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Assemblée nationale : quel intérêt pour les députés de donner suite au dialogue politique ?

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La disparition d’Omar Bongo Ondimba a mis en lumière la fragilité de l’unité interne du Parti Démocratique Gabonais abandonné par son fondateur. Déjà, de son vivant, quelques anicroches avaient poussé Jean-Boniface Assele à se démarquer du PDG, puis Louis-Gaston Mayila, Paul Biyoghe Mba, et, enfin, Zacharie Myboto.

C’est vrai que ces démarcations, en dehors du dernier qui s’est officiellement opposé à Omar Bongo à la présidentielle de 2005, étaient tempérées par l’affirmation du maintien d’une alliance sacrée avec le défunt Omar. Mais sa mort en 2009 a accéléré l’effilochement des relations entre les hiérarques du PDG d’une part et son successeur. Des relations qui ne tenaient finalement plus qu’à quelques fils.

Des fils qui ont mal résisté aux coups de ciseaux répétés d’Ali Bongo et de sa nouvelle équipe contre l’ordre ancien légué par le défunt. Trois grandes figures, Eyeghe Ndong, Oye Mba, et Mba Obame quittent  le parti, entraînant avec eux un grand nombre d’anonymes. Une hémorragie qui ira s’amplifiant jusqu’en 2016. Date à laquelle les principaux ténors du PDG historique avaient tourné casaque. Déguisée en démission, l’éviction sans ménagement de Faustin Boukoubi n’a fait qu’empirer les choses.

En fait, que reste-t-il  du PDG historique ? Quelques anciens combattants rescapés des guerres qui les ont bien souvent opposés aux « rénovateurs », donc au très rancunier Ali Bongo. Où sont-ils ? Une bonne partie au Parlement et, surtout, à l’Assemblée Nationale. Figure emblématique s’il en est : André-Dieudonné Berre pour qui Omar Bongo était le soleil et lui l’ombre de son ombre. ADB, symbolise la vieille garde. Il n’a pas suivi ses pairs dans l’opposition, mais en pense-t-il moins ? On se souvient qu’avant le dialogue politique, le président du groupe des députés PDG avait prévenu : « les résolutions issues du Dialogue politique national inclusif et sans tabou ne peuvent avoir un caractère exécutoire qu’après leur introduction dans l’ordonnancement juridique national ». A l’issue des Accords de Paris, le PDG de l’époque avait eu approximativement la même réponse : « le fait majoritaire », celui du PDG, auquel ces Accords devaient nécessairement se heurter. Et à l’époque, Omar Bongo n’avait vraiment aucun intérêt à voir ces accords-là s’appliquer. Combien d’années aura-t-il fallu pour que la loi sur la décentralisation dispose de textes d’application ? Près de 20 ans. Si ce n’est pas de la mauvaise volonté, cela y ressemble terriblement.

Pourquoi la légion de pédégistes bunkerisés dans la chambre basse du parlement serait-elle mieux disposée aujourd’hui ? Quant à notre confrère « Matin Equatorial » de la semaine dernière, dans son article « Les Parlementaires prêts avant le 29 décembre », il est plus confiant : « L’une des raisons de la prolongation du mandat des députés étaient de permettre la traduction en textes des conclusions du dialogue politique d’Angondjé ». Il nous rappelle les propos du président de l’Assemblée nationale : « Nous souhaitons pour la prochaine élection législative un scrutin serein, exempt de troubles et réaffirmant le suffrage universel, comme mode privilégié de légitimation politique au Gabon ». Qui avouerait vouloir le contraire ?

Après 50 ans, le PDG nous aurait dissimulé les profondes convictions démocratiques qui ont guidé leurs actions semi-séculaires ? Nous sommes en droit d’en douter. Le problème nous semble  ailleurs.

Il faut se remettre en mémoire que la croisade anti-Mogabo entreprise par Barro Chambrier et ses amis d’Héritage et Modernité avait emporté l’adhésion de la grande majorité des députés. Même Ngari. Certes, ils furent plus nombreux à s’être défilés qu’à avoir emboîté les pas d’ABC et de Michel Menga. Mais, dans quel état d’esprit sont-ils restés dans l’hémicycle ? Ils ont fait partie du complot, ils savent donc pertinemment le sort qui leur est réservé. Au bas mot : ne pas être reconduits comme candidats du parti aux prochaines législatives. Raison pour laquelle d’ailleurs, Faustin Boukoubi a été dégagé pour ne pas être un frein aux bouleversements en perspective dans le choix des futurs candidats PDG -si le nom reste- et surtout pour ne pas garder à la tête du parti un secrétaire général en intelligence avec… l’ennemi. En effet, quel problème de fond l’oppose à Myboto, Nzouba, Chambrier, etc.…. ? se pose-t-on comme question au bord de mer.

En revanche, le dialogue d’Angondjé a fait la part belle à des anciens camarades soudain revenus à de meilleurs sentiments. Une occasion trop belle pour Ali Bongo et d’autres de redistribuer les cartes en prétextant des nécessités d’une sortie de la crise électorale. Les députés PDG le sentent bien. Il n’est d’ailleurs pas anodin que notre confrère, le même, « Matin Equatorial » conclue son article par un questionnement qui présage d’un avenir pas en confiance du tout : « Les actes du dialogue politique national annoncent-ils des changements substantiels capables de taire les récurrentes polémiques soulevées autour de l’organisation des élections au Gabon ? ». Question qui paraît générale mais qui touche directement les députés actuels dans la mesure où la problématique du découpage y est nécessairement incluse. Une question sur laquelle, sur pyramidmedigabon.com, nous expliquions déjà qu’il n’y a pas convergence entre les honorables députés et les manœuvriers du dialogue d’Angondjé.

S.M  

 

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