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Analyse : Début catastrophique du gouvernement Isoze Ngondet 2 : une démission forcée, un limogeage et un premier ministre obligé de se justifier

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Emmanuel Issozé Ngondet peut-il vraiment tenir la baraque au-delà des signes d’autorité auxquels il peut faire croire ? Beaucoup dans l’opinion en doutent.  »Trop nerveux, trop colérique, il agit à l’émotion et s’emporte facilement ». Il ne maîtrise donc pas assez ses nerfs… Dans le conflit qui l’oppose à Bruno Ben Moubamba,  »ce n’est pas tant l’éviction de BBM qui a surpris, c’est le fait que le Premier ministre fasse une déclaration solennelle qui a étonné », s’indigne un chef de parti ayant pris part au Dialogue politique du Stade de l’amitié sino-gabonaise.  »Dialogue » et  »amitié », ces termes ont volé en éclats…

A peine était-il formé le 21 août qu’on apprenait que l’une des ministres nommées en son sein, Irène Patricia Manguila Boussamba, était invitée par le Premier ministre à renoncer à ses fonctions.  »Excusez-nous, on s’est trompé », lui aurait-on dit dès le lendemain, le 22 août, tout en lui demandant de ne se présenter ni à la conférence de presse que le chef du Gouvernement allait tenir le même jour dans l’après-midi, ni au Conseil des ministres qui allait se dérouler le 24 août. Démission-renonciation, démission forcée, cet acte a été largement commenté dans l’opinion comme une preuve supplémentaire d’amateurisme, d’autant plus que cette équipe gouvernementale avait été annoncée trois mois après la fin du Dialogue politique d’Angondjé.  »Même quand ils prennent le temps de faire des choses, ils se rendent toujours coupables de couacs ! », avait-on ironisé sur les réseaux sociaux. C’était en tout cas le premier couac, un couac  »sonnant et trébuchant ». Avant même d’avoir démarré, le Gouvernement Issozé Ngondet 2 voyait déjà son avenir hypothéqué.
Un couac, puis deux, en 17 jours ! En effet, le deuxième couac retentissant va se produire le 7 septembre. Attendu au journal de 20 heures au cours duquel le présentateur annonçait son arrivée imminente pour une  »importante communication », c’est finalement aux environs de 22 h 30 qu’est apparu sur les écrans de la chaîne publique de télévision Gabon Télévision le chef du Gouvernement. Les Gabonais ont ainsi attendu le Premier ministre, pensant qu’il allait venir annoncer un élargissement du gouvernement à d’autres personnalités, notamment celles composant  »le groupe à Gérard Ella Nguéma », ou des mesures sur l’astreinte territoriale des membres de la Coalition pour la nouvelle République par exemple, ou encore sur la réduction du train de vie de l’État, et notamment des membres du Gouvernement et des responsables des institutions, voire une prise de position du gouvernement gabonais sur un sujet d’intérêt régional ou international.

Accumulation de preuves, accumulation de griefs, haine et inimitiés fortes

Finalement, au cœur de cette  »stupéfiante dialectique » du Premier ministre, il s’agissait… d’un réaménagement technique  de  l’équipe gouvernementale formée dix-sept jours auparavant ! Bigre… C’est pour ce réaménagement qu’Emmanuel Issozé Ngondet est venu, pendant huit minutes, donner les raisons de celui-ci dans son  »importante communication ».  »Cela est une première au Gabon », estime le responsable politique cité plus haut. En tout cas, le quatrième Premier ministre d’Ali Bongo n’a pas boudé son plaisir de faire cette communication. Avec un luxe de détails et de précisions dont l’accumulation des griefs imputés à Bruno Ben Moubamba a paru interminable, ce texte n’a visiblement pas été douloureux à écrire et à lire pour Emmanuel Issozé Ngondet au sujet de quelqu’un avec lequel il aura tout de même travaillé pendant onze mois, d’abord en qualité de vice-Premier ministre, puis comme ministre d’Etat. La haine entre les deux hommes semble en tout cas avoir été très forte. Sans doute, a-t-il estimé que  »ce condensé de vécus » qui se voulait être une accumulation de preuves, était-il nécessaire pour rendre compte, au plus près de la réalité, de l’histoire de cette éviction  »sonnante et trébuchante ». La haine et l’inimitié entre des deux hommes semblent en tout cas avoie été très fortes.
Mais au-delà des mots, au-delà de la volonté du chef du Gouvernement de faire respecter des principes, notamment celui de la solidarité gouvernementale, du devoir de réserve et du respect de la hiérarchie et du refus de voir des membres du Gouvernement s’épancher sur des forums, dans les réseaux sociaux, pour exprimer des intérêts personnels ou particuliers, il n’en demeure pas moins que tout remaniement ministériel ou tout réaménagement technique du Gouvernement comporte sa part de subjectivité. On aurait donc pu annoncer cette modification du Gouvernement  sans  »prendre la peine » de venir se justifier…

Un Premier ministre qui vient se justifier sur un réaménagement technique du Gouvernement : Curieux !

Venir se justifier, comme l’a fait le Premier ministre jeudi dernier, apparaît, aux yeux de certains observateurs comme un geste un peu désespéré ou, aussi paradoxal que cela paraisse, comme une absence de leadership, ou, plus prosaïquement, comme  »une volonté de se venger d’un ministre qui dit ce qu’il pense ».  »Pourquoi a-t-il tenu à se justifier ? Où a-t-on vu cela ? », lit-on dans les réseaux sociaux. En tout cas, c’est la première fois qu’on voit, au Gabon, un chef du Gouvernement venir s’exprimer dans les médias pour tancer un ministre et…le mettre à l’écart, comme si on voulait le mettre  »hors d’état de nuire ». Sans doute, BBM en avait-il trop fait. Il a trop souvent cédé à ses pulsions, à sa capacité d’indignation, à ses montées récurrentes d’adrénaline et à ses démonstrations d’indignation. BBM, il est vrai, s’est trop appuyé sur les réseaux sociaux pour exprimer ses vagues à l’âme au lieu de le faire devant son chef  »hiérarchique ». BBM a, il est vrai là aussi, trop agi de manière solitaire. Mais cela justifiait-il que le Premier ministre  »vienne déverser toute sa bile sur son collaborateur », comme l’écrit un internaute.
Connaissant le poids de ses responsabilités, le quatrième Premier ministre d’Ali Bongo aurait du garder sa part de retenue. Car un chef du Gouvernement n’a que faire des jacassements des réseaux sociaux, fussent-ils proférés par un éminent collaborateur ! Un Premier ministre peut avoir des émotions, pas des emportements. Il ne communique pas ses états d’âme. D’autant plus que dans dialectique, Emmanuel Issozé Ngondet n’a fait que réagir à des écrits de BBM sur facebook. Il ne reproche à BBM ni une absence de résultats, ni la non-exécution de la feuille de route sur l’habitat et le logement, encore moins un enrichissement illicite. Que nenni !

Virer un ministre parce qu’il s’est plaint sur les réseaux de s’être vu retirer certaines de ses attributions, cela peut apparaître léger. Peut-être le chef du Gouvernement a-t-il voulu couper court à la controverse naissante sur son manque de leadership, mais ce limogeage est bizarre. Il n’a pas mis en cause l’action ministérielle de Bruno Ben Moubamba. Juste quelques chicanes appelés ici  »principes ». Virer un ministre sans avoir pris le temps de mettre en pratique les vertus du dialogue et la recherche du compromis est incompréhensible. Et prendre huit minutes pour venir justifier ce limogeage est encore plus ridicule. S’il croit qu’il est sorti renforcé de cette séquence, le quatrième choix d’Ali Bongo au poste de Premier ministre se trompe lourdement. Dans l’opinion, on pense qu’Issozé Ngondet s’est comporté, le jeudi 7 septembre, comme quelqu’un qui voulait se venger, quelqu’un qui n’a pas le sens de la mesure et qui fonce sans avoir pris toutes les garanties morales, quelqu’un qui ne saurait être un homme d’Etat.
Le conflit Urbanisme – Affaires foncières va-t-il être résolu ? Josué Mbadinga va-t-il accepter de se laisser tondre la laine sur le dos ?

  Le désormais ancien ministre d’Etat a-t-il eu raison de dire qu’Emmanuel Issozé Ngondet aime  »régler les comptes aux ministres qu’il n’aime pas » et refuser dans le même temps de lui  »servir de punching ball » ? Question : Avec le départ de BBM (Bruno Ben Moubamba) et l’arrivée de JMM (Josué Mbadinga Mbadinga) à l’Immeuble Alusuisse, le conflit de compétences entre le ministère de l’Urbanisme et la Primature à travers le ministère des Affaires foncières et du Domaine public va-t-il se résorber ?

En deux semaines et deux jours, le deuxième gouvernement Issozé Ngondet est déjà  »à la ramasse ». Pense-t-il pouvoir atteindre les objectifs qu’il s’est fixés avec et après un tel démarrage ? Lorsque les débuts sont tumultueux, la fin peut-elle être positive ?
 

 

 

 

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