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Détournements de deniers publics: Le ‘’Mamba’’ et la justice sélective !

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Les arrestations, puis la mise en liberté de deux personnalités publiques, en l’occurrence, Juste Valère Okologo et Alain Ditona Moussavou, respectivement directeur général de la société nationale immobilière (SNI) et ancien patron de caisse de dépôts et de consignation, relancent le débat sur l’objectivité de l’opération ‘’Mamba’’.
Heureux qui comme, Juste Valère Okologo et Alain Ditona, d’avoir été arrêtés, entendus, surtout «inculpés » et mis en liberté provisoire en pleine opération ‘’Mamba’’. Les deux hommes qui ont été pris le 23 janvier dernier et interrogés au B2, ont été présentés à un juge d’instruction le 31 janvier, soit huit jours d’interrogatoires. Au tribunal, ils ont été «inculpés» mais mis en liberté provisoire. Les deux inculpés auraient présenté suffisamment des garanties de se mettre, à tout moment, à la disposition de la justice gabonaise.

Heureux qui comme ces deux personnalités, car, d’autres avant elles, n’ont pas eu cette chance de jouir de leur liberté pendant que les enquêtes se poursuivent. Depuis plusieurs mois, deux anciens ministres et autres personnalités épinglées par le même ‘’Mamba’’, ont été jetés au gnouf illico presto, sans une autre forme de procès. Ces désormais prisonniers n’avaient-ils pas présenté les garanties similaires à celles de MM. Okologo et Ditona? C’est à ce niveau que le débat sur l’impartialité de ‘’Mamba’’ enfle. C’est d’ailleurs aussi la preuve que si ‘’Mamba’’ est aussi plus mordant que ça, il se mordra lui-même la queue. Et pour cause, les richesses évidentes de plusieurs personnalités anciennes et nouvelles qui ont occupé de hautes fonctions au Gabon. Un vrai scandale pour nombre d’entre elles qui n’ont rien hérité de leurs parents.

Toute chose qui indigne même quelques soutiens du régime actuel, à l’instar du confrère Télesphore Obame Ngomo, qui n’a pas manqué de déplorer cette situation sur sa page facebook : «Combien de gens qui ont occupé ou occupent encore de hautes responsabilités dans notre pays sont-ils capables de justifier leurs fortunes mirobolantes sachant que 98% de ces Hommes trop fortunés ne sont ni des héritiers, ni des hommes d’affaires reconnus comme tels, ni des commerçants», s’est-il interrogé.

Du coup, une certaine opinion pense que le ‘’Mamba’’ est une opération à tête chercheuse pour écarter de la ‘’mangeoire’’ certains. Ce d’autant plus que des dossiers judiciaires plus croustillants et pendants dans certaines juridictions à l’étranger, n’ont jamais fait bouger la justice gabonaise. A l’instar de ce dossier des ‘’Biens mal acquis’’. Où, selon la justice française, les biens immobiliers et mobiliers de la famille Bongo en France sont estimés à 68 millions d’euros, soit près de 44, 5 milliards de nos francs. Et là encore, «Les acquisitions n’ont pu se faire que par la complaisance d’un notaire », selon le rapport de synthèse des enquêteurs chargés du dossier.
Tout comme, d’autres dossiers, aussi retentissants que scandaleux pouvaient aussi permettre à la justice gabonaise de s’y pencher. Il s’agit de Delta Synergie.

Un mutisme qui suscite des interrogations quant à une justice réellement équitable. A ce propos, l’analyste économique et financier de renom, Mays Mouissi, s’est indigné dans l’une des ses analyses, il y a quelques mois : « Quant on voit la dextérité avec laquelle le procureur de la république près du tribunal de première instance de Libreville, M. Steeve Ndong Essame Ndong a diligenté une enquête nationale après les révélations du même Mediapart sur les commissions mirobolantes gravitant autour du scandale Sinohydro, l’on s’étonne que rien ne soit fait pour enfin mettre la lumière sur les exactions financières de la famille Bongo à travers le scandale de Delta Synergie. Quand bien même le rapport de mission sur l’audit des participations fait par le cabinet d’avocats parisiens Fénéon & Delabrière circule et est accessible depuis avril 2015. Pourquoi un tel mutisme de la part de la justice gabonaise ? Les gabonais se saisissant du droit d’inventaire qui attendent parler du programme d’égalité des chances s’interrogent. Il faut souligner que plusieurs hauts cadres, ministres de la république sont complices et bénéficient de cette pratique illégale qui siphonne les caisses de l’Etat gabonais. Drôle de patriotisme à la mafia sicilienne ! »
Pour rappel, Delta Synergie est cette holding qui regrouperait une cinquantaine de sociétés. Le site d’information Mediapart qui a révélé l’Audit des participations le 27 avril 2015, indiquait que 19,5% de parts de Delta Synergie seraient détenus par Ali Bongo ; 19,5% pour Pascaline Bongo ; 18,5 % pour la succession Omar Bongo et les 43 % restants répartis entre d’autres proches de la famille. «Un scandale finalement étouffé en raison de ses implications grandement étatiques ?», s’était interrogé Mays Mouissi.

En ne mordant que quelques individus, le ‘’Mamba’’ pourrait être considéré comme ce serpent qui ne s’attaque qu’au menu fretin. Avec pour conséquence, les forts risques de donner raison à l’actuel ministre de la Justice, Garde des Sceaux, qui a publiquement évoqué la corruption d’un certain nombre de magistrats.

Nelson Tchimbakala

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