L’Elysée, bouclier des dictateurs africains: La preuve par le gel des comptes...

L’Elysée, bouclier des dictateurs africains: La preuve par le gel des comptes des opposants

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 Par un décret pris par les ministres français de l’Economie et de l’Intérieur, publié dans le Journal officiel le 18 janvier 2017, l’Etat      français a décidé de geler discrètement les comptes bancaires dans l’Hexagone de trois opposants africains. Chose qu’il se refuse à faire quand il s’agit de chefs d’Etat africains accusés d’enrichissement illicite et de graves violations des Droits de l’homme.

L’information est donnée par le journal français Libération: après avoir octroyé la nationalité française au Gabonais Ali Bongo Ondimba avant la présidentielle d’août dernier et, récemment, à Madame Hinda Déby, l’épouse du chef de l’Etat tchadien, François Hollande et son gouvernement viennent de se mettre aux basques des hommes forts du Tchad et du Congo-Brazza: Idriss Déby Itno et Denis Sassou Nguesso. En effet, deux Tchadiens et un Congolais, mêlés à la lutte armée contre les régimes en place, ont été visés par une mesure d’immobilisation financière, un acte qui fait débat car apparaissant comme un frein à l’idéal démocratique des peuples africains francophones.

Les signataires du décret invoquent l’article L562-1 du code monétaire et financier, qui prévoit «le gel de tout ou partie des fonds, instruments financiers et ressources économiques […] qui appartiennent à des personnes physiques ou morales qui commettent, ou tentent de commettre, des actes de terrorisme». Et c’est justement là où le bât blesse car aucune activité «terroriste» des trois hommes visés ne saute aux yeux. Aucun d’eux n’est membre d’un groupe figurant sur les listes des organisations terroristes établies par l’Union européenne ou le Conseil de sécurité des Nations unies. Ils sont en revanche des opposants revendiqués au pouvoir en place dans leurs pays respectifs. Deux sont des ressortissants tchadiens – Mahamat Nouri et Mahamat Mahadi Ali – et le troisième, Ferdinand Mbaou, est originaire du Congo-Brazzaville. Les trois hommes ont un autre point commun: leurs comptes bancaires sont aussi vides que la poche d’un bûcheron de Makongonio. D’ailleurs, aucun d’eux n’est propriétaire d’un logement en France.

Mahamat Nouri, 69 ans, vit en France depuis cinq ans. Il s’est vu refuser l’asile, mais affirme être détenteur d’un titre de séjour. Ancien ministre d’Hissène Habré, puis d’Idriss Déby, il avait pris la tête d’une rébellion armée, l’Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD), en 2006. Depuis 2010 et son arrivée en France, ses hommes sont dispersés entre le Tchad, la Libye et le Soudan. Nouri assure qu’il ne leur donne plus d’ordres. « On m’a refusé le statut de réfugié en France, à cause d’accusations portant sur l’engagement d’enfants soldats », explique-t-il, tout en niant les faits qui lui sont reprochés. Le Tchad a demandé son extradition, mais la France a refusé car là-bas,  il a été condamné à la peine capitale par contumace.

«Cet arrêté est pris en soutien au régime dictatorial d’Idriss Déby, qui a détruit les fondements républicains de l’Etat et pillé les richesses nationales, dénonce-t-il dans un communiqué. Les Tchadiens opposés à la dictature de N’Djamena ne sont pas des terroristes.»

Mahamat Mahadi Ali, 47 ans, est en quelque sorte son successeur. Les deux rebelles anti-Déby se sont brouillés à cause de divergences stratégiques. Mahadi est aujourd’hui à la tête du Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (Fact). Ses hommes seraient au nombre de 1.500, selon lui. Ils sont notamment positionnés dans plusieurs campements du Sud libyen, où ils se sont rapprochés des brigades de Misrata, opposées aux troupes du général Khalifa Haftar. «Haftar nous a bombardés à deux reprises, explique le chef du Fact, joint au téléphone en Libye où il se trouve actuellement, par Libé. Il existe un pacte de soutien entre lui et Idriss Déby. « Nous, nous ne voulons pas nous immiscer dans les affaires libyennes. Nous constituons un rempart contre les forces extérieures: l’Etat islamique et les combattants venus du Soudan», explique-t-il. Ancien militant du Parti socialiste français, Mahadi a obtenu le statut de réfugié il y a vingt-cinq ans.

Contestation n’est pas terrorisme

Le troisième homme est lui aussi un militaire. Il ne connaît pas les deux rebelles tchadiens. Ferdinand Mbaou, 60 ans, a été le chef de la garde présidentielle de Pascal Lissouba, renversé par Denis Sassou Nguesso en 1997. Il est aujourd’hui un opposant revendiqué du maître du Congo-Brazzaville. «Ma position est claire. Il n’y a pas de solution politique au Congo. Sassou Nguesso est arrivé au pouvoir par les armes, il repartira par les armes, clame-t-il. Je ne me cache pas. Je dis qu’il faut préparer une insurrection armée. Mon modèle, c’est le général de Gaulle. En exil, il a continué à se battre. Personne ne considère que c’est un terroriste.»

Dans le petit cercle de l’opposition congolaise à Paris, Ferdinand Mbaou est certes perçu comme «actif sur la scène politique», mais «avec un côté bravache, un peu affabulateur». Son réseau serait constitué «d’une petite poignée de fidèles». De l’avis général, il a un train de vie modeste. « J’ai essayé un temps d’entretenir mes hommes en exil en Afrique, mais ce n’est plus le cas », avoue-t-il. Et d’ajouter: « Sur mon compte, il y a moins de 3 000 euros.» Le Congolais a déposé un recours contre le gel de ses avoirs. Avec l’arrêté, il a reçu un courrier de justification : «Considérant que M. Mbaou est un fervent opposant du président Sassou Nguesso […] ; que depuis 2015, M. Mbaou est toujours animé d’ambitions putschistes, recherche activement les soutiens financiers, matériels et humains nécessaires pour prendre le pouvoir […], M. Mbaou doit être regardé comme incitant, facilitant et participant à la commission d’acte de terrorisme», écrivent les ministres de l’Economie et de l’Intérieur, signataires de l’arrêté.

Idriss Déby et Denis Sassou Nguesso, dirigeants aux manières expéditives, ont été réélus l’un et l’autre en 2016 au terme d’élections entachées d’irrégularités et d’intimidations, sans que Paris ne s’en émeuve. Ont-ils le bras assez long pour pourchasser leurs opposants jusqu’en France? Le Quai d’Orsay affirme ne pas avoir été informé de l’affaire. Le ministère de l’Economie et des Finances, qui a ratifié l’arrêté, renvoie vers celui de l’Intérieur, qui ne souhaite pas faire de commentaire. Le conseiller Afrique de l’Elysée affiche le même mutisme.

N.T


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