Accueil Economie Le pétrole tend vers sa tombe : Quel Gabon sans l’or noir

Le pétrole tend vers sa tombe : Quel Gabon sans l’or noir

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La marche irréversible du monde vers la transition écologique imposera, dans 20 ans, l’abandon des énergies fossiles, en l’occurrence le pétrole, au profit des énergies dites « propres », dont l’électricité. Malgré cette alerte, le pouvoir gabonais ne laisse entrevoir aucune stratégie en vue de sa reconversion énergétique, mais surtout économique. C’est inquiétant.

Nicolas Hulot, le très populaire ministre français de la Transition écologique, a fait voter à l’Assemblée nationale, il y a dix jours, une loi interdisant la délivrance en France, d’ici à 2040, des permis l’exploration et l’exploitation du pétrole, considéré désormais comme dangereux pour la préservation de la couche d’ozone. Selon le plan stratégique arrêté par Hulot, d’ici vingt ans, tous les véhicules circulant dans l’Hexagone devront passer à l’électrique. Ce sera la fin des véhicules à combustion essence et diesel.

Cette prospective n’est pas unique à la France. Beaucoup d’autres pays du monde, et pas des moindres, la Chine notamment, se sont inscrits dans ce schéma, dans la perspective de limiter, sinon de réduire les effets du dérèglement climatique. En Allemagne, le groupe VW se bat bec et ongles, avec succès, pour que soit maintenu le subventionnement du diesel par l’Etat, pour mieux préparer le passage à l’électrique. Le triomphe du diesel en Allemagne consacre l’abandon progressif et irrévocable du super en automobile.

Mais la véritable alerte sur la fin du pétrole, du gaz et du charbon a été donnée le 12 décembre 2017 par le Directeur général de la Banque mondiale, lors du « One Planet Summit » qui s’est tenu à Paris. Il a proclamé que désormais la Banque mondiale ne financera plus les projets d’exploration et de production du pétrole et du gaz. Le glas a donc sonné pour ces énergies.

VERS DES ENERGIES NOUVELLES

Cette décision et les préconisations que prend un nombre de plus en plus grand de pays en matière de transition écologique orientent naturellement les Etats à rechercher ou à lorgner vers des énergies nouvelles moins polluantes. Entre autres l’éolienne, l’hydrolienne, l’hydroélectricité, l’énergie solaire, l’énergie à base de déchets recyclés, et, malgré la persistance du débat à son sujet, le nucléaire.

Cette exigence nouvelle commande aux Etats dont l’économie a pour socle le pétrole, le charbon ou le gaz de schiste de modifier leur structure économique en y intégrant de nouveaux leviers de développement, en tant que robinets financiers.

QUID DU GABON?

A ce propos, quid du Gabon qui, à l’instar de beaucoup de pays producteurs de pétrole, subit durement le contre-coup à la fois de la baisse de sa production et de la chute du prix de l’or noir à l’exportation? Depuis plusieurs années déjà, l’or noir ne contribue plus à hauteur de 70% au budget de l’Etat gabonais mais plutôt de 45% environ. Curieusement, le manganèse, dont le Gabon est l’un des plus grands producteurs au monde, ne contribue que pour 3% au budget de l’Etat, contre 6% pour le secteur bois, pourtant le premier employeur du pays.

Ainsi, il est du devoir des pouvoirs publics gabonais de concentrer leurs efforts de créativité, d’inventivité et d’innovation dans les secteurs agricole et de services, le pays n’étant pas doué ni outillé pour développer un secteur industriel concurrentiel. De plus, l’Etat de dégénérescence du système judiciaire, de marasme économique et de dépravation de la bonne gouvernance dans lequel le pays est plongé n’incite pas les opérateurs économiques étrangers à venir investir au Gabon.

Pour l’heure, ce n’est pas la première transformation locale du bois, au résultat peu palpable, ni l’agriculture au mode Graine (de subsistance), ni le tout petit tissu industriel dont peut se prévaloir le Gabon qui pourront compenser la fin du pétrole. Beaucoup s’en faut dès lors que le Plan stratégique Gabon émergent a disparu des radars depuis un lustre.

Et pourtant, ce ne sont pas des pistes à explorer qui font défaut. Le Gabon pourrait investir demain dans la pêche industrielle; l’industrie alimentaire, les cultures d’exportation, le tourisme, le transport aérien et maritime, etc. Mais faute de clairvoyance, de sens de rationalité économique et de volonté de gérer sainement les ressources du pays de la part des gouvernants, l’avenir se dessine en pointillés. Et d’ailleurs l’on s’étonne du silence et de la sérénité feinte qu’affichent les décisionnaires gabonais face à la terrible alerte relative à la fin du pétrole. C’est oublier que 2040, c’est déjà demain. Et demain se prépare aujourd’hui.

M.N

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