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Réactions des fonctionnaires gabonais: Le pouvoir dans un essaim d’abeilles

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Cette déflagration sociale qui s’annonce à grands coups de trompettes syndicales n’est pas à minimiser. L’attentisme légendaire des Gabonais s’est toujours expliqué par ce socle objectif de la stabilité des salaires de la fonction publique. Omar Bongo en était tellement conscient qu’il « trichait » même avec le FMI, faisant réduire officiellement, de la main droite, les émoluments de ses ministres et autres hauts et très hauts collaborateurs pour les leur rétrocéder officieusement, de la main gauche. C’était du ni vu ni connu, OBO s’en sortait mains blanches.

Il savait pertinemment, pour ce qui est de la masse des fonctionnaires, qu’il n’était surtout pas question de plaisanter avec la stabilité de la fonction publique, la civile et la militaire. Le risque, selon OBO, de se transformer en un non-Etat centrafricain pouvait être évité ou, du moins, repoussé grâce à cette stabilité. Un de ses proches collaborateurs raconte l’un des conseils que son mentor aimait à prodiguer : « l’argent, c’est comme la nourriture, quand tu es rassasié, même s’il reste beaucoup à manger, tu ne peux plus, alors, tu dois partager ». Pour Omar Bongo, la fonction publique, véritable lait sur le feu, ne pouvait continuer d’être le socle sur lequel il s’appuyait que tant qu’il la contentait régulièrement. Salaires, le 30 de chaque mois, recrutements illimités, fonds communs, avantages et privilèges multiples, fonctionnaires fantômes payés rubis sur ongle. Le système Bongo, sous Omar, était basé sur ces rouages de « magnanimité sociale » instaurés par Bongo 1er. C’était tellement bien huilé que lorsque des négociations internes à tel ou tel département administratif échouaient, tout le monde, syndicats compris, se retrouvaient au bord de mer pour finaliser les choses et en direct avec papa Omar qui trouvait toujours une solution magnanime pour ramener les choses dans l’ordre et la paix.

Mais, 42 ans à jouer à ce jeu clientéliste ont transformé ces fonctionnaires, au départ, des obligés de la « générosité de papa Omar », en une classe sociale qui a désormais ses propres revendications de classe et se refuse à payer la facture de l’échec de l’Etat providence qui, d’ailleurs, a surtout profité aux en-haut d’en-haut. La liste des biens mal acquis par les Bongo et leurs alliés est longue comme un jour sans pain. Et, c’est à juste titre que les syndicats soulignent leur refus de payer la note, eux, travailleurs, qui n’ont que leur force de travail à vendre.

A peine arrivé au pouvoir, Ali Bongo a commencé par toucher à la cagnotte et bousculer des fonctionnaires qu’il ne percevait pas encore comme une catégorie sociale devenue et aux intérêts progressivement définis avec le temps et bien spécifiés dans les textes : leurs droits acquis. Ali Bongo avait en fait de cette masse de fonctionnaires une vision quelque peu soldatesque, n’y percevant que de simples matricules administratifs interchangeable. Des petits soldats quoi ! Il a donc, malencontreusement et, surtout, maladroitement, touché et secoué cet essaim d’abeilles qu’est la fonction publique, ne convoitant certainement que le miel, mais, aujourd’hui, récoltant qu’Omar Bongo « grand financier de la paix » avait toujours su et pu éviter : les piqûres d’abeilles qui viennent désormais de partout.

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