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Elections: : Jeune Afrique parle de quelle AFRIQUE ?

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L’éditorial du dernier Jeune Afrique, signé de Marwane Ben Yahmed, le fils de Béchir, s’essaie dans une tentative de définition du rapport entre l’Afrique et la démocratie. Que nous dit son analyse de la « présidentielle au Cameroun, au Mali, bientôt à Madagascar ; [des] législatives au Gabon ; |des] locales en Côte d’Ivoire… » ?

 L’intérêt de l’éditorialiste porte tout d’abord sur « le mot « fraude » dont l’usage par les « protagonistes des scrutins » avant même que ces derniers n’aient lieu, n’aurait, pour lui, d’autre but que de « prévenir la défaite ». Il va même plus loin pour faire mine de se questionner tout en suggérant une réponse négative à sa propre question : « dans l’hypothèse où ces fraudes sont avérées, influent-elles de manière décisive sur l’issue des scrutins ? ». Le cynisme d’une telle interrogation ne résiste pas à la toute dernière expérience gabonaise en matière de présidentielle. La Cour constitutionnelle invalide 21 bureaux de vote dans le 2ème arrondissement de Libreville et ne reconvoque pas les électeurs, deux mois après, comme l’exige la loi. Et Ali Bongo Ondimba est reconduit président de la République sans que les milliers de votants de ces 21 bureaux n’aient eu finalement l’occasion d’exercer leur droit civique. Si cela n’est pas de la fraude et si cette dernière n’a pas influé « de manière décisive sur l’issue du scrutin », c’est que Marwane Ben Yahmed et nous ne parlons pas de la même chose.

Un peu plus loin, dans son édito, le même Marwane, un tantinet méprisant,  va jusqu’à affirmer : « l’ennui est qu’en Afrique, plus qu’ailleurs, il est bien difficile, en l’absence de sondage d’opinion fiables, de savoir ce que pensent vraiment les citoyens ». Le peuple tunisien a pourtant bien montré ce qu’il pensait de Ben Ali, les Burkinabés de Blaise Compaoré, les sud-africains de l’apartheid, les Gabonais d’Omar Bongo en 1993 quand ce dernier, via Mboumbou Miyakou prononce sa « victoire » alors que le décompte des voix n’est pas terminé, ou encore, toujours les Gabonais d’Ali Bongo Ondimba qui a bénéficié de l’invalidation de 21 bureaux et des résultats plus que controversés du Haut-Ogooué.

Autre étage de sa réflexion éditoriale, un postulat, le sien, qui établit, péremptoirement que « les capitales sont souvent frondeuses et expriment à l’égard des pouvoirs en place un mécontentement que le reste du pays ne partage pas toujours ». Une part de vérité dans cette assertion, le côté frondeurs des villes, pas seulement des capitales. Mais s’arrêter à cela sans préciser que l’exode rural est passé par là et que, donc, la majorité de la population se retrouve dans les villes et que ce sont ces dernières qui font le vote, revient à déformer, volontairement ou pas, la réalité.

Jeune Afrique nage entre deux eaux, comme à son habitude. En tous cas, Marwane Ben Yahmed ne parlait pas du Gabon que nous connaissons et vivons au quotidien.

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