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Législatives : le nouveau nœud gordien de Jean Ping

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La participation ou non aux prochaines législatives semblent diviser la Coalition pour la Nouvelle République présidée par Jean Ping. Si certains, à l’instar de Guy Nzouba se sont prononcé là-dessus, il reste que le véritable vainqueur de la présidentielle de 2016 reste toujours muet sur le sujet. Jusqu’à quand ?

Wikipédia nous explique que l’expression « nœud gordien » désigne, par métaphore un problème compliqué finalement résolu par une action brutale : trancher le nœud gordien. Une petite phrase de Guy Nzouba Ndama, en réponse à une des nombreuses questions d’Echos du Nord (EDN) du 9 février 2018 nous éclaire sur le nœud gordien auquel est, encore cette fois-ci, manifestement confronté Jean PING.

Celui d’une Coalition qui, toujours sans charte, donc sans statut ni règlement intérieur, n’oblige, en fait, personne. Chacun, jaloux d’une autonomie et d’une indépendance, y va donc, en électron libre, de sa liberté d’expression et de décision pour affirmer et expliciter ses positions. Exercice auquel s’est prêté le président de LD (Les Démocrates) dans une pleine page de questions que lui a consacrée EDN. Guy Nzouba Ndama y précise, comme l’avait fait, plusieurs mois avant lui, René Ndemezo’Obiang (RNO), que la présidentielle de 2016 est juridiquement classée et ne demeure plus qu’un problème politique. Une analyse que « l’Union » du 13 février dernier n’a pas manqué de reprendre à son compte : « C’est dire que tous ces acteurs politiques [entendez : de l’oppositionndlr] après l’élection présidentielle sont résolument passés à autre chose ». Embouchant ainsi les trompettes de la presse du dialogue d’Angondjé, qui, à longueur de parutions, ne cesse de claironner à qui veut l’entendre que RNO, Démocratie Nouvelle, et autres dialogueurs d’Angondjé, n’ont eu que le tort d’avoir eu raison trop tôt. Une « bonne guerre » qu’il serait mal venu de lui reprocher ?

En tous cas, sortie de la bouche d’un Guy Nzouba Ndama, une telle approche autorise à questionner la nature des liens qui rattachent désormais LD à la Coalition pour la Nouvelle République (CNR) et, surtout, à Jean PING. D’autant que le Dialogue National pour l’Alternance (DNPA) qui s’est tenu, au nom de la CNR, en décembre 2016 avait souligné dans son Rapport final que : « les participants ont aussi débattu des prochaines législatives et du système électoral. Ils ont recommandé de conditionner la participation de la CNR à la révision de la loi électorale, la restructuration des organes en charge des élections et le renforcement des mécanismes de transparence. Pour ce faire, ils ont suggéré la mise d’un comité ad hoc censé réfléchir aux voies et moyens de parvenir à une totale prise ne compte des recommandations de la Mission d’observation électorale de l’Union européenne (MOE-UE) et à la réalisation d’un audit du fichier ».

Or, les députés européens non seulement ont précisément demandé « la mise en place d’une enquête internationale, sous l’égide des Nations unies, sur les élections et les exactions qui ont été commises depuis, afin de déterminer la manière de mettre en place un dialogue politique permettant de sortir de la crise, tout en garantissant les droits démocratiques du peuple gabonais » mais ont égalementexhorté « le gouvernement gabonais à apporter une réponse concrète aux inquiétudes de la communauté internationale, en organisant rapidement un forum consultatif pour un dialogue réellement ouvert à tous, transparent et impartial ». Rien de tout cela n’a été pris en considération par le pouvoir. Bien au contraire, les choses se sont même dégradées entre le pouvoir de Libreville et l’Union européenne.

En effet, lorsqu’à la 3ème session du 17 octobre 2017, l’Union européenne, dans le cadre du dialogue intensifié démarré un mois plus tôt, indique qu’une enquête internationale indépendante sur les violences électorales de 2016 était la seule voie, le porte-parole du gouvernement a objecté que « le Gabon (…) a déjà pris des mesures pour faire la lumière sur ces violences conformément à son cadre juridique » et menacé : « (…) le Gabon attache le plus grand prix au Dialogue politique intensifié avec l’Union européenne. Au cours des prochaines sessions de ce dialogue, toute déclaration tendancieuse et non corroborée ne sera pas de nature à créer les conditions d’une discussion ouverte et constructive ».

En langage clair, Ali Bongo et affidés ont opposé une fin de non-recevoir aux insistances européennes.Ce tête-à-tête « intensifié »qui a fini par se heurter à un mur de désaccords, confirme, à l’inverse, la pertinence des défis que le Dialogue National Pour l’Alternance (DNPA) de la Coalition pour la Nouvelle République s’était lancé en décembre 2016, notamment la nécessité de s’engager dans « la seule (…) stratégie fondée sur l’unité des forces politiques, les synergies avec le corps social et des alliances internationales qui peut permettre de rétablir Jean PING dans ses droits ». D’autant que -nous citons le rapport du DNPA – : « le caractère hétéroclite de la CNR laisse planer des doutes sur sa viabilité à long terme. La récente défection de René Ndemezo’Obiang semble avoir quelque peu douché l’enthousiasme de certains militants. En l’absence d’une organisation rigoureuse et sans résultats probants, il est à craindre que cet exemple ne donne des idées à certains ». N’y sommes-nous pas ?
Qu’en dit PING, l’homme de la situationdepuis 2014 ?

Homme de la situation, il l’est devenu grâce à sa lutte au sein du Front de l’Opposition pour l’Alternance d’où, sorti vainqueur, il obtint le statut de candidat unique du Front. Grâce, en février 2015, pour asseoir encore plus la légitimation de sa candidature, à la fédération des forces du S23 et d’autres associations et personnalités. Grâce aux ralliements d’Oye Mba et de Nzouba Ndama, obtenus au soir du 16 août 2016.
Et, depuis, la suite des évènements ne tourne qu’autour de lui…jusqu’aujourd’hui. Sa victoire dans les urnes. Le bombardement de son QG. Les centaines d’arrestations, les morts, les disparus. L’appui sans précédent, au Gabon, de la communauté internationale, et même, phénomène O ! Combien inhabituel pour être souligné,de cette Françafrique,« mèrepatrie » du bongoïsme, dont de nombreuses voix se sont élevées pour douter de la « sincérité » des résultats officiels de la présidentielle gabonaise.Et puis, on ne saurait oublier la mise en place d’une Coalition qui, sans charte, statut et règlement intérieur, n’afinalement pour uniques fondementsque la personne physique du « Président élu » et les « Actes du dialogue national de décembre 2016 » dont l’axe central est la « reconquête » d’un pouvoir usurpé.

Si PING reste attaché à la lettre et à l’esprit qui ont accompagné la création de la Coalition qu’il est censé diriger et s’il se reconnaît dans le contenu de la résolution européenne sur le Gabon, il ne pourra rester beaucoup plus longtemps sans parler, sans dire ce qu’il pense, sans prendre une décision. Car l’indécision en politique, prisonnière d’un excès de prudence pour préserver le nombre, même par trop disparate, peut conduire à la paralysie de l’action. Dans un sens comme dans un autre.

La manœuvre, certes, n’est pas aisée. Mais, comme l’écrit Jean Claude Germain « Là où le passé est indéfini, le futur imprécis, l’aujourd’hui demeure indécis ». Il faut bien qu’il s’y résolve. Notre passé et notre « aujourd’hui » dominés par le système Bongo et ses scories imposeraient, par exemple, d’en faire un inventaire et un bilan communs afin de tracer un futur précis et radieux commun ainsi que les voies communes, même tortueuses, pour y aboutir ensemble. En 2014, 2015 et 2016, abusés par le miroir aux alouettes démocratique de l’Etat Bongo, nous n’étions concentrés que sur la énième présidentielle. Aujourd’hui, les Gabonais, ramenés sur terre, se retrouvent confrontés à la réalité du système. Pris au piège qui n’oublie jamais l’oiseau au pays des Bongo. Alors, que faire ?

1. Abdiquer et accompagner ce dernier en espérant réformer l’Etat-Bongo par petites touches et retouches ? C’est la voie que les dialogueurs d’Angondjé ont empruntée. Pour eux, il n’est plus question de revendiquer le pouvoir central vu le rapport de force, notamment militaire, favorable à Ali Bongo. Cela peut durer une éternité ;

2. Saisir l’opportunité des prochaines législatives pour espérer être majoritaire à l’Assemblée nationale et récupérer le pouvoir central par cette voie-là : « Nous avons, affirme un Guy Nzouba Ndama optimiste, la possibilité de gagner les législatives en sécurisant les résultats bureau de vote par bureau de vote ; sans redouter, in fine la manipulation falsificationniste en notre défaveur d’un procès-verbal centralisé des résultats provinciaux ».
3. Opter pour une meilleure organisation du peuple gabonais et une plus grande efficacité de sa résistance à

l’oppression afin que le rapport de force soit inversé et que la maîtrise de l’agenda de l’alternance et du changement change de camp au Gabon.
PING doit trancher son nouveau nœud gordien. Il a un devoir de clarification envers le peuple devant lequel il est responsable. Là est la rançon de la légitimité populaire.

Stéphane MWAMEKA

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