Accueil Economie Endettement : Eventuel nouvel emprunt d’ici fin 2020

Endettement : Eventuel nouvel emprunt d’ici fin 2020

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Le Gabon dans la perspective d'un nouvel emprunt/©DR

Après la mobilisation réussie, sur le marché des capitaux, d’un montant d’un milliard d’USD – près de 600 milliards de FCFA -, le gouvernement envisage l’hypothèse de rééditer l’opération d’ici la fin de cette année 2020. Cet éventuel nouvel emprunt, selon le ministère de l’économie et des finances, devrait permettre le financement de la dette gabonaise et certains projets de développement.

Néanmoins, le ministre Jean – Marie Ogandaga, a prévenu que l’opération dépendra du tableau que présentera l’économie nationale dans les six prochains mois. En ce qui concerne l’emprunt obligataire internationale, aussi appelé Eurobond, conclu en janvier 2020, le directeur général de la dette, Emmanuel Berre, soutient qu’il est la suite logique de celui contracté en 2015. A cette période, le Gabon avait levé près de 1,5 milliard d’USD – 900 milliards de FCFA -. Malheureusement, les résultats de l’exercice 2015 avaient été en – dessous des prévisions, et le Plan de Relance Economique (PRE), conclu avec le Fonds Monétaire international (FMI), n’était pas prévu non plus.

Les démarches, pour l’emprunt de janvier dernier, avaient commencé en novembre 2019. Les négociateurs gabonais avaient, comme principaux atouts, les données économiques publiées par le FMI au terme de ses revues de l’économie gabonaise – bon suivi du programme avec le FMI, la réduction du déficit, la consolidation des avoirs extérieurs du pays et les bonnes perspectives de la croissance de l’économie -. D’après M. Berre, au regard des données et des assurances présentées par les responsables gabonais, le pays s’est vu présenter des offres de prêt de 3,7 milliards d’USD. Cependant, décidant de ne s’en tenir qu’à l’autorisation donnée par le Parlement, qui s’élevait à un milliard d’USD, le Gabon a refusé de s’endetter à cette hauteur. Des 600 milliards de FCFA obtenus, 362 milliards ont été consacrés au remboursement de l’eurobond de 2015, les 180 milliards restants devant servir à la construction de la Transgabonaise – route bitumée reliant l’Estuaire au Haut – Ogooué sur 700 kilomètres -, la réhabilitation du chemin de fer transgabonais et la construction de deux centrales électriques. En conclusion, le directeur général de la dette a souligné que l’échéance pour le remboursement de l’emprunt obligataire de janvier est dans une décennie. Les critères de convergence de la Communauté économique et monétaire d’Afrique Centrale (CEMAC) fixent le seuil d’endettement de ses pays membres à 70%. Selon Emmanuel Berre, le taux d’endettement actuel du Gabon est de 57%.

N’y a – t – il pas risque de surendettement ?

Cette question est d’autant plus importante que l’on se souvient qu’en août dernier, d’éminents experts, tels que l’économiste Mays Mouissi avait attiré l’attention du Gouvernement sur la nécessité de maîtriser l’endettement du pays tout en faisant un bon usage des fonds empruntés. Il était également mentionné la proximité des échéances de ces emprunts obligataires et l’incapacité du Gouvernement à rembourser ces dettes sur fonds propres ; et que la seule solution qui se présentait est la souscription d’autres emprunts afin de payer les eurobonds antérieurs arrivés à échéance. On se retrouve dans la situation, comme soutenu dans des colonnes antérieures, du hamster qui court dans sa roue : il croit avancer alors qu’il fait du « surplace ». L’emprunt obligataire de janvier dernier a pour objectif principal de payer l’eurobond de 2013, dont l’échéance initiale était fixée à 2024. Ainsi, notre pays est entré dans une spirale où l’essentiel des gros emprunts souscrits sur les marchés internationaux sert d’abord à rembourser des dettes antérieures plutôt qu’à financer des projets de développement.

D’autres échéances de remboursement étant prévu dans un proche avenir, il faut s’attendre, en effet, à ce que le Gouvernement réédite l’opération, avec comme principaux impacts, le report de la charge du remboursement de cette dette sur les générations futures ; la conservation d’un pourcentage de dette publique financiarisé relativement élevé par rapport à la moyenne en Afrique subsaharienne et l’accroissement de la charge de la dette sur les ressources publiques. Pour finir, avançant un « reprofilage de la dette internationale », Emmanuel Berre a mis l’accent sur la confiance des investisseurs vis – à  – vis du Gabon. Certes, mais négocier un euro-bond à un taux d’intérêt de 6,6% pour un pays dont la notation de la dette souveraine est considérée comme présentant un risque très élevé, ne souligne – t – il pas plutôt la convoitise d’investisseurs en quête de marchés rémunérateurs, dans un contexte où les taux d’intérêts sont proches de zéro ? En définitive, avec une dette évaluée à plus de 5.000 milliards de FCFA en fin 2019, notre pays peut encore inverser la tendance, tout en assurant un financement raisonnable de son développement. Il faut, pour cela, de la vision, de la compétence et de la volonté politique !!!!

Yohan Freddy NGUEMA ZUE      

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