Après la sortie mémorable du député de Minvoul Des tueries programmées ?

Après la sortie mémorable du député de Minvoul Des tueries programmées ?

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Le message subliminal du député sortant du deuxième siège du Haut Ntem, qui a fustigé un climat politique morose, où on ne parle que de mort d’homme, doit susciter des interrogations quant à l’avenir socio-politique du Gabon au lendemain d’un scrutin présidentiel à l’issue incertaine.

«Mes papas et mes mamans, bonjour. Je suis votre fils Zibi Abeghe … Aujourd’hui c’est un mauvais jour pour moi. Car, je quitte le PDG. Pourquoi je quitte le PDG, parce que certaines personnes croient que la politique c’est pour tuer les gens. Non ! La politique permet de mettre en place tous mécanismes nécessaires pour améliorer les conditions de vie des populations ; construire les routes ; construire les hôpitaux ; les écoles… C’est ça la politique. Donc, à partir d’aujourd’hui, je ne suis plus votre député.»

Voilà à peu près, mot pour mot, le message livré le 23 juillet dernier, par le député démissionnaire, Bertrand Zibi Abeghe, à l’endroit des populations de Bolossoville (Minvoul), venues en masse, lors du passage, dans cette localité, le week-end dernier, d’Ali Bongo, dans sa précampagne, maquillée en tournée républicaine. Le message retranscrit ici était livré en langue fang. Le député démissionnaire tenait absolument à faire la synthèse de son discours de circonstance livrée en français en langue vernaculaire, afin de mieux édifier les populations qui l’ont élu à l’Assemblée nationale.

Ici, la particularité de ce discours est qu’il dégage deux messages. Le premier est effroyable, car il met en évidence les méthodes funestes et barbares des tenants du pouvoir qui seraient prêts à tout, quitte à exterminer les ennemis politiques. Le deuxième, c’est une lapalissade, est tout le folklore qui entoure les meetings du très impopulaire président Ali Bongo, dont l’illégitimité est sans pareille depuis l’indépendance du pays. Jamais un président de la République gabonaise n’a été autant détesté et contesté. En sept ans, le taux d’impopularité est allé crescendo. En sept ans, Ali Bongo a réussi à désunir son propre camp politique ; de la majorité républicaine pour l’émergence au parti démocratique gabonais, son propre parti où les démissions se multiplient. D’où, pour donner une image d’homme adulé par son peuple, ses nombreux meetings sont tenus contre les espèces sonnantes et trébuchantes. Ceux qui l’entourent achètent les personnes qui peuvent faire le plein des meetings présidentiels.

Des méthodes funestes et barbares, Bertrand ZibiAbeghe, a édifié l’opinion sur ce que pourrait devenir le Gabon : éliminer physiquement les opposants politiques et autres contestataires et mettre le pays à feu et à sang, d’où le fameux : «dans un climat morose où on ne parle que de mort d’homme, j’ai décidé de démissionner…» du député, qui a reconnu publiquement avoir faire partie des missions sulfureuses du pouvoir.

Dans un pays où la justice est véritablement équitable et non cette espèce de tour de Pise où les hommes en toge n’agissent que pour défendre les intérêts du pouvoir en place, la justice aurait ouvert une information judiciaire pour savoir qui parle réellement de «mort d’homme», comme l’a si bien indiqué le député sortant. Surtout que du haut de sa tribune, le député du 2è siège du Haut-Ntem a fait plusieurs révélations, comme celle relative à ce meeting empêché de l’opposition qui a fait un mort et dont l’enquête pourtant ouverte, piétine toujours près de deux ans après ce triste moment de la vie politique gabonaise. C’est dire si le député sortant de Minvoul a plein de choses à dire pour que la vérité soit révélée un jour sur certaines choses, à l’instar de ce «climat politique morose où on ne parle plus que de mort d’homme.» Qui veut-on tuer ? Et pour quelle raison ?

On se souvient de cette affaire de «cafards» qui a agité le landernau politico-judiciaire du pays. Et qui a poussé le gouvernement gabonais à porter plainte contre le candidat de l’opposition Jean Ping. Ici, l’occasion est trop belle pour une justice notoirement accusée à tort ou à raison d’appliquer la justice des vainqueurs, de prouver le contraire, en ouvrant une information judiciaire qui pourrait certainement empêcher le Gabon de sombre dans un chaos post électoral. Dans un tel contexte de climat politique où on ne parle que de mort d’homme, cette justice doit savoir qui veut tuer les Gabonais.

La justice gabonaise ne peut seulement se limiter à juger les hommes politiques de l’opposition et autres acteurs de la société civile, comme c’est le cas actuellement. Elle doit prendre ses responsabilités face à ce qui ressemble fort bien, aux dires d’un député sortant du parti au pouvoir, à des tueries programmées.

Nelson Tchimbakala

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