HOMMAGE A PHILIPPE MORY

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Philippe Mory

Véritablement, « les tam-tams se sont tus »…

            C’est un sentiment d’impuissance que nous laisse l’image de cet instrument de musique -utilisé par les danseurs traditionnels, et comme moyen de communication entre certains villages africains-, le tragique décès de notre plus grand cinéaste, gabonais et l’un des plus grands d’Afrique, Philippe Mory, décès survenu le mardi 7 Juin 2016…

Ce grand homme a contribué fermement au développement de notre pays par son Art. En effet, les Beaux-Arts font partie de la Culture, et la Culture est l’âme du peuple.

            Philippe Mory possédait « l’essence » même de l’Art de l’homme de culture qu’il était, et qu’il nous dévoilait à travers son mode d’expression cinématographique.

Né en 1935, abandonné à l’âge de 7 ans non loin de l’hôpital Schweitzer à Lambaréné, Philippe Mory est le fondateur du CENTRE NATIONAL DU CINEMA GABONAIS (CENACI), qui est « le cœur » du cinéma gabonais.

            D’un père forestier occidental qu’il n’a pas connu, il revendiquait toujours et avec fierté ses racines maternelles galôa. De nature quelquefois impulsif, il perdait patience -me racontait mon grand-père Jean-Marc Ekoh Ngyema, son ami de longue date-, lorsque ses condisciples d’alors le chahutaient sur son nom Mory, qui signifie « un seul » en dialecte galôa, car il était fils unique de sa mère.

            Philippe Mory a débuté sa carrière artistique en France. Acteur de théâtre et de cinéma, il a été le premier comédien d’origine africaine à avoir un rôle dans un film français, « ON N’ENTERRE PAS LE DIMANCHE ».

            Il a joué dans le 1er court-métrage d’Afrique noire « AFRIQUE SUR SEINE », et en 1962 il écrit le scénario du film « LA CAGE » dans lequel il joue avec l’actrice Marina Vlady, le 1er long-métrage en Afrique.

            En 1964, il participe avec mon grand-père et quelques autres au coup d’Etat contre le « père de la nation », le feu président Léon Mba. Mais les 3 ans passés en détention pour ce délit ne l’empêchent pas de continuer de partager sa vision à travers son talent.

            En 1971, il réalise son premier et unique film « LES TAM-TAMS SE SONT TUS », puis il accumule les rôles dans divers autres films parmi lesquels « LES FILLES SEMENT LE VENT, LE GRAND BLANC, OREGA, ZAMB’OLOWI, DOLÈ, LES COUILLES DE L’ELEPHANT, L’OMBRE DE LIBERTY »etc…

            J’aimais écouter cet homme à la voix grave et aux intonations riches de franchise, d’humour, et de connaissance de la vie. Quand Philippe Mory s’exprimait, on pouvait « sentir le poids » de chacune de ses paroles… Et il nous a laissé une citation poignante d’enseignements :

« Il y a plusieurs manières de tuer un peuple… c’est, par exemple, de lui faire oublier ses traditions par des méthodes dites d’émancipation ».

À travers cet artiste « de poids », j’ai appris que le cinéma est une fenêtre ouverte dans l’expression sur le monde extérieur…

« Ôgèndô mbya g’orôwa ! Aurevoir tonton Fifi ! »

Oyane Ekoh Carole Dimas, Professeur de Danse.

 

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