Retombées économiques et sociales de l’organisation de grands événements La CAN peut-elle...

Retombées économiques et sociales de l’organisation de grands événements La CAN peut-elle aider le Gabon à sortir de sa crise multisectorielle ?

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Question essentielle, pour tenter de comprendre si un tel événement était important et opportun dans un pays qui connait une crise économique, financière, sociale et politique, très tendue.

Nombreux sont des Gabonais qui s’interrogent toujours sur le bien-fondé de l’organisation d’un événement d’envergure, comme la Coupe d’Afrique des Nations dans leur pays. Quatre ans seulement, après avoir co-organisé l’édition de 2012, dont le bilan n’aura forcément pas été favorable pour un remake. L’inquiétude réside notamment sur la capacité d’une CAN à pouvoir apporter une plus-value, une solution, qui s’inscrit dans le temps, dans un pays en proie à une crise multisectorielle : économique, financière, politique et sociale.

En interrogeant des spécialistes des questions économiques par exemple, les inquiétudes exprimées par les uns et les autres semblent se confirmer. Beaucoup d’économistes, en effet, pensent que des pays qui se trouvent empêtrés dans des problèmes économiques devraient s’abstenir d’organiser de grands événements, furent-ils sportifs, pour espérer se faire une santé quelconque. Mais que, avancent-ils, c’est davantage le contraire qui se produit.

Le cas le plus patent, d’ailleurs très récent, est celui du Brésil qui a abrité les Jeux Olympiques aux mois de juillet et août dernier. Si le pays de la Samba a effectivement connu une intense activité économique, sectorielle du reste, il se trouve que près de 4 mois plus tard, on n’est pas loin de la catastrophe au Brésil. Une désillusion. La situation économique s’est exacerbée, devenant plus que chancelante, avec un impact social des plus négatifs : des mois de salaires impayés, un chômage en nette augmentation, des infrastructures, ayant pourtant englouti des centaines millions, quine sont déjà que de vestiges.

Moralité : le Brésil n’aurait pas dû se lancer dans une telle aventure, en spéculant sur des hypothétiques retombées positives à long terme, alors que le pays connaissait une fracture sociale, qui commandait de faire face à d’autres préoccupations, plus porteuses d’un équilibre certain. Il n’en est rien aujourd’hui.

Comme on le voit, miser sur l’organisation d’événements grandioses pour espérer se faire une santé économique, financière ou, du moins avoir une adhésion populaire en vue, éventuellement, de stopper une grogne sociale aigue, est un pari dangereux. Même des pays qui sont développé depuis des siècles, hésitent à engager leurs pays ou certaines de leurs villes dans ces challenges couteux, au détriment des populations. C’est dire !

Tous les signaux, pour ce qui concerne le Gabon, montrent que l’on s’achemine vers la situation du Brésil. Mais que des effets négatifs pourraient immédiatement se faire sentir, durant le déroulement de la CAN même. D’autant que beaucoup évoquent un boycott de cette importante fête du football africain, en ne se rendant pas au stade, par exemple. Alors que la présence des spectateurs est un baromètre essentiel dans la réussite de ce genre de rendez-vous. En attendant le bilan d’après événement, que certains n’hésitent pas à prédire comme une des pires catastrophes du pays. Parce que participant davantage, analyse-t-on, à accentuer les différentes crises qui secouent le Gabon, plutôt que d’en être un début d’une éventuelle solution.

En clair, l’organisation de la CAN au Gabon serait une très mauvaise idée, une aventure extrêmement risquée pour ceux qui ont engagé le pays sur cette voie.

Pierre Normand

 

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