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Les entreprises publiques servent-elles à financer des opérations politiques

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Arnaud Engandji et Karine Arissani, deux responsables d'entreprises publiques/(c)internet.

Lors du dernier séjour à Paris d’Ali Bongo, les 12 et 13 décembre 2017, les responsables de deux entreprises publiques ont été particulièrement remarqués lors des manifestations de soutien organisées en l’honneur du  »distingué camarade »… pour contrecarrer les partisans du président de la Coalition pour la nouvelle République !

Arnaud Engandji Alandji et Karine Arissani étaient aux avant-postes dans l’organisation des manifestations de soutien à Ali Bongo à Paris à la mi-décembre. Ils devaient montrer qu’Ali Bongo est  »un président très populaire ». Ils voulaient démontrer qu’Ali Bongo est   »adulé par son peuple, où qu’il se trouve ». Respectivement directeur général de la Société nationale des hydrocarbures (SNH / GOC) et directeur général de l’Agence gabonaise de Tourisme et d’Hôtellerie (Agatour), les deux patrons d’entreprises publiques ont travaillé avec des  »points focaux » pour la bonne tenue de ces mouvements de soutien.

Organisées les 12 et 13 décembre 2017, donc sur deux jours seulement,  »ces opérations de marketing politique » ont coûté des centaines de millions de francs. Si l’on sait à quelle hauteur le patron de la GOC a financé ces manifestations  -un montant de 220.000 euros, soit 144.100.000 CFA-, l’on ne sait en revanche pas à combien s’est élevée la contribution apportée par la responsable de l’Agatour et par d’autres acteurs de ce  »vaudeville ». Ces deux entreprises d’Etat financées par le contribuable ont en tout cas montré qu’elles disposaient de suffisamment de ressources pour financer des opérations de marketing politique. A moins que ces manifestations politiques aient été payées par le budget de la présidence de la République ; ce qui reviendrait au même puisqu’il s’agirait toujours de l’argent public. En tout cas, le grand public, au Gabon, a découvert avec stupéfaction, à travers les réseaux sociaux, que ces patrons d’entreprises publiques ont pris une part active dans l’organisation des mouvements de soutien à Ali Bongo à Paris.

Le PDG a pourtant une Fédération PDG en France. Pourquoi prendre des autorisations d’absence pour aller jouer les organisateurs de manifestations de soutien à Paris ?

Malgré le fait que le Parti démocratique gabonais (PDG), qui vient de tenir un congrès début-décembre dans la capitale gabonaise, dont le thème était justement  »la régénération et la revitalisation », dispose d’une Fédération et de cinq sections en France, Arnauld Engandji Alandji et Karine Arissani ont quand même préféré aller se mettre en avant pour organiser ces manifestations de soutien à Paris. Mais mal leur en a pris, car les résultats escomptés n’ont pas été au rendez-vous avec  »ces Sarakolés » qui leur ont pris  »100 euros chacun ». Il faut le dire, l’échec de ces manifestations et toutes les conséquences négatives qui en ont découlé ne peuvent pas ne pas leur être imputés, tout au moins en partie, car c’étaient eux les  »superviseurs ».

Dans une vidéo qui circule depuis quelques jours sur les réseaux sociaux, le patron de la GOC, lui, semble tenir pour responsables, les  »points focaux » de France, de l’échec des mouvements de soutien à Ali Bongo. Malgré toutes les sommes d’argent dépensées lors de ces manifestations, les  »600 personnes présentes, dont environ 200 Gabonais et 400 Sarakolés et autres », ne se sont pas montrées à la hauteur de l’événement ». Même s’il semble s’en dédouaner dans le débriefing qu’il fait avec les points focaux de France, Arnaud Engandji Alandji, semble oublier la part de responsabilité qui est la sienne dans ce  »vaudeville ».

Successeur  de Serge Toulékima à la direction générale de la GOC, Arnauld Engandji Alandji avait déjà, semble-t-il,  mené campagne à Paris en juillet-août 2016, et malgré cela, les résultats de l’élection présidentielle avaient déjà été largement en-deçà des espérances de son camp, puisqu’ils avaient été en faveur de Jean Ping (sur 2000 votants environ en France, Jean Ping avait obtenu 1600 voix). Comme il le reconnaît lui-même dans la vidéo, le terrain de Paris est  »perdu ».

Pour sa part, nommée à la tête de l’Agatour en remplacement de Gabriel Aworet Mayindo, juste après le Dialogue politique d’Angondjé auquel elle a pris part, Karine Arissani est déjà montée au créneau sur le front politique, comme s’il s’agissait de la mission première de cette société d’Etat. Dans des whatsapp qui circulent depuis le samedi 30 décembre sur les réseaux sociaux, Karine Arissani demande que son nom soit effacé dans le rapport que produisent les  »points focaux » de Paris.  »Ne pensez pas que vous êtes intouchables, merci de rectifier vos mensonges sur moi ».  (…)  »C’est sur moi que vous inventez des choses inexactes, je vous répète d’effacer vos bêtises sur moi, concernant votre rapport, sinon ça va aller loin, bande d’escrocs ambulants ». Plus loin, elle avance :  »(Je n’ai) plus de respect pour vous, vous me faîtes de la peine, pour quelques euros, vous êtes prêts à livrer vos Camarades, vous êtes les PDGistes de la honte », écrit-elle, parce que s’estimant vilipendée par son propre camp. Ce rapport semble jeter une lumière crue sur certains comportements. On pourrait se demander qu’est donc allée chercher la nouvelle directrice générale de l’Agatour dans ces manifestations à Paris alors que c’est à Libreville qu’elle assume ses fonctions. Elle aurait ainsi évité d’être citée dans ce rapport.

Le sentiment que cela donne est que ces compatriotes ont été placés à la tête des entreprises publiques pour mener des actions de marketing politique

Le sentiment que tout cela donne à posteriori, c’est que ces jeunes compatriotes semblent avoir été placés à la tête des entreprises publiques pour apporter de la riposte aux critiques dont est l’objet Ali Bongo, et pour faire face aux actions des  »Gabonais du Trocadéro » qui, depuis près de 65 semaines, manifestent à Paris. Ce n’est pas ce que l’opinion attend d’eux, sauf s’il y a méprise. Ce serait donc à croire que Gabriel Aworet Mayindo n’avait rien compris, lui qui a dirigé l’Agatour pendant quelques années, et ne s’est jamais comporté comme un homme politique devant financer des opérations de marketing politique…

Avec l’espoir que les patrons d’entreprises publiques défendront le pays, comme ils ont  »défendu » le  »distingué camarade » à Paris, de nombreux observateurs estiment que la mission première de ces responsables d’entreprises publiques est de maintenir en vie les sociétés qu’ils ont la charge de diriger, et d’avoir le souci de préserver les emplois, tous les emplois, et de procéder au paiement régulier des émoluments des agents, de tous les agents. C’est à ce niveau qu’ils seront jugés par l’opinion comme bons managers ou non, et non lorsqu’ils s’absentent de leurs postes pour aller faire du marketing politique…

B.M

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