GAMIFI : la descente aux enfers ?

GAMIFI : la descente aux enfers ?

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Après le dernier mouvement d’humeur  des employés de cette société  et  la découverte d’un réseau de détournement d’argent au sein de l’entreprise, la tension est montée d’un cran, et l’entreprise se dirige inéluctablement vers l’abîme.

La Gabonaise de Microfinance, est dans une situation inquiétante, qui détériore depuis deux ans, le bon fonctionnement de l’entreprise et risque d’éclabousser son image auprès des partenaires. En cause, les détournements et les malversations financières découvertes au cours de la fin du mois de juillet 2015, par les employés.  En effet, en  pleine crise économique et vu que les conditions de travail devenaient  de plus en plus précaires et que leur employeur n’arrivait  pas à respecter ses engagements de 2014,  les employés de GAMIFI ont  commencé à s’interroger  sur l’Etat des comptes de la structure  et leurs situations administratives.GAMIFI TROIS

 C’est un ainsi que  les agents vont jeter  un regard  sur le livre des comptes de l’entreprise, pour vérifier les entrées  et sorties d’argent de ces deux dernières années, afin de savoir si les propos de la direction générale, qui affirmait que la crise qui sévissait au sein de la société était dû à un problème de trésorerie.  Premier hic, les employés constatent que certains de leurs collègues ont bénéficié des augmentations de salaires. Ce n’est pas tout. Leur curiosité va jusqu’à découvrir plusieurs  virements d’argent  et opérations non enregistrées  et sans aucune traçabilité. Mieux,  le responsable financier, procédait aux avances illicites sur salaire pour atteindre un pic d’un peu plus 30 millions.  Selon certains témoignages, entre le 6 février 2014 et 20   août 2015, ledit responsable financier  aurait retiré des comptes de l’entreprise, plus de 35 millions de francs cfa, au nez et la barbe de la Direction Générale.

 Pour tenter de ramener la sérénité, et sauver l’entreprise, le délégué du personnel, Rodolph Morgan Limboma, a adressé des courriers à la direction générale pour que la lumière soit faite. C’était le 25 Août 2015. La Direction générale,  informée  de la situation, va adresser  deux demandes  d’explications : une pour   le délégué du personnel, pour qu’il  apporte des explications sur les accusations portées à l’encontre du responsable financier, et l’autre pour  Tevignan Ayaovi Tomelan,  ancien responsable de l’agence  principal, pour avoir imprimé  un extrait du compte courant du responsable financier, et l’avoir diffusé au personnel et aux administrateurs.  Ce qui va valoir à ce dernier, une convocation à la Brigade sud, sise au camp roux. Motifs, « avoir consulté régulièrement les livres comptables  de l’entreprise, voir plusieurs fois par jour le compte des avances au personnel, et d’avoir extrait du grand livre, l’extrait de compte du responsable financier ». Des allégations rejetées par le personnel de cette structure, qui estime que ce dernier ne faisait que son travail, comme le précise, sa fiche de poste, c’est-à-dire,  le document remis à chaque agent lors de sa prise de service et au sein de laquelle, sont présentées leurs prérogatives.

S’agissant du chef d’agence,  l’une de ses prérogatives était justement de suivre les encours clients,  les entrées et sorties d’argent dans son agence.  De fait,  contrairement aux propos de la direction générale, le chef d’agence se devait de vérifier les différentes sorties d’argent du responsable  financier au sein de son agence, pour pouvoir se justifier  auprès de sa hiérarchie, expliquent les employés.  Malheureusement, quelques mois après,  le chef d’agence a été suspendu et licencié.

Pendant ce temps, le responsable   financier soupçonné d’avoir détourné les fonds de l’entreprise, occupe toujours son poste, et aucune convocation ne lui a été adressée pour qu’il  apporte également des explications  sur les différents avancements sur salaire non enregistré, selon les salariés,  depuis deux ans. Quant au délégué du personnel, qui faisait également l’objet de menaces et de licenciement, en sa qualité de syndicaliste, ce   dernier aurait bénéficié du soutien de la Cosyga, qui aurait  intervenu auprès de la direction générale.

Et depuis   janvier 2016, le climat est délétère au sein de la gabonaise de microfinance. Trois mois après,  la crise s’est intensifiée,  les employés sont aujourd’hui à quatre mois sans salaires, et les épargnants n’arrivent plus à retirer leur  argent.  Toute chose, qui vient justifier la thèse selon laquelle, l’entreprise serait en manque de liquidité.  Et qu’un licenciement économique,  est  désormais envisagé pour faire face à la crise. Un projet rejeté d’ailleurs, par les salariés qui estiment  que, GAMIFI ne répond pas encore aux critères énoncés par le code du travail sur le licenciement économique, dans la mesure où, la faillite de l’entreprise n’a pas encore été prouvée.

Quid des audits et conseil d’administration depuis 2014 ?

Là demeure toute la grande question. Chaque année,  notamment en décembre, l’entreprise effectue  un audit pour connaitre l’état des comptes de la structure.  Il s’avère que depuis 2015, l’entreprise n’a pas connu un audit, et les conseils d’administration ne se tiennent plus.  En Décembre 2015, la structure Delta, qui s’occupe des questions liées à  l’audit de la Gabonaise de Microfinance, avait tenté de faire un audit, mais  s’est malheureusement heurtée, selon nos sources, aux problèmes de disponibilité de la direction générale. Idem pour la Cobac, c’est fois ci, sous le fallacieux prétexte que l’outil informatique  était en panne où qu’il y a des problèmes de connexion, alors que selon les employés, il y aurait eu de gros investissements entre 2015 et 2016 portant sur l’outil informatique.  Conséquences,   les investisseurs ne veulent plus injecter leur argent dans l’entreprise, et la structure n’arrive plus  à payer, depuis quatre mois, ses créanciers et répondre aux attentes de ses clients qui veulent retirer leur argent des comptes.

 Pour la directrice générale de Gamifi, Flore Martine Ngningone Obame, ces problèmes de trésorerie sont la résultante de la crise économique qui sévit dans le pays. « L’entreprise finance  des petites et moyennes entreprises, nous sommes  confrontés au problème de remboursements  d’argent. Depuis Avril 2016, il y a eu une diminution dans le remboursement, ceux qui ont pris des crédits remboursent difficilement. L’objectif pour nous, est que les clients remboursent pour que la sérénité revienne. Nous avons plus de 400 millions dehors » a-t-elle affirmé.  Avant de préciser qu’«  Il n’y a pas eu de détournement à la GAMIFI, l’enquête sur des supposés détournements de fonds à la Gamifi, est en cours. Lorsque le chef d’agence a  retiré les documents du compte du responsable financier, il y avait une volonté de nuire. Nous sommes en pourparler avec l’inspection du travail pour régler le problème. Le responsable financier a déjà remboursé  une bonne partie de l’argent pris sous la forme d’avancement sur salaire » affirme la DG.

 « Si tel est que le responsable financier aurait remboursé  l’argent, pourquoi ces montants ne sont pas publiés par la DG ?  Et pourquoi refuse t- elle un audit depuis 2015, si les comptes de l’entreprise ne présentent  pas de problèmes financiers ? rétorquent les employés frondeurs. 

Seul un audit peut déterminer réellement les causes de la situation actuelle de la GAMIFI. Mais la direction générale va-t-elle se soumettre à cet exercice ? Wait and see.

ADN

 

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