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CNSS : Nicole Assele met l’entreprise en ébullition

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Même pas cinq mois qu’elle est aux commandes de la Caisse nationale de Sécurité sociale (CNSS) que, déjà, la Colonelle de santé militaire montre des signes d’autoritarisme. A travers une décision prise le vendredi 12 janvier, elle suspend certains avantages salariaux des agents dès la fin de ce mois. Une décision qui met le feu aux poudres dans une  »maison » qui n’en avait vraiment pas besoin, car la sérénité y est fragile…

On pourrait se demander si la quiétude et la sérénité observées par le personnel de la Caisse nationale de Sécurité sociale depuis son arrivée le 30 août dernier la dérange… Nommée au poste de directeur général de la CNSS par le Conseil des ministres du 25 août 2017, elle avait pris ses fonctions cinq jours plus tard dans un contexte brumeux et dans une ambiance mi-figue mi-raisin, car si les agents se réjouissaient, à haute voix, du limogeage de Désiré Lasségué dont la gestion avait fait du tort à l’entreprise, ils appréhendaient, dans le même temps, l’arrivée de son successeur. Pour un grand nombre d’entre eux, Nicole Assélé était  »une erreur de casting, car elle n’était pas pour nous le successeur idéal », indique le président d’un syndicat. Posé et calme, il affirme :  »Son passage au gouvernement avait laissé des traces indélébiles sur l’opinion qu’on se faisait d’elle. En moins d’un an au ministère des Sports, tout y était passé : suspension de collaborateurs, interdiction de la participation des équipes nationales aux compétitions africaines et internationales, suspension des présidents de fédération »,…

Financements et sponsoring inutiles des compétitions sportives, règlement des factures du CLR,…

Depuis quelque temps, les agents observaient aussi  »certaines dérives » sans mot dire, comme ils l’expriment à travers un document qui circule depuis le samedi 13 janvier sur les réseaux sociaux :  »mauvaises pratiques (pas d’appel d’offre pour l’octroi des marchés, attribution des marchés de gré à gré, location d’avions de luxe privés aux frais de la CNSS pour satisfaire des gamineries d’enfant gâtée, financements et sponsoring inutiles des compétitions de handball, du marathon du Gabon et de la Tropicale Amissa Bongo ; embauche massive (plus de 20 personnes en moins de cinq mois dans une entreprise qui compte déjà 1856 employés, et surtout au moment où elle dit que la situation financière de la CNSS est morose), surfacturations (arbre de Noël organisé dans une des structures appartenant à son père louée à 150 millions CFA), décaissements de fonds pour règlement des factures du CLR »,…

Notre journal ose croire que l’affaire liée au CLR est une simple rumeur, une intox, car si elle venait à se révéler vraie, ce serait grave, la CNSS n’a pas à procéder au règlement des factures d’un parti politique. Les retraités, d’une part, et les sociétés qui paient les cotisations pour leurs agents d’autre part, pourraient donner des suites judiciaires à ce qui serait considéré comme un détournement de fonds et comme un abus de biens sociaux.

Pour revenir à l’attribution des marchés, les agents révèlent, dans le même document, qu’en plus de Jean-Boniface Assélé, d’autres proches du directeur général en ont bénéficié, notamment Léa Dabany et Mélanie Engouang. Les agents estiment, à ce sujet, qu’avant de solliciter des prestataires extérieurs, le directeur général devrait d’abord explorer les possibilités internes. Ils révèlent aussi que Nicole Assélé répète inlassablement, lors des réunions, qu’elle est de  »G2 », qu’elle est la  »sœur du président de la République », qu’elle est  »militaire » et qu’ayant le pouvoir, elle peut faire tout ce qu’elle veut…  »G2, militaire, cousine ou sœur du chef de l’Etat, il y a, chez elle, une envie irrépressible de montrer qu’elle est le chef, cela dénote d’une certaine immaturité ; elle est comme une jeune fille à qui on a demandé de diriger une grande entreprise, cela lui donne l’ivresse du pouvoir avec une volonté maintes fois affirmée d’asseoir sa domination », souligne un agent syndiqué, qui ajoute :  »Etre chef ne veut pas dire décider envers et contre tout, être chef ne veut pas dire décider au mépris de tout ».

 »Je décide »,  »je suis la sœur du président de la République »,  »je suis de G2 »,  »je suis militaire »,  »j’ai le pouvoir » -tels sont les propos que les agents prêtent à leur directeur général

Dans la panoplie des reproches qui est faite à l’ancien ministre des Sports d’Issozé Ngondet, il y a le changement de la date de la paie. Au lieu du 20 comme depuis plus de 30 ans, les salaires sont dorénavant payés le 25, et le 13ème mois ne leur a pas été payé. Il y a aussi cette décision de ne plus payer les  »avances conventionnelles » de salaires (des prêts remboursables, conformément à la convention collective). Et comme si tout cela ne suffisait pas, elle a pris, le vendredi 12 janvier, une décision qui a mis le feu aux poudres :  »Considérant que le contrat de travail est la loi des parties ; considérant que tout élément de rémunération non contractuel accordé par une décision peut être abrogé, modifié ou suspendu par une autre décision (…), Je décide : article 1er – Tous les éléments de rémunération non contractuels accordés aux agents, notamment les différentiels, les sursalaires et les compléments de salaire sont suspendus à compter de la paie du mois de janvier 2018 », en attendant que  »la direction des Ressources humaines (DRH) et la direction des Affaires juridiques (DAJ) proposent les nouvelles modalités de gestion de tout avantage salarial ou financier extracontractuel dans un délai maximum de trois mois ».

 »Maladresse, erreur de management, aberrations »,…

 »Comment peut-on prendre une décision liée aux salaires le 12 janvier et demander qu’elle soit applicable dès le 25 ? », se demande le président de syndicat cité plus haut.  »A la limite, elle aurait du attendre que le DRH et le DAJ lui fassent des propositions à priori et qu’elle en informe le personnel d’une mesure qui sera appliquée trois ou quatre mois plus tard ».  »Pour nous, il s’agit d’une grosse maladresse, d’une grossière erreur de management ». Puis, dans une ironie mordante, dans une éloquence vacharde, il ajoute :  »Quand on envoie ici des gens qui ne connaissent pas le domaine de la sécurité sociale ou des personnes qui n’ont jamais dirigé une entreprise de 2000 agents, on aboutit à de telles aberrations ».

On note qu’en dehors de la Fédération gabonaise de handball où ses décisions n’ont jamais été contestées, du moins publiquement, Nicole Assélé fait face, partout où elle passe, à des réactions de rejet, que ce soit de la part des collaborateurs ou des partenaires, comme si elle se sentait vivre quand elle sanctionne. Au ministère des Sports par exemple, on se rappelle la leçon de droit administratif que lui avait faite Maurice Nazaire Embinga, président de la Fédération gabonaise de cyclisme. D’autres responsables de fédération, à l’instar de Pierre-Alain Mounguengui (Fégafoot), avaient aussi fait part de leur désaccord sur la décision qu’elle avait prise sur l’annulation de la participation des Panthères A’ aux éliminatoires du Championnat d’Afrique des Nations (CHAN 2018) et de la plupart des équipes nationales dans les compétitions internationales. Contestée, toujours contestée. Parce qu’elle ne mesure pas la portée de ses propos. Parce que le fait d’être la sœur du président de la République lui donne, croit-elle, le pouvoir d’écraser les collaborateurs ou des partenaires ». Depuis la sortie de la décision, tous les démons de la CNSS ressortent des placards : montée au créneau des organisations syndicales, menace de grève, formulation de revendications sociales, expression d’une envie de changement,… Ici, l’ambiance délétère connue avant l’arrivée de l’actuel directeur général revient au galop. Une ambiance de contestation tous azimuts, un malaise profond commun à tous les agents, un vent de révolte, un feu qui s’allume…En somme, pour les agents de la CNSS, si Nicole Assélé  »ne revient pas à la raison », un bras de fer va s’instaurer entre la direction et les employés  »pour permettre d’écrire une nouvelle page de l’histoire de l’entreprise ».

En fait, le contexte (actuel) ne se prête pas à la prise de décision unilatérale sur les rémunérations des agents, à la CNSS ou ailleurs. Vivement que la direction de la Caisse le comprenne et se remette en cause pour l’intérêt supérieur de l’entreprise ! En clair, pour éviter l’enlisement de la crise, la direction générale de la CNSS doit jouer la carte de l’apaisement.

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