manipulés, pour que ce qui était une évidence, à savoir la défaite d’Ali Bongo, se transforme en « triomphe ». Et pour la Cour constitutionnelle, ce manquement à la légalité et à la sincérité du vote, a semblé n’être qu’une peccadille au point de le tenir pour quantité négligeable !

La prise de parole de Madame Marie-Madeleine Mborantsuo, dans la publication en ligne de l’hebdomadaire Jeune Afrique, n’a fait que confirmer cette perception du devenir de la saisine introduite par M. Jean Ping. Autant dire que l’issue de la procédure ainsi engagée était déjà connue, avant même que celle-ci ne fût arrivée à son terme. Dès lors, faut-il croire qu’il était finalement inutile de s’en remettre à la Cour constitutionnelle ? Faut-il donner raison à M. Jean Ping qui ne cachait pas ses appréhensions vis-à-vis de cette instance, rejoignant sur ce point le sentiment de défiance qui habite le peuple gabonais à cet égard ?

D’où la question de savoir si l’on doit accepter que la Cour constitutionnelle continue d’être cette Tour de Pise mise en place par Omar Bongo, pour servir le système Bongo-PDG et assurer la pérennité de sa famille à la tête de l’Etat gabonais ? En effet, si rien n’est fait, aujourd’hui, afin que la vérité des urnes soit respectée, que nul ne s’étonne que, demain, le fils d’Ali Bongo succède à son père. Aussi, il importe-t-il que cette logique du coup d’Etat électoral perpétuel soit stoppée. Ne pas s’y résoudre, c’est souscrire à ce que, au Gabon,  que force réponde à la force. Un postulat qui fait en sorte que toute élection présidentielle sera toujours courue d’avance. Car l’hermine et le goupillon sont au service non pas du peuple mais du système Bongo-PDG.

Les émeutes populaires, aussi bien au Gabon qu’au niveau de la diaspora, consécutives à l’annonce des résultats provisoires de l’élection présidentielle du 27 août 2016, malgré leur caractère massif et répété, ont montré qu’Ali Bongo, pour se maintenir au pouvoir ne lésinera sur rien. Le bilan enregistré, à ce jour, en termes de morts, de disparus et de prisonniers laisse entrevoir que ce dernier est totalement insensible à pareil carnage. Peu lui chaut de voir des mères à la recherche de leurs enfants ainsi que les familles endeuillées. Envers et contre tous, il est prêt à poursuivre, grâce à sa garde présidentielle et le concours actif de ses escadrons de la mort, le massacre en cours des populations gabonaises.

S’il est vrai que David a vaincu Goliath, il n’est pas dit que, à mains nues et guidé par sa seule volonté de se débarrasser d’Ali Bongo qu’il n’a pas élu, le peuple gabonais puisse, s’il n’est pas assisté par la Communauté internationale, arriver à ses fins. Aussi, ne point lui venir en aide, reviendrait à le pousser au suicide collectif ou, encore pire, le laisser à la merci d’un monstre qui, tel le Minautore, une fois la séquence électorale terminée et loin des yeux accusateurs, saura faire passer de vie à trépas tous les empêcheurs de « dictaturer » en rond. Alors, il est plus que temps, avant que le pire, le drame absolu, ne survienne, que la Communauté internationale, qui a tant fait espérer le peuple gabonais, arrête la folie meurtrière qui s’est emparé d’Ali Bongo, encouragé en cela par la Cour constitutionnelle et les forces armées.

Quand un peuple est en danger de mort, quand il se meurt, comme c’est le cas du peuple gabonais, il revient à la Communauté internationale d’intervenir. Elle ne saurait s’abriter derrière la souveraineté des Etats, pour se soustraire à cette obligation que lui impose le droit d’ingérence humanitaire. Pour ne pas l’avoir fait, elle est tenue pour responsable du génocide rwandais, et accusée de non- assistance à peuple en danger. Son intervention aurait permis d’éviter que ne se produise l’horreur. Est-ce le même scénario, qu’elle souhaite voir au Gabon ? Il faut espérer que non ! Mais encore faudrait-il, qu’elle pose, ici et maintenant, des actes susceptibles de rassurer le peuple sur sa détermination à faire en sorte que, pour une élection dont elle a suivi tout le processus et connaît les résultats sortis des urnes, elle se refuse à aller au bout de sa logique. Sinon, à quoi aurait servi sa présence ? Elle se doit d’agir, en ramenant à l’ordre Ali Bongo. Et, elle en a les moyens.

Il serait, en effet, difficile de faire croire au peuple gabonais que la Communauté internationale ne peut valablement s’opposer à un homme qui bafoue allègrement les droits fondamentaux du peuple ! Un homme qui, sans vergogne, fait tirer sur un peuple dont le seul tort est de revendiquer le respect de son choix. La Communauté internationale, parce que détentrice des vrais résultats du scrutin présidentiel du 27 août 2016, sait qu’Ali Bongo n’a pas gagné. Elle sait tout aussi bien que le seul et véritable vainqueur de cette consultation électorale est M. Jean Ping. Dès lors, comment peut-elle fermer les yeux et se taire face à pareille félonie ? Contre le tricheur, Ali Bongo, elle peut et doit sévir. Elle dispose, pour ce faire, d’une batterie de sanctions qui le feront plier. Le peuple gabonais est prêt à subir et supporter les effets collatéraux qui pourraient provenir de celles-ci. Si tel est le prix à payer, pour sortir de cet enfer. Faut-il d’autres morts pour que la Communauté internationale fasse entendre sa voix ? Pourquoi ne prendrait-elle pas une résolution coercitive, afin d’envoyer, non seulement à Ali Bongo mais également à tous ces dictateurs qui oppressent les peuples, un signal fort ? Pourquoi ne recourrait-elle pas au chapitre 7 de l’ONU ? Il s’agit de sauver des hommes et des femmes, de simples et paisibles citoyens qui ne demandent qu’une seule chose : vivre en paix dans leur pays. Est-ce trop attendre ou exiger de la Communauté internationale ?

Il serait dommageable qu’en n’agissant pas avec la fermeté requise, la Communauté internationale donne à penser à ces tyrans et autres dictateurs que l’évocation, par eux, de la souveraineté nationale est une parade qui les couvre et les met à l’abri des sanctions et des poursuites. C’est là un raisonnement fallacieux qui ne saurait et ne devrait arrêter la Communauté internationale dans son action salvatrice au profit des opprimés. Bien au contraire, elle devrait se saisir de cet argumentaire pour en démontrer le manque de pertinence. En effet, et pour ce qui est du Gabon, la souveraineté au peuple, Ali Bongo ne peut exciper de celle-ci pour tuer et massacrer ce même peuple, en se cachant derrière cette souveraineté, manière de se prémunir contre toute intervention, relativement à ses exactions.

Sauf à les tenir pour composés des sous-hommes, les peuples africains méritent, comme tous les autres peuples du monde, de jouir tranquillement de leurs droits les plus élémentaires. Et si la Communauté internationale existe, c’est pour qu’il en soit ainsi. C’est pourquoi, le peuple gabonais se tourne vers elle, en criant « Au secours ! », dans toutes les langues. Afin que, jusqu’au bout de la terre, son cri de douleur et d’espoir soit entendu.

Le peuple gabonais, pour la sauvegarde de ses droits légitimes, s’est battu, tant qu’il a pu. Il est encore disposé à le faire. Mais laissera-t-il, à l’éventuelle prochaine bourrasque, le bourreau Ali Bongo, vaincu par les urnes, continuer à « égorger (ses) fils et ses compagnes » ? Ne sera-t-il pas amené, au titre de la légitime défense, à rendre coup pour coup, au risque de l’embrasement ? Le peuple gabonais qui s’en est remis à la Communauté internationale et à ses dirigeants, interpelle les uns et les autres… La situation est explosive et susceptible de dégénérer. Désormais, et la Communauté internationale le sait, ses seuls mots ne peuvent suffire à guérir, aujourd’hui, le peuple des maux dont il souffre, par la faute d’Ali Bongo. N’est-il pas plus que temps de le « juguler » ?

Cicéron MWAMBA

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