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Conseil Gabonais des Chargeurs : la deuxième grève en trois mois

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L’accès au siège du Conseil Gabonais des Chargeurs est  »banderolisé » depuis lundi dernier. Selon les responsables des syndicats, la grève est illimitée jusqu’à l’aboutissement de leurs revendications, dont la plus importante est le départ de la directrice générale de l’établissement. Parmi les griefs reprochés à Liliane Ngari : paiement irrégulier des salaires depuis le mois de juin dernier, arrogance et mépris pour les agents. Il y a entre le directeur général et les agents une rupture de confiance évidente. Les agents contestent la gouvernance actuelle de leur entreprise. Sur les banderoles, on peut lire :  »Trop, c’est trop » ! La rupture semble consommée dans le pacte de confiance entre  »la générale » et la  »troupe », et même entre  »la générale » et certains  »officiers supérieurs »…

En fait, comme tous les employés du secteur parapublic ou privé, les agents du CGC se taisent lorsque leurs rémunérations sont payées. Ils se taisent même si les  »patrons » tapent dans la caisse. Ils se taisent même si leurs conditions de travail ne sont pas bonnes, mais dès lors que le paiement des salaires devient incertain, ils se soulèvent. C’est ce qui arrive au Conseil Gabonais des Chargeurs. Depuis le début de cette semaine, les agents syndiqués ou non disent leur dépit et leur déception. Ils ont décidé d’entamer un deuxième mouvement de grève, après celui du mois de décembre, au cours duquel la direction générale leur avait annoncé le règlement définitif des problèmes liés au paiement des salaires. La direction générale avait même échelonné un chronogramme du règlement des arriérés de salaire. Mais mal lui en a pris : le salaire de janvier 2018 n’a pas été payé à la date échue. Constatant que la fin du mois de février avançait aussi, les employés du CGC ont lancé cette grève. Le cœur de l’argumentaire des agents se concentre sur la  »gestion décadente » de l’entreprise. Ils ont ainsi décidé de rhabiller la devanture de leur entreprise avec des banderoles très  »parlantes » : ils veulent le départ de leur directeur général, ainsi que celui de deux représentants, à savoir Damas Kakoudja de Paris et Alain Barbéra de Port-Gentil. Ces deux lieutenants dévoués et fidèles qui sont l’incarnation, à leurs yeux, de la descente aux enfers de la  »boîte ».  »C’est ce trio qui gère à sa guise le CGC et ils ont décidé de nous pourrir la vie en ne payant nos salaires que lorsqu’ils le désirent », affirme-t-on ici. Par l’entremise de leurs banderoles, les agents du CGC supplient Ali Bongo  »d’abréger leurs souffrances » en faisant partir Liliane Ngari.  »Trop, c’est trop », indique une autre banderole. La rupture semble bien consommée dans le pacte de confiance entre le  »chef » et la  »base », entre  »la générale » et la  »troupe ».

 »Aucune ambition d’emmener le CGC plus haut »

Ce que nous avons découvert en nous rendant au siège de cette entreprise, c’est que ce ne sont pas seulement les agents qui sont vent debout, les cadres aussi le sont.  »Nous avons besoin d’une autre gouvernance ; sinon, l’entreprise ne se relèvera pas de la gestion actuelle. Que ce soit les ressources financières ou les ressources humaines, ici on n’obéit à rien, à aucun principe. Je suis triste pour le CGC, et j’ai peur pour son avenir », affirme un cadre. D’autres cadres nous ont révélé que  »si la patronne avait vraiment un plan pour le développement de l’entreprise, elle aurait tout fait pour que nous intégrions le siège en construction à Owendo que Nguia Banda avait initié ; vous savez, ici, nous squattons en réalité le bâtiment de la Caistab. Omar Bongo avait décidé de notre installation provisoire dans ces locaux, mais le provisoire est devenu définitif. C’est la preuve que la patronne manque d’ambition pour cette entreprise qui lui a tout donné. Elle a été recrutée au CGC à Paris en 2004 au moment où son père était ministre des Transports et de la Marine marchande, donc notre ministre de tutelle. Très vite, elle est devenue chef de département, puis Représentant à Paris. En 2009, on l’a nommée DGA, puis en 2011, elle est devenue DG, mais à ce poste qu’elle a tant voulu quand M. Baïot était là, on ne sent pas en elle une détermination pour emmener le CGC plus haut ; on ne sent pas qu’elle porte une ambition pour le CGC », regrette un employé qui connaît bien la maison.

En revanche, les missions à l’extérieur permettant de sortir de l’argent des caisses de l’entreprise,  »c’est son dada ».  »Depuis sept ans, en dehors des réunions de l’Union des Conseils des Chargeurs africains (UCCA), on n’a pas vu autre chose ».

 »Le ministre Estelle Ondo qui dispose de toutes les informations en main doit sortir de sa réserve »

Question : avec cette grève des agents sur les bras, comment Liliane Ngari compte-t-elle ramener la paix dans les esprits et la sérénité dans l’entreprise ? Et que pense le ministre de tutelle de tout ceci ? Au vu de l’ampleur possible de l’impact économique, financier et social d’un tel mouvement, Estelle Ondo qui a toutes les informations en main doit sortir de sa réserve et monter au créneau  »en remettant à des mains plus expertes cette entreprise publique plus que jamais en décadence », selon un cadre. Celui-ci ajoute :  »Liliane Ngari a du mal, après sept années, à rendre le CGC  -une entreprise de moins de 260 agents- plus performant. Même si le CGC n’est pas, pour l’heure, en faillite, même si les emplois n’y sont pas menacés pour le moment, le ministre de tutelle est-elle vraiment consciente des problèmes qui minent le CGC ? », s’interroge-t-il.

Les agents affirment qu’ils observeront la grève jusqu’à la satisfaction de leurs revendications. Le Conseil Gabonais des Chargeurs amorce bien mal cette année 2018 ! La confiance a volé en éclats…

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