Alexandre Désiré Tapoyo « Il ne faut pas organiser une réconciliation...

Alexandre Désiré Tapoyo « Il ne faut pas organiser une réconciliation nationale, alors qu’au sein des partis politiques, il n’y a pas de conciliation. Parce que, la réconciliation(…) »

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Alexandre Désiré Tapoyo

Il a été durant 14 ans, un libéral-réformateur, et a occupé le poste de vice président jusqu’à son exclusion. Remercié tel un malpropre, Alexandre Désiré Tapoyo, essaie d’imaginer les raisons de cette mise à l’écart. Dans cet entretien qu’il accorde à notre rédaction, il fait le contour de l’actualité de l’heure, notamment le dialogue national, sans oublier sa  future démarche politique. Lecture.   

Le Temps : Quelles sont les raisons de votre exclusion, a-t-elle été faite dans les règles de l’art ?

Nous étions à une rencontre du comité de campagne d’Ali Bongo. C’est sur les lieux que j’apprends que c’est une réunion de mise en place du comité de campagne. Nous étions plus de 1000 personnes. Et j’avais été surpris, en présence même de mon président fondateur, d’avoir été choisi comme responsable de la commission confessions religieuses du candidat du PDG. Il n’y avait que 9 comités. Il  faut dire que je m’y attendais très peu. C’est deux jours après que j’ai été exclu de mon parti, via un texto envoyé par un camarade, qui disait que tous les nommés au comité de campagne du candidat Ali Bongo doivent démissionner, auquel cas, ils s’exposeront aux sanctions prévues par les textes. Etant un procédurier, j’ai répondu par texto également, puisque j’étais en réunion. En disant que je ne pouvais pas m’autocensurer, il faut dire au président du parti d’adresser une correspondance au candidat Ali Bongo.

D’après mes informations, le fondateur aurait pris ce message comme une injure, un manque de respect. Je ne voyais pas l’injure, j ai respecté la procédure. Il faut dire que deux jours après ma nomination, je suis allé voir Léon Nzouba, directeur de cabinet du président du PDG et Faustin Boukoubi, deux personnalités proches du candidat Ali Bongo, en leur demandant si ma nomination avait eu l’accord du président de mon parti ? Ils m’ont répondu que toutes les autres nominations on eu l’aval de mon président fondateur, sauf la mienne, qui avait été proposée par le candidat lui-même. D’après mes informations, il y avait trois propositions et mon nom a été choisi par le candidat lui-même. Ma nomination dans le comité de campagne du candidat du PDG n’avait rien avoir avec celles du parti. Il faut reconnaitre qu’en plus de moi, qui ai été exclu, d’autres membres ont été sanctionnés. D’après certains, j’avais été le chef de fil de ces nominations, c’est moi qui serai allé voir le chef de l’Etat. Ce qu’il faut retenir, c’est que c’est à une réunion du parti, en mon absence, que j’ai été exclu du parti. C’est au lendemain de cette réunion que cette information a été rendue officielle sur Gabon Télévision. C’est Nicaise Sickout, qui m’informe que le président du parti avait maintenu mon exclusion. Je n’avais reçu aucun document que ce soit. 

Quel a été votre apport au sein du CLR

Alexandre Désiré Tapoyo : Je suis rentré au CLR parce qu’il fallait que je poursuive ma formation en  politique. A mon arrivée, Jean Boniface Asselé, son président, m’a dit que je ne pouvais pas rentrer ainsi, sans l’aval de ma tante, Delphine Yeyet, qui a fini par accepter. En 2004, je deviens secrétaire général adjoint, chargé des affaires attractives. Bien avant, j’étais rapporteur dans le bureau qui préparait le congrès du parti de 2004. J’ai occupé le poste de SGA durant 5 ans. En 2009, je suis devenu inspecteur général du parti, poste qui avait l’équivalent de numéro trois du parti. Je m’occupais du contrôle et de l’implantation du parti. En 2012, avec la réforme des textes du parti, j’ai été nommé parmi les autres vice-présidents, chargé de l’inspection et l’implantation du parti.

Sur le plan pratique, j’ai mis en place la politique à usage humain. Parce que je partais du constat que dans une province donnée, celui qui était considéré comme le ‘‘grand quelqu’un’’ : député, DG et autres, une fois, il n’avait plus ces fonctions, les militants, quelque soit la formation politique, étaient démobilisés. Il s’agissait pour moi de trouver une formule pour que les militants soient affiliés à un parti politique. Car, jusque-là, on avait l’impression que les militants ne se mobilisaient qu’en période électorale. Nous avions donc mis des comités, qui reposaient sur un thème social. Cela permettait à chaque comité de maintenir la cohésion entre les membres, même quand on n’était pas en période électorale. Quand j avais proposé cela, très peu y croyait. J’ai continué à le faire, parce qu’avant 2012, le CRL avait peu d’élus, nous atteignions moins de 60%. Avec cette formule, le CLR avait pu augmenter ses élus, mais dans la ville, nous ne passions pas voir des élus,  nous avons eu cela grâce à la politique à usage humain. Certains qui reconnaissaient que cette formule marchait, me  condamnait du fait qu’elle ne fonctionnait pas chez moi dans le premier arrondissement de Libreville. C’est vrai qu’aux dernières élections locales, je n’avais pas pu atteindre les 10%. Malgré cet échec, j’ai tout de même contribué pour que le CLR  existe là-bas. Et comme on le dit, il y à plusieurs façons d’être récompensé par Dieu. Quelques temps après, je suis rentré au gouvernement. L’œuvre n’est pas achevée, en tout cas, à mon sens je n’ai pas demandé à partir. Pour plus être clair, j’ai été mis à la porte.    

Quel est aujourd’hui l’état des rapports entre vous,  le président Asselé et le reste du directoire du parti?

Le président Assélé, c’est mon père. Depuis la proclamation des résultats, nous nous sommes rencontrés deux fois. Quand on se voit,  on blague, on se chahute. Je sais faire la différence entre le politique et la relation. C’est mon père, je n’ai aucun problème avec lui. Il m’a offert beaucoup. La seule chose que je peux dire, c’est que je ne sais toujours pas pourquoi j’ai été exclu du parti. D’ailleurs, dans le cadre de la réalisation de mes projets, beaucoup étaient présents et y ont beaucoup contribué, dont le secrétaire général du parti M. Nicaise Sickout et Gaston Mindougagni, qui sont des frères, pour ne citer que ceux-là. Je suis  en contact régulièrement avec le ministre Nzondo. Nicole Asselé, c’est ma sœur. Même avant d’être au CLR, nous avions toujours des bons rapports. Elle a contribué beaucoup dans ce que j’ai eu de positif dans ma vie. D’ailleurs, je connais Nicole avant Jean Boniface Asselé.

Maintenant que vous êtes exclu du CLR, quel est votre nouvelle approche politique.

S’agissant de mon positionnement, je suis un fidèle de l’actuel chef de l’Etat, de ce côté-là, il n’y a pas d’ambigüité. J’ai appris à le connaitre, et donc je suis engagé à le soutenir. Maintenant, il y a plusieurs façons de soutenir quelqu’un, moi je pense que, c’est mieux en équipe. Et parlant d’une équipe, cela va de la création d’un parti politique ou à l’adhésion dans un parti politique. Pour cela, je pense qu’il faut qu’une étude approfondie soit menée, afin que dans quelques jours,  où quelques semaines, je puisse me déterminer.    

L’actualité du moment est dominée par la tenue d’un dialogue. Maintenant que vous n’avez plus de chapelle politique, avec quel statut prendriez-vous part  à ces assisses ?

J’ai fait la démarche, je suis allé rencontrer le ministre d’Etat en charge du dialogue national, pour lui dire que j’étais favorable à prendre part à ses assisses. Aux accords de Paris, je n’y étais pas, j’étais encore étudiant. J’estime qu’entant que personnalité politique, j’ai quelque chose à proposer. Il m’a donné la procédure à suivre, comme à d’autres personnalités politiques. Maintenant, j’ose espérer que ma requête retiendra leur attention, afin que je puisse être invité à prendre part à ce dialogue.

Il faut comprendre qu’à chaque conflit, il y a dialogue. Même dans des pays en guerre,  il y a eu toujours dialogue. Aucun problème ne peut se régler sans la parole. Les Etats- Unis, après avoir bombardé le Japon, ce qui a d’ailleurs permis de mettre fin à la deuxième guerre mondiale, il y a eu des tractations et l’empereur a signé sa résignation. C’est pour dire que, lorsqu’il y a un conflit, il doit avoir dialogue. Ne pas aller discuter où dialoguer, c’est s’en fermer dans ses certitudes. Il faut se méfier des certitudes. Comme on le dit souvent, on ne refuse pas l’appel, mais on refuse le contenu de l’appel. Et comme on le dit aussi, qui ne dit mot consent.

Votre collègue de la majorité, Guy Christian Mavioga pense qu’on ne peut se contenter d’aller au dialogue sans les  47% que représente Jean Ping ? Votre commentaire.

Il serait prétentieux qu’un individu, qui a bénéficié du soutien d’autant de monde, représente à lui seul 47%. C’est méchant et ingrat. Auquel cas, on va tout seul et on met la voix dans l’urne. C’est des individus qui vous délèguent ce pourcentage. Et cela peut provoquer une désunion. Il ne faut pas faire l’erreur de penser qu’au commencement de la guerre, les 47 soldats que j’avais, sont toujours-là. Nous voyons déjà, avec l’accord de certains proches de Ping, qui sont favorable au dialogue. Il faut dire que  ces 47% qui ont voté pour Ping, ne sont pas tous contre le dialogue. Voilà la nuance. Donc, je ne comprends pas très bien, ce que voulait exprimer Guy Christian Mavioga.

Donc, un dialogue avec ou sans Ping peut avoir lieu. J’en suis convaincu. S’agissant du retard, je ne suis pas dans l’organisation. Mais, même un mariage prend du temps dans les préparatifs. Ce que je peux également dire, c’est que lorsqu’on va à un dialogue national, il faut au préalable un dialogue en interne dans les partis politiques. Car, chaque formation politique a également ses problèmes. Il ne faut pas organiser une réconciliation nationale, alors qu’au sein des partis politiques, il n’y a pas de conciliation. Parce que, la réconciliation, c’est donner quelque chose à l’autre. L’erreur serait de prendre part au dialogue, pour un chef de parti, pour penser avoir des résultats.

Votre mot de la fin et peut être dire un mot à l’endroit de l’organe de presse qui vous accorde ses colonnes et dont la ligne éditoriale n’est pas proche du pouvoir.

Pour ceux qui me connaissent, je ne fais de cloisonnement avec personne. Si vous suivez l’actualité, vous constaterez que j’ai toujours été ouvert. Je l’ai d’ailleurs fait au gouvernement avec d’autres organes de presse. Je milite pour cette diversité. On doit écouter les autres. Nous ne pouvons pas avoir une pensée unique. La raison appartient à tout le monde. Il faut entretenir la diversité. Ce n’est pas parce qu’on milite dans l’opposition qu’on ne peut s’entendre avec celui qui est dans majorité. Moi, je suis pour que le Gabon avance. C’est mon point de vue.

Entretien réalisé par Boris Biyoghe et

Aimé David Nguema

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